‹ Magasin théâtralChapitre 930 sur 1377 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LEA , GABRIEL, 1SMAEL.

( Mouvement et cris du peuple au lever du rideau. Lea s'avance précipitamment sur la scène; Ismaél reste au fond, devant des hommes attroupés. )

ISMAEL

Savez-vous ce qu'elle est ?

LE PEUPLE

Oui, — non. — puisqu'on l'a vue Empoisonner les eaux à tous les coins de rue !

Je connais sa famille ; elle est de Jéricho, En-deçà du Jourdain , en face de Nébo. Et ce qu'on ne fait pas pour les femmes captives , Pour les femmes des Grecs, et pour les femmes juives, Vous le faites pour elle et sans savoir pourquoi? Sauterelles d'Egypte , arrière devant moi !

(Il les fait reculer, ils disparaissent.) LEA , sur l'avant-scène, à l'abri des piliers du temple. Eux aussi , Gabriel ?

GABRIEL

Ah ! bah ! depuis Moïse

.rt»

Ils sont comme cela dans la terre promise,

Ils chassent tout le monde. Au temps de Salomon ,

Me disait l'autre jour le chapelain tiaymon ,

Ils avaient une fille , oh ! si belle ! si belle !

Si belle que le roi faisait des vers pour elle.

On lui fit tant de mal qu'elle mourut, je croi ,

Entre les mains du peuple et des gardes du roi.

Tenez , asseyez-vous.

( Il la fait asseoir; il va voir, il n'y a plus personne sur la place. )

Enfin ils sont en fuite.

On la nommait, je crois, la... ta... la Sulamite.

LEA, elle pleure.

Il est bon.

GABRIEL

Et qui donc?

LEA

N'est-ce pas, Gabriel ?

GABRIEL

De qui donc parlez-vous?

LEA

D'Ismaël.

GABRIEL

Ismaèl ?

LE CAMP DES CROISÉS

Quand on ne lui fait rien,— je nai qu'un mol à dire.. C'est un enfant ; je joue et je le fais sourire. Donnez-moi seulement un de vos longs cheveux Pour lui lier les mains, j'en fais ce que je veux.

LEA

Ne me laisse pas seule.

GABRIEL

Oh ! comme tout-à-1'heure Vous pleurez; moi, d'abord, si vous pleurez,je pleure.

Gabriel!...

GABRIEL

Je suis sourd, essuyez-moi ces pleurs.

J'aime mieux voirvosyeux, entendez-vous; d'ailleurs On ne veut pas de nous, c'est juste on nous exile , Tandis qu'ils sont dehors nous sommes dans la ville.. Et je ne vois pas là de sujet de tourments... Nous attendons le jour et les événements. Oh! laissez faire au comte; or, il sait où nous sommes. S'il tientla grande tour, seul avec quelqueshommes..

LEA

Gabriel, dans la rue et parmi cescris sourds Qui nous ont poursuivis à tous ces carrefoui - . Un homme m'a frappée et je n'ai rien pu dire, Un autre m'a maudite... on m'a laissé maudire. Alors qui sait...

GABRIEL

Lea.

LEA

Peut-être, en vérité, C'est que je suis coupable et je l'ai mérité !

GABRIEL

Celui-là , je l'ai vu quand il vous a frappée Et je puis vous montrer son sang à mon épée ; Ismaël a vu l'autre, et le poursuit encor.

LEA

Pour la première fois je me suis dit : J'ai tort ! Une femme insultée, une nuit, dans la rue... Ah! si tu n'étais là , je me croirais perdue !

GABRIEL , il pleure aussi.

Oh! j'y suis à genoux! — Godefroy ! Godefroy !... Je l'aimais... je l'aimais comme on aime le roi ; On le jetterait mort par-dessus les murailles, Je ne bougerais pas pour voir les funérailles. Lea , regardez-moi, regardez-moi , Lea ,

(Il est à genoux.) Et voyez si c'est vous , si vous êtes bien là !

(Il met lu main sur son cœifr. ) LEA.

Tu pleures, Gabriel?

GABRIEL

Oh ! quand il vous arrive De descendre au Jourdain et de boire à la rive, Avez-vous aperçu, quand vous penchiez le front , Toute votre beauté qui souriait au fond?

LEA

C'est ton cœur, Gabriel. Oh! resteetsois rnagarde, Comme un enfant divin !

GABRIEL , apercevant Ismaël.

Ismaël vous regarde.

( Il se lève. )

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