‹ Magasin théâtralChapitre 982 sur 1377 · L.V FOLLE · texte numérisé non relu

L.V FOLLE

C'est vrai; on mentait... Je lui offris de l'or, à cet homme... j'en avais pris tout ce que j'en pouvais porter... je jetai tout à ses pieds... L'infâme ne regardait que moi... Ce ne sont pas tes richesses que je veux, me disait-il, c'est toi, toi...

LE COMTE

Elle est folle! vous dis-je.

LA FOLLE

Folle... Oui, je vous l'ai dit, je le suis devenue ce jour-là... car, savez-vous ce qu'il fit, le bourreau?... Il demeurait sur la place où était dressé l'échafaud; il ouvrit une fenêtre, et m'y traîna, pour me montrer le sort qui attendait mon noble Jienri... A la première tête qui tomba, je dis non... A la seconde, je ne pus répondre... A la troisième, c'est vrai, je devins folle... je dis oui. CÉLESTIN& et FABIUS, avec horreur.

Ah!

LE COMTE

Ce n'est pas vrai... je le jure.

LA FOLLE

C'est vrai, je le sais bien, moi, monsieur.

fabius, en menaçait i.

Et le marquis ne fut pas sauvé, cependant?

LE COMTE

Je l'ai voulu... je l'ai voulu.

LA FOLLE

Non, non, vous l'avez tué, et si bien tué, que lorsque j'ai couru vers l'échafaud, son sang est tombé sur ma tête et sur celle de mon enfant... (elle semble chercher dans son souvenir) mon enfant, Louise, ma fille... Louise... {Elle parcourt la scène et tout-à-coup regarde le comte, pousse un cri, court à lui, le saisit au collet et s'écrie.) Bourreau, qu'as-tu fait de ma fille? qu'as-tu fait de ma fille?

fabius, avec menace-

Ah ! monsieur le comte, vous êtes en mon pouvoir, et l'échafaud n'est plus à vos ordres.

LE COMTE

Fabius, prenez garde ! prenez garde !

LA folle, parcourant la scène.

Louise... Louise, ma fille!

CÉLESTINE

Ma mère! c'est moi, je suis votre fille, et c'est en fuyant cet affreux spectacle que vous êtes venue errante et folle jusqu'en ce pays... c'est là que nous fûmes recueillis parla pitié des passans.

FABIUS

Oui, ma mère.

LA FOLLE

Ma fille... oui, ma fille, c'est toi. (Elle tombe assise sur un siège en embrassant Célestine. Fabius est à genoux à côté d'elle, et lui embrasse les mains; la Folle relève la tête et le regarde longtemps.) Et lui ! lui!

FABIUS

Ma mère, je suis votre fils.

LA FOLLE, se reculant.

Mais je n'avais pas de fils, moi !

Ma mère...

LA folle, se levant.

Mais je ne vous connais pas , monsieur.

FABIUS

Ma mère...

LA FOLLE, lentement.

Sa mère... moi... Mon fils, lui... mon fils!

CÉLESTINE

Ne le reconnaissez-vous pas ?

LA FOLLE, qui cherche ses idées, et qui aperçoit le comte.

Ah! vous devez le reconnaître, vous.

LE COMTE

Qu'il soit donc entre nous un gage de pardon et d'oubli.

fabius, qui s'est relevé et qui menace le comte.

Ah ! il n'y a ici pour vous ni oubli ni pardon... il n'y a que vengeance sanglante.

LA FOLLE, avec un rire terrible.

Ah! c'est bien là son fils! il menace son père... et il veut l'assassiner.

FABIUS

Lui! mon père! Ali! mon Dieu!

Il tombe comme frappé de mort.

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