UNE PAGE DE LA BIOGRAPHIE DE NAPOLÉON
( Suite. )
Wilhelmine ! Wilhelminc ! cria un des petits étourdis, viens donc vite voiries Français.
A cet appel, une jeune fille d'environ seize ans se montra sur le seuil; elle était simplement value ; mais elle ne portail pas, comme ses compagnes, le court jupon et le bonnet de velours des Viennoises. Son coslume , quoique fort simple , était celui des dames de la ville. A peine eût-elle aperçu, au milieu de la troupe dorée des cavaliers, le petit chapeau et la redingote grise de Napoléon : — C'est lui ! s'écriat-elle, et elle s'élança pour mieux le voir.
A cette exclamation, Napoléon tourna la tête pour apercevoir celle qui l'avait prononcée. Il ne lui fut pas difficile de la deviner en rencontrant deux beaux yeux bleus attachés sur lui, pleins d'un naïf enthousiasme. Ainsi immobile , avec sa beauté candide, sa taille élancée , sa longue robe blanche , son chapeau de paille qui , retombé en arrière dans le mouvement qu'elle avait fait, lui formait une espèce d'auréole; on aurait dit , à sa fervente attitude , d'une jeune sainte en extase. L'empereur , charmé de cette appa-
rition porla la main à son chapeau , et salua en souriant la jeune fille, qui se réfugia aussitôt, rouge et confuse , derrière le groupe d'enfants qui l'avaient suivie. Cet incident égaya la promenade de l'empereur, qui se retourna plus d'une fois pour revoir sa belle admiratrice, et ne cessa d'en parler jusqu'à son retour au châleau. Il va sans dire que toute la suite renchérit sur le langage du maître. L'un de ces hommes que, pour leur malheur, les souverains trouvent toujours prêts à servir leurs penchants, bons ou mauvais , se hasarda à dire que sans doute la belle enthousiaste n'avait pas été fâchée de se faire remarquer de l'empereur, et qu'assurément elle ne demanderait pas mieux que de le voir de plus près, si elle pouvait être assurée que sa majesté le désirait.
Sa majesté ne répondit que par un sourire qui fut interprêté comme un consentement, et l'officieux personnage mit si bien le temps à profit , que peu
( Napoléon à Schœnbrunn. )
d'heures après, il vint prévenif l'empereur que la jeune personne, transportée, ravie à l'idée d'approcher sa majesté , avait consenti sans peine à se laisser conduire au château dans la soirée. L'empereur reçut cette nouvelle à peu près comme si on lui eût annoncé que son dîner était servi.
Quoi qu'on en ait dit, Napoléon faisait peu de cas des femmes. L'amour ne tenait dans sa vie ni la place pompeuse qu'il occupait dans celle de Louis XIV, ni la place honteuse qu'il s'élait faite dans celle de Louis XV. Quant à lui, empereur, il profilait des occasions que la cupidité, l'ambition, une vaine exaltation jetaient sur son passage, comme il buvait le verre de vin de Chambertin que ses serviteurs tenaient à sa portée jusque sous le canon de Moscou, au péril de leur vie, et dont il se serait passé cent fois , s'il avait dû lui coûter seulement la peine de le demander. Ce n'était pas que Napoléon fût un homme vicieux, mais il avait le sentiment de l'ordre bien plus que celui de la morale ; il faisait cas des bons ménages, et se serait, je crois, fait scrupule de metlre le trouble dans une famille, ou de tendre des pièges à l'innocence ; mais, du reste, il se passait assez
volontiers ses fantaisies, et pourvu qu'il prit la peine de se cacher de sa femme et d'éviter le scandale,, il se croyait parfaitement irréprochable. Du moins, les femmes savaient toujours à quoi s'en tenir avec lui. Il ne leur laissait pas la plus petite illusion ; en ceci, comme en toute chose , logicien impitoyable, il semblait dire à toutes : — Êtes-vous une femme de bien? tenez-vous en à votre mari et à votre ménage, et je vous estimerai comme telle; êtes-vous une femme tendre et passionnée? contentez-vous de m' aimer à l'écart, sans rien prétendre au-delà; êtes-vous une femme avide? je vous paie; êtes-vous une femme ambitieuse? n'essayez pas de vous jouer à moi, car vous n'avez rien à m' offrir qui vaille à mes yeux la moindre parcelle de ma puissance.
Celait clair; il n'y avait pas à s'y tromper, encore moins à le tromper lui-même ; si quelques-unes l'ont tenté à leurs dépens, je ne les plains pas.
Le soir arriva, et Napoléon, occupé à dicter des dépêches, ne se souvenait déjà plus de l'audience qu'il avait accordée , quand son messager, tout fier du succès qu'il avait obtenu, prit sur lui d'entr'ou- Yrir la porte du cabinet. Sa vue rappela à sa majesté
qu'une aiïairo plus agréable la réclamait. Elle n'interrompit cependant point sa dictée , mais elle pensa qu'elle pouvait mettre à profit le temps qu'on employait à sceller les paquets, et se hâta de passer dans un cabinet où l'on avait introduit la jeune fille. Ce cabinet, entièrement revêtu de laque, était brillamment éclairé; la lueur des bougies se reflétait dans les panneaux polis, dont le fond noir et or détachait merveilleusement la blanche figure de la belle Allemande. Elle portail une robe d'organdi ouverte par derrière en façon de tablier , suivant une mode d'alors, et rallachéc par des nœuds de ruban rose; une branche de laurier rose ornait sa ceinture, ses cheveux chatain-clair descendaient en mille boucles le long de ses joues et de son cou de cygne.
L'empereur, charmé à son aspect , s'arrêta un moment pour la considérer, tandis que la jeune personne lui faisait une profonde révérence, une révérence timide, souple, gracieuse, d'une suavité pleine de décence. Si, comme on l'a dit, ainsi que le style est tout l'homme, une révérence est toute la femme, celle-là valait un poème.
Napoléon s'avança alors avec un assez galant empressement. — Comment vous nomme-t-on? demanda-t-il tout d'abord.
— Wilhelmine , sire, lui fut-il répondu d'une voix basse et tremblante.
— Wilhelmine! c'est le nom de la reine de Prusse; il parait qu'en Allemagne toutes les jojies femmes l'ont adopté.
En débitant ce compliment cavalier, il prit la main de sa belle conquête pour la conduire vers un canapé , et , touchant sa robe , il lui demanda avec un peu d'émotion, si ce n'était pas là du Linon, étoffe qui, sans doute, se liait pour lui à quelque doux souvenir. Wilhelmine, surprise de la question, lui répondit que non , d'un air étonné ; l'empereur la fit asseoir sur le sopha, et se plaçant près d'elle , il prit ses deux petites mains dans une des siennes et passa l'autre bras autour de sa taille; effrayée de ce geste familier , la pauvre enfant recula précipitamment et fondit en larmes. Ce mouvement où, d'après la démarche de la jeune fille , Napoléon ne vit qu'une inutile simagfée, lui donna de l'humeur.
— Qui êtes-vous ; lui demanda-t-il brusquement. Qui est votre père?
— Le baron Z..., capitaine au service de l'empereur d'Autriche. L'empereur fronça le sourcil. — La fille d'un gentilhomme! d'un militaire! dit-il en se reculant à son tour, et c'est vous, mademoiselle , qui venez trouver un homme la nuit !
— Ah! sire ! s'écria la jeune fille éperdue, je ne pensais pas que vous étiez un homme.
Cette naïve exclamation alla chercher, pour la chatouiller doucement, la fibre la plus délicate de l'orgueil impérial. Le front de Napoléon s'éclaircit; le sourire de ses jours de triomphe illumina son visage. Il n'avait pas soupçonné ce pur et innocent enthousiasme dont il était l'objet, mais il venait de le comprendre , et il en était plus flatté que du grossier encens qui lui était journellement prodigué. Délicieusement ému , il se leva et fit lentement deux ou trois tours par la chambre , les mains derrière le dos; puis, enfin, s'arrêtant devant la pauvre fille demeurée à sa place , immobile et tremblante.
— Celait donc l'empereur Napoléon que vous vouliez voir? lui dit-il en souriant doucement.
— Oui, sire, répondit-elle en levant sur lui ses beaux yeux humides et souriant à son tour au milieu de ses larmes.
— Eh bien , mon enfant , reprit-il avec une bonté toute paternelle, le voilà, regardez-le bien.
Willielmine profila de la permission ; involontairement ses mains se joignirent , son genou fléchit à demi, et dans cette altitude d'une adoration muette, elle demeura quelques minutes en contemplation devant le grand homme qui s'y prêtait avec complaisance. Un léger coup sur la joue la lira de son extase, elle tressaillit en rougissant , cl l'empereur en riant se rassit à côté d'elle, et alors il se plut à lui faire raconter comment, tout enfant encore, les exploits du I" consul avaient frappé sa jeune imagination. Comment elle avait entendu parler de ses victoires d'Egypte et d'Italie, comment on lui avait appris qu'en France il avait rétabli la religion et puni les méchants, comment ensuite il était devenu empereur, couronné par le pape. Elle savait la terreur que son nom inspirait à l'Allemagne , où chaque fois qu'il paraissait, il forçait tous les rois à demander la paix , et toujours dans ses rêves elle rêvait de l'empereur Napoléon, et elle était sûre qu'elle le verrait un jour, parce qu'elle avait tant prié Dieu pour obtenir celte grâce! Enfin , le matin , elle l'avait reconnu tout de suite d'après ses portraits, et cependant, ajouta-t-elle, il me paraît à présent qu'ils ne vous ressemblent plus du tout.
L'empereur écoutait ce naïf babil , tout en caressant doucement une des petites mains de la jeune fille qu'il tenait dans les. siennes ; il se plaisait à contempler dans cette âme candide, comme dans un pur miroir , le reflet de sa gloire , et son image magnifiée par l'admiration des peuples. Tout à coup un nuage passa de nouveau sur son front. Il attacha sur la jeune Allemande cet œil d'aigle qui semblait pénétrer au fond des cœurs, et de sa voix brève et impérieuse :
— Votre mère, dit-il, vous a laissée venir seule ici?
— Ma mère, répondit-elle, en secouant tristement la tête , hélas ! je ne l'ai plus.
Le regard de l'empereur s'adoucit. — Une orpheline! reprit-il ; et qu'elles sont donc ces femmes que j'ai vues ce matin avec vous?
— Ma nourrice et ma sœur de lait. Quand la ville de Vienne fut menacée d'être bombardée par les Français , on renvoya chez leurs parents toutes les élèves de ma pension ; et moi , dont le père était à l'armée, et qui n'avais point de parents à Vienne, je demandai à être conduite chez ma nourrice, espérant que je serais plus en sûreté dans cet endroit écarté que dans la ville même. Ma pauvre nourrice ! elle était si contente quand ce monsieur est venu s'offrir de me conduire près de Votre Majesté! elle m'a dit: Va, ma fille, va voir le grand empereur des Français, cela te portera bonheur.
L'empereur sourit de nouveau avec satisfaction: mais, reprenant bientôt l'espèce de brusquerie sous laquelle il dissimulait d'ordinaire un attendrissement auquel il n'aimait pas à céder :
— Savez-vous , dit-il, en changeant d'entretien, que vous parlez le français à merveille; on ne yous prendrait jamais pour une Autrichienne.
— Je ne suis pas Autrichienne , sire , reprit-elle vivement , ma mère était Alsacienne et mon père est de Prague.
— Vraiment?., en ce cas, vous êtes à demi ma sujette, et par conséquent sous ma protection. C'est pourquoi , ajouta Napoléon en prenant un air sérieux, vous ne devez pas rester ici plus long-temps. II tira le cordon d'une sonnette , et demanda son premier valet-de-chambre.
— Constant , dit-il , faites préparer une voiture ,
et disposez-vous à accompagner mademoiselle Z
avec tous les égards dus à une noble et honnête demoiselle , à la fille d'un brave officier.
Le premier valet répondit par une inclination respectueuse, et se retira pour exécuter les ordres qu'il venait de recevoir. L'empereur se rapprocha alors de Wilhelmine , qui s'était levée en même temps que lui, mais sans oser quitter sa place, et, lui prenant les mains , il la regarda un moment en hochant la tête : — Vous êtes enthousiaste, dit-il, c'est une dangereuse maladie chez les femmes, surtout quand elles sont jeunes et jolies , et qu'elles n'ont ni mère , ni mari pour les protéger. Ainsi , croyez-moi , dites à votre père de vous marier au plus vite.
A ce conseil un peu cru , la pauvre Wilhelmine rougit si fort , que les larmes lui en vinrent aux yeux.
— Eh bien ! eh bien I qu'y a-l-il là qui doive vous effrayer ? reprit Napoléon avec une gaîté brusque. Avec un pareil visage et une jolie dot, les épouseurs ne doivent pas manquer , et rien ne s'oppose à ce que vous en choisissiez un à votre goût.
— Mon père est sans fortune, sire, dit la jeune personne en essayant de surmonter sa confusion.
Qu'importe? ne suis-je pas là , moi. Avez-vous oublié que votre visite à l'empereur Napoléon doit vous porter bonheur ?
Elle joignit les mains dans un moment de gratitude. Mais un geste de Napoléon arrêta ses remercîments sur ses lèvres.
La porte se rouvrit , et Constant annonça que tout était prêt. L'empereur fit alors à la belle fille un signe de la main , et la congédia avec ces simples paroles : — Bonsoir, mon enfant, dormez bien.
Appuyé contre la console, il la vit se retirer le cœur palpitant et les yeux humides, et, après son départ, il demeura quelques instants immobile dans la même attitude. Cet entretien avait réveillé en lui un souvenir dès long-temps oublié ;'les pures et douces émotions de ses premières amours , alors que , simple lieutenant d'artillerie, il obtenait d'une belle fille de son âge un furtif rendez-vous à la pointe du jour , dont tout le bonheur se réduisait à manger ensemble, assis sur le même banc , de» cerises fraîchement cueillies. Hélas ! depuis long-temps les pensées dévorantes , les soins desséchants avaient fait évanouir ces naïves délices. Depuis long-temps , la riante végétation qui parait le flanc de la montagne avait disparu sous le» couche» de lave successivement refroidies ; mais, pour un moment, la brise fugitive venait de lui rapporter les émanations lointaines des fleurs qui l'embaumaient jadis. Ce fut toutefois l'affaire de quelques minute».
— Allons, se dit-il en passant la main sur son front, ce n'est pas le moment de me livrer à de pareils enfantillages. Et , retournant à son cabinet , il
reprit le fil de ses dépêches, levier puissant qui soulevait l'Europe. Toutes ces dépêches cependant ne furent pas politiques.
Le lendemain , de grand matin , une ordonnance arriva au galop dans le petit village de ..., mit pied à terre devant la maison de Wilhelmine , et rendit à cette dernière un gros paquet scellé aux armes impériales. Le paquet contenait trois cent mille francs en billets de banque , et une lettre adressééifon à la jeune fille, mais à son père.
« M. le baron Z....,
» S. M', l'empereur ayant eu l'occasion de voir Mlle Wilhelmine de Z...., m'ordonne de voua dire que l'intérêt qu'elle lui a inspiré comme fille d'une Française et d'un brave militaire , la porté à lui accorder une somme de trois cent mille francs destinée à faciliter son établissement , auquel S. M. vous invite à songer le plus tôt possible, l'isolement étant d'autant plus dangereux pour une jeune fille, qu'elle a plus d'innocence , de beauté et de candeur.
» Sur ce, M. le baron, etc. »
A l'heure où les courtisans se rendaient à ce qu'on appelait le lever de l'empereur, quoiqu'alors il fût toujours levé depuis long-temps , l'officieux mercure de la veille vint présenter son visage souriant. Il ne tint pas compte du froncement de sourcil qui accueillit ses salutations ; et , s' obstinant à se trouver toujours sur le passage de Napoléon , il attira sur sa tète l'orage qu'il aurait pu éviter. •
— Depuis quand, monsieur , s'écria l'empereur, en prenant ce que lui-même appelait sa figure d'ouragan , depuis quand me croyez-vous capable de porter le trouble dan» une famille honorable , et d'abuser de l'ignorance d'une honnête jeune fille ? Suis-je donc un Louis XV? et me connaissez-vous si mal?
A cette apostrophe, le personnage étourdi , confondu, balbutia, perdit la tête et ne sut plus quelle contenance tenir ; avant qu'il eût pu trouver un mot à répondre, l'empereur lui avait tourné le dos, et adressait au reste de l'assemblée une sorte d'allocution sur la nécessité des bonnes mœurs et l'union des familles. C'était son thème ce jour-là. Aussitôt toutes les voix furent à l'unisson : l'anecdote de la veille avait déjà transpiré, et l'un des courtisans hasarda , par forme d'allusion , quelques mots sur la continence de Scipion.
— Bah! dit l'empereur avec impatience, la continence de Scipion ! encore un de ces radotages historiques que je suis las d'entendre répéter. Le be^u mérite que de respecter une femme qui ne se souciait pas de lui , quand il en avait tant d'autres à sa disposition.
— Certes, reprit l'interlocuteur en souriant, si la conquête du grand Scipion eût été mieux disposée en sa faveur, je doute que l'éloge de sa continence fût arrivé jusqu'à votre majesté ; car qu'y a-t-il au-dessus de la possession d'une belle personne ?
— Mon cher , reprit Napoléon en lui pinçant l'oreille d'un air mi-souriant, mi-rêveur, il est quelquefois plus doux d'y renoncer.
Mmo Amable Tastc.
[Revue du dix-neuvième siècle.)
CHOREY {Côte-d'Or).
Ce village , du déparlement de la Côte-d'Or, situé dans l'arrondissement et dans le canton sud de Reaune, à une petite lieue de cette ville, entre les coteaux qui produisent un vin si repommé, et la riche plaine que baigne la Saône, a acquis une véritable célébrité, grâce à M. Joseph Rard qui tient l'un des sceptr"es de la littérature provinciale. Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur offrant un dessin fidèle de l'habitation du poète.
Voici , du reste , comment M- Joseph Rard a décrit lui-même , en vers, son cher village Chorey.
Chorey , c'est un hameau des environs do Reaune , Situé dans le cœur du pays bourguignon , Entre la riche côte et la courtoise Saône , Tout près du grand chemin de Paris à Lyon.
Un château d'une haute et sévère structure ,
Dont la robe du temps effleuje les parois ,
Et qui , soudain , tombé de noblesse en roture ,
Semble pleurer encore ses hôtes d'autrefois.
Manoir aux larges flancs qui n'est plus à la taille
Des maîtres ignorés qu'il abrite ici-bas ,
Et dont le vent du nord écorne la muraille ,
Sans qu'un œil vigilant mesure les dégâts.
Une église moderne ou plutôt rebâtie,
Du temple primitif sur les vieux fondements,
Ayant la façade humble et la nef aplatie ;
Du pacifique endroit , voilà les monuments.
Ce temple dont le plan forme la croix latine ,
Offre un autel de marbre et deux charmants tableaux.
Italique , élégant, son clocher se dessine,
Et son beffroi rural tinte sur des tombeaux.
Mais , voyez dans un coin du modeste village, Sur un fertile sol de lumière inondé , Une blanche demeure , un enclos plein d'ombrage , Par mes aïeux sans nom, dès long-temps possédé, Une croix veille auprès de cette douce tente ; A sa porte est un siège où s'assied le passant. Facile en est l'accès; nulle voix insultante N'en éloigna jamais et le pauvre et l'enfant. En ce séjour bourgeois, tout annonce l'aisance; Rien n'est vainc parure et luxe pour les yeux. Amis, il esta moi, grâce à la providence Qui me l'a fait ainsi calme et silencieux.
L'existence à Chorey d'un ancien monastère (1) Dont l'histoire a gardé le souvenir certain , Et que l'on vit jadis posé sur cette terre, Où ma maison sourit aux splendeurs du matin.
Dans les champs d'alentour les ruines trouvées, D'un antique abreuvoir le visible tracé, De vieux débris romains et des pierres gravées, De mon chéri village illustrent le passé. (2)
C'est à Chorey que dort la cendre de mes pères... Me serait-il permis de vivre sans aimer Ces vignes , ce ruisseau , ces brises salutaires , Qui, de l'aurore au soir, viennent m'y parfumer?
Et c'est là que souvent, j'ai signé de ces pages Qu'une presse indulgente a daigné recevoir... Mes amis , quelquefois visitez nos parages, La franchise et la paix habitent mon manoir.
(1) Il y avait à Chorey un prieuré qui n'existait plus longtemps môme avant la révolution de 1789.
(2) Le nom latin de Carretum ( lieu de dépôt pour les chars), sa proximité de Minervia (Beaunc), le voisinage de la grande voie romaine tendant d'Autun à Besançon par Crusinium (Crisscy près de Dole), nommée aujourd'hui Vie ferrée ou Chemin ferre , expliquent la présence d'établissements gallo-romains sur ce territoire.
( n •bitation de M. Joseph Bard à Chorey { Côte-d'Or. )