CHARLES, LEA
CHARLES, froid et presque sans paroles, les yeux fixés sur le sépulcre.
A genoux , à genoux... si c'est vrai que nous sommes Au tombeau de ce mort... mort pour les autres hom- Si tu savais , Lea, ce que c'est qu'un chrétien , [mes. Tout l'effroi de mon cœur passerait dans le tien. Du fond de l'Occident , ce tombeau du Messie Fut notre vision jusqu'au fond de l'Asie. A présent le voilà , le voilà devant nous , Et j'ai peur d'une tombe... à genoux , à genoux !... (Il la fait mettre à genoux devant lui et demeure debout, la main étendue sur l'épaule de Lea , et l'oeil fixé sur le sépulcre.) ; Mon Dieu , quand j'ai quitté les champs de la Pro- C'était pour votre gloire et votre délivrance, [vence , Ma mère m'avait dit souvent sur ses genoux Que vous aviez souffert et plus souffert que nous... i Et que vous étiez mort dans le dernier supplice Pour avoir enseigné l'amour et la justice ; Et jusqu'à vingt-cinq ans toujours je m'en souvins, Et je gardai toujours vos souvenirs divins. Et quand votre tombeau d'insulte et de blasphème A souffert, après vous, plus encor que vous-même, J'ai laissé les assauts, les joutes, les tournois, Je me suis fait soldat , soldat de votre croix. Jamais sur le Midi , non , jamais n'est fleurie Plus de fleur de jeunesse et de chevalerie ; La Provence n'était qu'un chant universel De martyrs qui s'en vont aux conquêtes du ciel !... Et la jeunesse est morte, et ceux qui vous demeurent Succombent, sont blessés ou malades, ou meurent. D'autres, d'autres malheurs, d'autres sont comme
[moi, Et sont plus malheureux et sans savoir pourquoi. Et mes derniers combats sont des combats sans ar-
[ mes ;