‹ Magasin théâtralChapitre 93 sur 1377 · MARTINE, M- DE CÉSANNE,ISAURE · texte numérisé non relu

MARTINE, M- DE CÉSANNE,ISAURE

Mme DE CÉSANNE. Ali! mais, en vérité, cela n'est pas tolérable ! C'est à déserter le Mont-cl'Or. Comment! mademoiselle Martine, il y a plus de trois semaines que j'attends l'appartement que M. le ministre de

la guerre occupait en face de celui de madame la marquise de Brécourt. Le ministre vient à peine de quitter les eaux, et déjà son appartement est donné à Mme de Néris! et votre maîtresse s'est imaginé que je souffrirais un pareil affront !

Martine. Mais, madame, Mmf de Néris avait retenu ce logement dès son arrivée.

iia(;a.sijv thkait.al.

M"" DK CÉSANNE. C'est faux, mademoiselle ! de toute fausseté!

isaure. Pardonnez-moi, maman

»ln" DE CÉSANNE. Silence, ma lille !

ISAURE. Je ci ois pouvoir vous assurer... j

M'T" de CÉSANNE • Taisez-vous, made- j moïse! le ! vous ne savez ce que vous dites. Mademoiselle Martine, c'est moi, madame de Césanne, qui vous affirme que cet appartement m'a été promis ; il m'appartient, il est à moi, je le veux, je l'aurai! Mais, pour l'amour de Dieu , que notre trèsclière hôtesse ne nous fasse point encore une scène de tout ceci. J'ai le bruit et les discussions en horreur. Que Mme Boyer y prenne garde ! je ne menace pas, je ne dénonce pas ; mais on joue beaucoup ici, l'on parle politique, et il s'y tient des propos très-séditieux. Je puis continuer à ne rien voir et à ne rien entendre; mais si prompte justice ne m'est pas faite, je pars aujourd'hui même pour Paris ; je n'ai qu'un mot à dire à mon ami le ministre de l'intérieur, et je fais destituer le docteur Bertrand, et fermer l'établissement. C'est un avis, mademoiselle Martine, que je vous prie de vouloir bien donner à madame Boyer.

MARTINE. Riais, madame...

MmeDE Césanne. Sortez, mademoiselle, et ne répliquez pas.

MARTINE, à part. Oh! mon Dieu! la méchante femme.

SCE1NË II.

M™ DE CÉSANNE, ISAURE.

Mme DE CÉSANNE. Isaure, vous le savez, je n'ai pas de sotte susceptibilité. Dans le tète-à-tète, de vous à moi, vous pouvez m'adresser toutes les observations qu'il vous plaît ; mais dans le monde, devant un tiers , la moindre contradiction me blesse et m'irrite. C'est plus fort 311e moi, au moindre mot je m'emporte. Eies-vous donc incorrigible, Isaure? Et, puisqu'il doit enfin vous être démontré que je ne saurais vaincre mon caractère, ne serait-il pas plus sage et plus généreux à vous de prendre quelque empire sur vous-même?

Je vous le demande, ma fille, est-ce trop exiger de votre raison et de votre tendresse pour moi ?

ISAURE. Eh bien donc! maman, puisque nous sommes seules, qu'il me soit permis...

Mmc DE CÉSANNE. Isaure, c'est assez; c'est beaucoup trop. Les momenssout précieux; il est nécessaire que j'aie un entretien avec vous, et je vous prie très-instamment de

m 'accorder toute votre attention. Ma fille, depuis que j'ai eu le malheur de perdre M. de Césanne, votre père, votre établissement a été l'unique occupation de ma vie. .le vous ai donné la plus brillante éducation ; il n'est pas un art qui vous soit étranger; aucun sacrifice ne m'a coûté; nous avons parcouru l'Allemagne et l'Italie, visité toutes les eaux, toutes les cours de l'Europe; et je puis dire avec quelque orgueil que partout où je vous ai montrée, j'ai toujouis trouvé le moyen de vous faire remarquer et de faire parler de vous. Cependant, ma fille, vous avez vingt-deux ans, et vous n'êtes pas mariée ! N'y auraitil pas un peu de votre faute, Isaure?

ISAURE. A moi, maman?

Mmc de Césanne. Votre beauté est, à juste titre, l'objet de l'admiration universelle, et vous semblez ignorer que vous éies jolie. Une robe blanche, une fleur, un ruban, voilà toute votre parure! l'arle-t-on devant vous des affaires politiques, ou des romans du jour? vous ne dites mot, vous écoutez! Est-ce ainsi que vous pratiquez les leçons et les exemples que je vous ai donnés? Vous avez de l'indulgence et des éloges pour toutes vos amies; vous les vantez, vous les prônez sans cesse et sans mesure ! Aussi, qu'arrive-t-il? Aucune d'elles n'oserait seulement entrer en comparaison avec vous, et cependant les maris viennent à elles ; et vous, ma fille, je le répète, vous avez vingt-deux ans, et vous n'êtes pas encore mariée!... Eh bien! ma clière enfant, tant de fautes ne sont pas irréparables ; et, grâce à ma prudence et à mon habileté, je puis vous annoncer que vous êtes à la veille de faire un mariage magnifique. Ma fille, M. le duc de Theyal vous aime.

isaure. Moi, ma mère!

Mme de Césanne. Il vous adore... à en perdre la tête. Vous baissez les yeux, Isaure, et votre émotion trahit toute votre joie. Je ne vous apprends rien, sans doute? Eh bien! voyons, voyons, un peu de confiance et d'abandon avec votre bonne mère. On dirait, en vérité, que vous vous méfiez de moi et que vous vous tenez en garde contre ma légèreté ou mon indiscrétion ?

isaure. Eh! maman, pourquoi revenir sans cesse sur un semblable sujet? et, après tant de conjectures hasardées, faut-il encore nous exposer à de nouveaux mécomptes ?

Jusqu'ici rien n'indique que M. de Theyal ait une préférence pour moi. Je ne disconviens pas qu'il ne soit rempli d'attentions et de prévenances. Déjà la gène et là cérémonie ont fait place à cette sorte de

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