CÉLESTINE, ACHILLE
CÉLESTINE
Que veut-elle dire : «Il était par terre, je l'ai fouillé. » Quelque malheureux blessé , peut-être.
ACHILLE
Ou quelque ivrogne tombé sur le bord du chemin.
CÉLESTINE
Ces papiers nous diront peut-être ce que c'est.
ACHILLE
Ah ! laissez là ces papiers, et répondez-moi.
CÉLESTINE
Non... ceci me fait peur... (à part, passant à la table de droite où est la lampe ) et ça me débarrasse de lui. ( Elle approche de la lumière et lit.) « Affaire de la marquise d'Esgrigny. »
ACHILLE
Ah ! elle sera à moi. ( Il se penche pour embrasser Célestine, qui lit et s'arrête tout-à-coup.) Hein ! l'écriture de mon père ?
CÉLESTINE, à part et en fermant les papiers.
L'écriture de son père!... ça peut être bon à garder.
ll in. s i>l la folle.
ACHILLE
Donnez, que je voie.
CÉLESTINE
L'écriture de votre père... ça! ce n'est pas présentable.
ACHILLE
C'est cependant bien la sienne.
CÉLESTINE
Il y a tant d'écritures qui se ressemblent... Je vais serrer ces papiers, et je les rendrai si on ( ient les réclamer.
ACHILLE, à part.
Ce sont ceux que mon père a remis ce matin à Fabius. Je comprends maintenant ; Grand-Louis l'aura impitoyablementgrisé, et il cuve sans doute son vin dans quelque coin du jardin. L'occasion est bonne, et je vais savoir enfin le secretde leurs entretiens... Voyons si la folle s'est éloignée.
11 va au fond examiner s'ils sont seuls, pendant ce temps Cciesline s'approclie de la lampe et lit. célestine, qui lit, à pari.
Tiens, c'est drôle, est-ce que ce serait par hasard les mémoires du comte de Matta que mon frerc s'est chargé de mettre au net? mais si c'est ça... qu'est-ce qu'il me dit donc, M. Achille, avec l'antiquité de sa race et de sa famille?
Elle mot les papiers dans le tiroir.
ACHILLE
Eh bien! Célestine, voulez-vous me permettre de jeter un coup d'œil sur ces papiers? célestine, avec intention.
C'est inutile... vous vous êtes trompé; ça ne peut pas être l'écriture de votre père.
ACHILLE
Pourquoi cela?
CÉLESTINfl.
C'est qu'il s'agit de l'histoire d'une certaine marquise.
ACHILLE
Précisément, quelque femme de l'ancienne cour avec laquelle notre famille a eu des rapports d'amitié.
CÉLESTINE
Non. ce n'est pas ça du tout.
ACHILLE
Qu'est-ce donc?
CÉLESTINE
C'est tout simplement, d'après cet écrit du moins, une grande dame dont le mari était pendant la terreur dans les prisons de Lyon.
Dans les prisons de Lyon!... donnez-moi ces papiers.
CÉLKSTINE.
11 paraît que cetie pauvre l'emmc. voulant obtenir la grâce de son mari , alla chez I?. représentant du peuple Bénard...
ACHILLE
Rendez-moi donc ces papiers; \ous voyez bien qu'ils appartiennent à mon père.
CÉLESTINE
Ali : ic comte de i\!aita s'est donc appelé le citoyen Bénard?
ACHILLE, embarrassa.
Oui. ..oui. ..dans la révolution, quand la vieil!» noblesse était obligée de cacher ses titres.
CÉLESTINE
Ou que la nouvelle n'avait pas encore gagné les siens.
ACHILLE
Que voulez-vous dire ?
célestine, après un moment de silence.
Je veux dire que vous m'avez indignement trompée, monsieur Bénard.
ACHILLE
Comment, M. Bénard..
CÉLESTINE
Eh! oui... M. Bénard... et voilà un mois que vous me compromettez en me parlant sans cesse de votre grande famille, qui vous en voudrait d'une mésalliance... c'est indigne!
ACHILLE
Vous êtes dans l'erreur.
CÉLESTINE
Comme si Mlle Célestine Fabius ne valait pas bien M. Achille Bénard !
ACHILLE
Je vous jure, Célestine...
CÉLESTINE, fièrement.
Appelez moi mademoiselle, je vous en prie.
ACHILLE
Mais vous êtes un enfant, et mon amour...
CÉLESTINE
Laissez moi, monsieur! laissez-moi!... Hélas! moi qui l'aimais tant!
ACHILLE
Célestine...
CÉLESTINE
Moi qui croyais à tout ce qu'il me disait!
ACHILLE
Chère Célestine!...
CÉLESTINE
Moi qui lui aurais confié mon honneur... ma vie!...
Ah! j'en suis toujours digne.
CÉLESTINE, avec fierté.
Sortez , monsieur , sortez, ou j'appelle ma mère à mon secours... mon frère... le premier venu...
ACHILLE
Eh bien, faites ce que vous voudrez; je ne sors pas d'ici que je n'aie obtenu mon pardon... dut arriver... votre frère lui-même.
fabius, dehors.
Célestine... ma mère... ma sœur...
CÉLESTINE
C'est mon frère. ( A part. ) Ah ! je ne veux pas qu'il le trouve ici.
ACHILLE, de même.
C'est Fabius ; je ne me soucie pas qu'il me voie.
CÉLESTINE
Vous voyez, monsieur, comme vous me compromettez... mon frère est homme à vous tuer !
ACHILLE
Oui; je sais qu'il est assez brutal; (à paru.
mnis ce que je crains surtout, c'est qu'il ne parle au château.
CÉLBSTINE.
il faut donc vous cacher...
ACHILLE
Mais de quel côté?...
FABIUS, en dehors.
Ma mère... Ci-lest ine...
CÉLESTINE
Le voilà qui approche.
ACHILLE
Mais dites-moi donc ou vous voulez que je me cacbe.
CÉLESTINE
Eh bien, là, dans ma chambre, il y a une porte qui donne sur le jardin; vous pourrez fuir pendant que je vais l'arrêter.
ACUILLE, derrière la porte à gauche.
Fuir! oh ! non, ma charmante ; ce n'est ni d'un grand cœur, ni d'un cœur amoureux. Tu as mis le loup dans la bergerie ; il y restera.
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