SCENE V
FABIUS, CÉLESTINE, ACHILLE, cache pendant toute cette scène.
FABIUS entre en chancelant, il est couvert de poussière et parait blessé au front.
Un peu d'eau!... Ah! le lâche!...
Il tombe sur une chaise.
CÉLESTINE
Dans quel état le voila... il se sera laisse entraîner dans un cabaret... D'où viens-tu, malheureux ?
FABIUS
Donne-moi de l'eau. Célestine... de l'eau...
CÉLESTINE
Eh bien, il ne lui manquait plus que ça... (elle iui donne de l'eau) du sang... il a du sang sur les mains; il sera tombé, il s'est blessé ! Ah! si ma mère voyait ça.
ACHILLE, à part.
Il parait que j'avais deviné juste... Grand- Louis l'a grisé...
FABIUS
L'infâme!... se venger par un assassinat !
CÉLESTINE
Allons, ie voilà qui déraisonne aussi.
FABIUS
M'auaquer par derrière, quand j'étais sans défense !
CÉLESTINE
Comment, l'attaquer...
Oui ; j'avais quitté le château à la nuit tombante; comme j'arrivais à l'angle d'un bois, un homme caché derrière un buisson s'est levé, et. avant que j'aie eu le temps de me retourner, il m'a frappé d'un coup terrible sur la tête
CÉLESTINE
Tu sortais du château?....
ACHILLE, à part
Diable '.Grand-Louis m- m'avait pas parlé de ça.
CÉLBH INB.
Et celui qui t'a frappé, L'as-tu \u?... l'as-tu
reconnu '.'
FABIUS
Non... car a l'instant même je suis tombé sous la violence du coup.
célestine, essayant de rire.
En voilà un drôle de conte que tu me fais... Qui veux-tu qui ait intérêt à l'attaquer?... ce n'est pas pour te voler... il n'y a pas de quoi.
PABU s.
Non, ce n'était pas pour me voler.
CÉLESTINE
Eh bien, alors...
FABIUS
Mais pour se venger.
Pour se venger?... C'était donc quelqu'un à qui tu avais fait du mal ?
FABIUS
J'avais voulu le punir d'un propos qu'il avait tenu contre une personne que tu connais. célestine, rangeant.
C'est bien fait; de quoi vas-tu te mêler de la conduite des autres...
FABIUS
C'est que cette conduite me regarde, et toi aussi.
CÉLESTINE
Moi ?... est-ce que j'ai rien à démêler avec ces gens-là?...
faeius, se levant péniblement.
J'espère que non, Célestine, et j'espère que Grand-Louis en a menti.
CÉLESTINE, à part.
Grand-Louis!... il me semble l'avoir vu rôder autour de la maison. {Haut.) Eh bien, qu'est-ce qu'il t'a dit?
FABIUS
Il m'a dit que tous les jours, pendant mon absence, tu recevais ici quelqu'un.
CÉLESTINE
Moi?... et qui donc, s'il vous plaît?
M. Achille de Matta...
CÉLESTINE, à part.
Achille! (Haut et avec aigreur. )Et tu as souffert ça? Et tu t'es laissé dire ça en face? tu n'es pas un homme!
FABIUS
Non, ma sœur, je ne l'ai pas souffert; car c'est alors que dans ma fureur j'ai voulu le traîner ici, pour le forcer à te demander pardon.
aciiille, caché.
Ah! c'était donc là le motif de la querelle?
CÉLESTINE, feignant de pleurer.
Me croire capable d'une pareille intrigue...
FABIUS
Non, je ne t'en ai pas crue capable... ma sœur, la colère m'a emporté, voilà tout.
LE l ILS DE LA FOLLE.
célestine, sanglotant.
Mon Pieu! mon Dieu ! qu'une pauvre Ulle est malheureuse d'être exposée à de pareilles calomnies !
FABIUS
Oh! il ne recommencera pas, je te le jure... Compte sur moi, ma pauvre sœur. (// lui tend la main.) Merci, merci! tu ne sais pas quel bien tu viens de me faire.. . quel doute affreux tu m'as arrache du cœur; car s'il est vrai que M. Achille trompe Mllc Fanny, je ne t'aurais pas pardonné d'en avoir été la cause.
célestine, virement.
Qu'est-ce que tu dis-là?... M. Achille trompe Miic Fanny, sa cousine?
ACHILLE
Ça tourne mal !
FABIUS
Elle l'aime , et elle craint... c'est tout simple.
CÉLESTINE
Ah! elle l'aime... et lui...
ACUILLE, caché et se retirant en fermant la porte. Diable! voilà l'explication qui approche. faiîius , qui a vu le mouvement de la porte. Hein!... qu'est-ce que c'est que ça?
CÉLESTINE
Eh bien, qu'est-ce qui te prend?
FABIUS
C'est drôle; il m'a semblé voir remuer la porte de cette chambre.
célestine, à part.
Ah! il est encore là!
FABIUS
C'est peut-être ma mère...
CÉLESTINE, l'arrêtant.
Ce n'est rien... le vent... (Élevant la voix.) Tu dis donc que MHe Fanny aime M. Achille? fabius, tristement.
Oui, elle l'aime... j'en suis sûr. Sans cela, elle ne s'en occuperait pas tant.
Va lui, l'aime-t-il, sa cousine ?
1A3IUS.
I! faut bien croire qu'il l'aime aussi, puisqu'il l'épouse.
célestine, vivement.
Comment, il l'épouse?
FABIUS
Oh ! il y a long-temps que ce mariage est arrêté; et comme il doit avoir lieu avant un mois... célestine.
Avant un mois?...
FABIUS
C'est pour ça quelle m'avait chargé de savoir s'il ne la trompait pas.
CÉLESTINE
Toi! elle t'avait chargé de ça?
FABIUS
Oui, mol... mais elle s'est mal udressée.
CÉLESTINE
Mieux que tu ne crois.
FABIUS
Moi?... Ehl c'est à peine si je sais ce qui se passe dans la maison.
CÉLESTINE
Il n'y a pas besoin d'aller plus loin ; et lu peux lui dire de ma part que M. Achille est un monstre, et qu'elle n'est pas la seule qu'il ait trompée. fabius, étonné.
Ah! et d'où le sais-tu?... Il y a donc des propos dans le pays?
célestine, élevant la voir.
Je le sais de bonne source; et tout ce que je puis te certifier, c'est qu'il n'épousera pas sa cousine, je t'en réponds.
FABIUS
Qui l'en empêchera?
CÉLESTINE
Oh! quelqu'un qu'on ne mène pas si aisément qu'on croit. (Haut, et en s' approchant de la porte.) Je ne suis pas un homme, mais je saurai bien me faire rendre justice.
fabius, Varrêtant.
Te faire rendre justice?
célestine , à elle-même.
La langue m'a tourné...
fabius, avec colère.
Te faire rendre justice, as-tu dit?
CÉLESTINE
Eh bien, après?
fabius, se calmant.
Non, ce n'est pas possible... Voyons, ma sœur, voyons... que veux-tu dire?... Je ne te comprends pas... je ne veux pas me fâcher... je ne le vcui pas... mais explique-toi.
Eh bien, c'est tout expliqué.
FABIUS
Quoi donc?
CÉLESTINE
Que M. Achille de Matta m'a trompée comme il trompe MUe Fanny.
FABIUS
Ah!... ce n'est donc pas Grand-Louis qui a menti?
CÉLESTINE
C'est selon ce qu'il t'a dit.
FABIUS
Il est donc vrai que M. Achille de Matta vient ici tous les jours ?
CÉLESTINE
Et quand il y viendrait?...
FABIUS
Mais tu m'as donc menti impudemment toutà-1'heure?
CÉLESTINE
Est-ce que je te demande tes secrets?
FABIUS, avec un cri de colère.
Célestine! (se calmant) oh ! ne me parle pas de ce ton-là... Tu es la maîtresse ici, tu fais ce que tu veux... le peu d'argent que je gagne, tu le dépenses... c'est tout au pius si dans cette maison on me donne un grabat pour dormir cldu pain [tour ne
pas mourir de faim... tout rein, je le souffre sans me plaindre... mais m tu avais déshonoré ton nom et le mien...
CÉLESTINE
Et qu'est-ce qui te parle de déshonneur?... mais il me semble qu'une honnête fille a bien le droit de recevoir un jeune homme... qui vient la voir dans l'intention de l'épouser.
FABIUS
De t'épouser.toi!... et tu l'as cru, le misérable?
CÉLESTINE
11 a mieux fait que de me le promettre; il me
l'a signé !
FABIUS
Et sur la foi d'un pareil écrit, tu as oublié tes devoirs!
CÉI.ESTIXE.
Pas si sotte... je n'ai rien oublié du tout.
FABIUS
Tu mens encore... tu mens... O mon Dieu,
mon Dieu! et MUe Fanny, elle va croire
que je le savais, comme les autres le croient
et le disent O mon Dieu Célestine,
oh! dis-moi la vérité cette fois... réponds-moi... Grand-Louis avait-il encore raison quand il disait que tu étais la maîtresse de cet homme?
Bruit.
CÉLESTINE
Ah! pour ça, Fabius, je te promets...
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