‹ Magasin théâtralChapitre 923 sur 1377 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

GODEFROY, le comte DE TOULOUSE, BOHÉMON, Raymond D'AGILES.

GODEFROY

Princes et chevaliers, à nous donc l'Orient , El Dieu seul soit loué puisque Dieu seul est grand. Nous avons racheté par le sang de la guerre Les deux Jérusalem du ciel et de la terre ; Moïse a Iraversé quarante ans de déserts, Nous l'Europe et l'Asie , et la terre et les mers. Voilà Jérusalem , l'amour de Jéiéinie , L'amour, de Salomon et sa plus belle amie, Ville de tous les saints et de tous les martyrs; Ville des grands forfaits et des grands repentirs ! Elle est à nous ; la tombe où l'on a fait descendre Votre Dieu, n'a plus rien , ni le Dieu, ni la cendre. Elle nous attend morts ! et , sans doute, c'est beau De descendre après Dieu dans le même tombeau. Le peuple a bien souffert ; ses misères , ses larmes Valent bien des combats , certe , et bien des faits

[ d'armes.

Les chefs ont eu des torts ; ils nous ont séparés Et causé des malheurs qu'on n a pas réparés ; Vous, par fausse valeur, et vous, par fausse gloire, Vous avez abusé de la moindre victoire. H fallait dire à Dieu : Nous sommes triomphants , C'est à vous de choisir entre tous vos enfants! La foi grecque a menti malgré cela ; Gomnène A vu les fils aînés de l'Église romaine, Et s'il nous a trompés une fois et deux fois , Son Asie a tremblé comme au temps des Gaulois. Quant aux morts, Dieu le veut, ils doivent faire en- Car ils ont tous conquis une immortelle vie. [vie. La France prend le deuil et les pleure , mais eux, Certe, ils n'ont rien perdu, leur patrie est aux cieux. Demain au point du jour le siège ; au plus fidèle Je donne rendez-vous sur cette citadelle ; Vous me reconnaîtrez de loin à mon cimier, Le premier pour combattre et mourir le premier. L office de la messe à deux heures précises ; En attendant le jour, cette nuit, les assises. Prenez place...

RAYMOND , assis sur une pierre et faisant l'office de greffier. Faut-il lire chaque placet?

GODEFROY

Non , le plus important.

RAYMOND

Bien. Voici ce que c'est :

Trois soldats provençaux du baron de Saint-Ives Ont déserté le camp avec (rois femmes juives.

GOnEFnoY. [nons

Qu'ils soient impurs et juifs ; de i»lu ^ , nous ordon-

Que leurs noms soient maudits quand on saura leurs

[noms !

( Après une pause.)

Après...

RAYMOND

Second placet. Au camp de Normandie Les gens meurent de faim comme de maladie.

GODEFROY

Dieu nous châtie. Après...

RAYMOND

La soif, autre fléau ; Les puits sont épuisés et ne donnent plus l'eau ; Le torrent de Cédron n'a qu'un lit dépoussière.

GODEFROY

Nous savons, nous savons toute notre misère... Après... après...

RAYMOND

Gaspard de Nime a juré Dieu, Borde a juré le roi, Bosc a joué gros jeu , Roux a fait un blasphème et s'est pris d'insolence A mal dire, pardon, contre la sainte lance; Or, on sait que c'est moi... car j'ai le saint honneur De porter dans mes mains la lance du seigneur...

GODEFROY

Passez tous ces détails, chapelain ; les blasphèmes Contre Dieu, Dieu les juge et bien mieux que nous- Raymond. [mêmes.

A la bonne heure.

GODEFROY

Après...

Le peuple veut un roi Et nomme Bohémon , Raymond et Godefroy, Les placets sont signés ; voyez , la marge est pleine , Toulouse, Normandie, et le dernier Lorraine.

GODEFROY, après avoir examiné les placets. Des brigues, messeigneurs! le peuple veut trois rois ; Car le peuple, lisez , nous nomme tous les trois. (Il donne à chacun son place!.) LE COMTE DE TOULOUSE.

Le peuple sait très bien et le peuple répète Qu'il a conquis et doit maintenir sa conquête.

BOHÉMON.

Et le peuple a raison, et, là-dessus, souvent Il jupe mieux que nous et voit bien plus avant.

LE COMTE DE TOULOUSE

La France d'orient est toute féodale.

ROHÉMON.

On prendrait dans les pairs une tête royale.

LE COMTE DE TOULOUSE

Pépin fut-il pas roi comme le duc Clovis ?

IIOIIÉMON.

Hugues-le-Grand n'était que comte de Paris

LE CAMP DES CROISÉS

GODEFROY, se levant.

Des intriguesde camp ! faire un roi ! chacun nomme Kt présente le sien ; mais où donc est cet homme? () prince tlcTarente, est-ce vous, lïohémon? Sera-ce vous, Tancrède , où vous , comte Raymon ? Ou moi ? — qui portera sans respect et sans crainte Le sceptre de roseau dans cette ville sainte ? 'rein/., pas de faiblesse et de déloyauté , Kt faites comme moi de votre royauté.

(11 déchire son placet.)

Une couronne d'or! quand la tête divine

N'a porté qu'en saignant la couronne d'épine !

Le vertige insensé prendrait comme le feu

A ce front couronné , plus couronné que Dieu !

Après...

RAYMOND

Dernier placet. Comte,

( Au comte de Toulouse.)

C'est à nous. — Charles .

Charles de Sainl-Andiol.

LE PEUPLE, hors la scène.

C'est elle!

RAYMOND

Kt comte d'Arles.

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