MUNICH
Munich, une des principales villes d'Allemagne, aujourd'hui siège des beaux arts, capitale du royaume de Bavière, située sur l'Isar , n'était anciennement qu'une petite colonie de moines, origine que rappelle encore un moine placé dans les armes de cette ville.
Dans les onzième et douzième siècles, lorsque Munich n'était encore qu'un endroit de peu d'importance, les évêques de Freysing firent construire le premier pont sur l'Isar, près du village de Wœhring, à une lieue de Munich. Ils y établirent une monnaie et un entrepôt pour le sel. L'avidité de ces évêques allait jusqu'à lever des impôts sur le sel indigène , dans les états même du duc de Bavière. Cette infamie détermina le duc Henri-le-Lion à aller , en 1158, attaquer le village de Wœhring; il détruisit le marché et le château des évêques , ainsi que le pont, et emmena tout le sel à Munich , où il fit construire un nouveau pont en bois et une monnaie.
Pour étouffer les plaintes des évêques, on leur accorda quelques dédommagements. Les murailles et les fossés qui entourent la ville , furent faits par Othon IV, de la maison Scheuern-Wittelsbach, chef de la famille qui règne encore aujourd'hui. Bientôt après, en 1255, le duc Louis-le-Sévère y transporta sa cour, et fit construire un grand nombre d'édifices. Louis de Bavière, qui était en même temps empereur d" Allemagne, donna des lois à la ville, en étendit les limites, et augmenta son commerce et son industrie. L'électeur Maximilien contribua aussi beaucoup à l'embellir et à l'agrandir. Il fit construire de 1610 à 1616 le château royal , l'édifice le plus remarquable de ce temps. Mais c'est surtout à Charles-Théodore et à Maximilien Joseph , premier roi de Bavière, que Munich doit sa plus grande extension ; car , à cette époque , on construisit des quartiers entiers , de belles places, des promenades publiques, et de magnifiques palais. Enfin, sous le roi actuel , Louis 1er, Munich augmente de jour en jour en étendue , en population et en magnificence. Ce sont surtout les productions des sciences et des arts qui ont placé cette ville au rang des premières villes de l'Allemagne.
Parmi les principaux édifices de Munich, nous devons citer d'abord le Glyptothèque , dont nous donnons le dessin (mot qui signifie collection de statues), destiné à recevoir les œuvres classiques des anciens sculpteurs. Ce monument, d'architecture ionique, a été élevé dans les années 1826 à 1830. Il forme un carré; sa façade a deux cent-vingt-cinq pieds de long ; elle repose sur trois socles , et présente au milieu un portique composé de douze colonnes , et dont le fronton est orné de la représentation allégorique du cycle des beaux-arts. Au milieu de ce cycle , on voit l'athénée Ergane ; sur les côtés, Scalptor, Statuarius, Plastes , Torentes; puis Xyloglyphe, Keramous , Ornatiste , et enfin Circumlitor. Les figures et groupes en relief sont ert marbre de Salzbourg. De chaque côté du portique , sont six niches destinées à recevoir les statues colossales d'Hœphestos, de Prométhée , de Dédale , de Phidias, de Périclès et d'Adrien , qui sont déjà presque achevées. L'intérieur du bâtiment est divisé en douze salles. C'est à son architecte
même , M. Léo de Klenzé, que le roi a confié le soin de placer les statues ; il a choisi de préférence pour ce placement l'ordre dos époques historiques des beaux-arts. La première salle a donc été consacrée aux productions des anciens Egyptiens , c'est la salle Egyptienne. La seconde , aux statues du style sacré hiératique ou incunable ; on l'appelle la salle Incunable. La précieuse collection, unique dans son genre, que l'on a retirée du temple de l'iled'Égine, occupe à elle seule la troisième salle, nommée salle d'Égine. Les trois salles suivantes, c'est-à-dire les salles d'Apollon , de Bacchus et de Niobites, sont consacrées aux œuvres des Grecs du temps où chez ces peuples l'art avait atteint sa plus grande perfection. La salle des Niobites , qui termine la première partie du Musée, estloute resplendissante de dorures. Elle renferme, entre autres chefs-d'œuvre, le Fils de Niobé, connu sous le nom d'ilioneus. Celte petite statue est mutilée, mais ce qui reste est digne du ciseau de Praxitèle , auquel les Bomains l'attribuaient à l'époque où Pline la vit dans le temple d'Apollon à Borne. Cette statue fut achetée par le docteur Barthe d'un tailleur de pierres , au moment où celui-ci allait en faire les marches d'un petit autel ; il la paya très bon marché , et la revendit six mille ducats au roi de Bavière, qui en orna aussitôt le Glyptothèque. La septième et la huitième salle contiennent les peintures à fresque de Cornélius et de ses élèves. Ce grand maître a voulu reproduire dans une suite de tableaux les scènes principales de la mythologie des Grecs, afin de montrer dans leurs rapports mythologiques et poétiques leurs héros et leurs dieux. Dans la neuvième salle , appelée la salle des Héros , et qui. a cent vingt-cinq pieds de long sur quarante de large , sont les statues des princes , des héros et des philosophes grecs ; on y a aussi réuni des fragments de l'ancienne sculpture romaine ; des bas-reliefs , des candélabres, des sarcophages et des colonnes. La dixième salle, longue de cent-trente pieds, est réservée pour les œuvres des Bomains, et la onzième, plus petite , pour les peintures sur toile coloriée. Enfin , la douzième , dite salle des Modernes , renferme les œuvres de ceux des artistes modernes qui ont fait le plus d'efforts pour ramener l'art au genre des anciens ; on y voit un phénix , emblème de la renaissance, et quatre médaillons représentant Nicola di Ria, Michel- Ange, Canova et Thorwaldsen, et, au milieu , un Paris et une Vénus de Canova.
La Pinacothèque , ou nouvelle galerie , est encore plus grande et plus magnifique que le Glyptothèque. C'est sans contredit un des monuments les plus importants de notre époque. Lorsqu'en 1821, après avoir fait le catalogue des tableaux que contenaient les cabinets royaux de Munich , de Schleissheim et de Luslheim, on eut reconnu que le nombre s'en élevait à 9,000, il fut décidé que l'on construirait un local pour y placer les 1,600 meilleurs. On construisit alors la Pinacothèque, dont la première pierre fut posée le 7 avril 1826, c'est-à-dire le jour anniversaire de la naissance de Raphaël Lanzio d'Urbino; elle fut terminée en 1835. Cet édifice se trouve au milieu d'une grande place ornée d'allées, de bosquets, de vases-, de fontaines jaillissantes. Sa façade a deux cent-cinquante pieds de longueur sur quatre-vingt-douze de profondeur et autant de hauteur. Les ailes latérales ont
quarante-deux pieds de longueur et autant de largeur, sur soixante-dou/ede hauteur. La galerie des tableaux est au premier étage. Il y a neuf salles pour les grands tableaux des diverses écoles, et vingt-trois cabinets, placés à la file sur les côtés des salles, pour les tableaux de petite dimension. La première salle contient les tableaux de l'école moderne ; la deuxième , ceux de l'école allemande ; les troisième , quatrième et cinquième, avec neuf cabinets, contiennent les tableaux de l'école flamande et hollandaise ; la sixième ceux de l'école française ; la septième ceux de l'école espagnole ; enfin , la huitième et la neuvième , avec trois cabinets, ceux de l'école italienne.
On admire aussi à Munich l'église de Notre-Dame. Sur l'emplacement qu'elle occupe, était autrefois une petite chapelle consacrée à la Vierge ; mais l'accroissement de la population ayant rendu cette chapelle insuffisante, le duc Sigmond , après avoir cédé le gouvernement à son frère, Albert IV , dit le Sage, posa, le 9 février 1468, la première pierre de celte église. Les travaux furent conduits par l'architecte Jorg Gankoflen de Halspaclr, qui employa vingt ans à la bâtir. La longueur de l'édifice est de trois cent trente-six pieds, sa largeur de cent vingt-huit, et la hauteur de la nef de cent quinze. Elle renferme le magnifique tombeau de l'empereur Ludwig de Bavière ; ce tombeau , en marbre et en bronze , fut érigé en 1622 par Maximilien Ier ; il a seize pieds et demi de longueur sur onze de largeur et treize de hauteur. Aux quatre angles du premier degré, sont quatre hommes armés de pied en cap , fléchissant un genou, et portant la bannière de l'empereur d'Allemagne, où l'on voit les armes et les noms des quatre empereurs Carolins et de leurs femmes. Sur la marche suivante est Atbert V avec le costume des anciens ducs d'Allemagne, et à sa gauche Guillaume V, en costume de chevalier, l'épée nue à la main.
L'ancien palais du roi fut bâti vers la fin du treizième siècle, par l'électeur Maximilien Ier, d'après les plans de Candid, élève du célèbre Vasari. Il était si richement décoré à l'époque où Gustave-Adolphe le visita, en 1633, que ce prince s'écria qu'il voudrait bien le faire transporter en Suède, sur des roulettes. On y montre les appartements qu'habitait l'empereur Charles VII, une chapelle, et le cabinet du trésor, qui renferme pour plusieurs millions de diamanls et de pierres précieuses.
La nouvelle résidence royale a six cent soixante pieds de long sur cent cinquante de hauteur. L'architecte, M. Klenzé, l'a construite sur le modèle du palais Pitli à Florence. « Bâtissez-moi, disait le roi Louis, un palais auquel on n'ait jamais besoin de. rien changer ni à l'intérieur ni à l'extérieur, et qui dans des siècles fasse encore l'admiration du peuple et les délices de ceux qui l'habiteront. » Le roi sera satisfait, car certes, peu de souverains en Europe sont logés comme il l'est. Il y a plus de sept ans qu'on est incessamment occupé à peindre, à sculpter, à dorer, à vernir. Quinze millions y ont déjà passé. En vérité, l'on dirait la demeure du plus magnifique sultan.
#La Sainte-Eglise est un des monuments les plus remarquables de la ville. Commencée en 1828, elle fut terminée Cn 1832.
Vers la fin de l'année 1835, fut inaugurée la sta-
tue en bronze du feu roi, Maximilien-Joscph Ier. Les Bavarois ont dû voir avec plaisir cet hommage rendu à la mémoire de leur bon Max, comme ils l'appellent, de ce roi si simple et si franchement populaire, qui leur parlait et leur donnait la main dans les promenades publiques, et le soir venait trinquer avec eux â la brasserie. Qui d'eux ne se rappelle l'avoir vu semer à pleines mains l'argent autour de lui quand il passait dans les rues ; car il était bienfaisant jusqu'à la prodigalité , au point qu'un jour, comme il demandait de l'argent à son ministre, celui-ci lui en refusa , et le gronda sur sa libéralité qui nuisait à ses propres intérêts ; et le bon Max se laissa gronder. Sa statue , que l'on voit sur la place du château , a été coulée par M. Stiegelmann, de Munich, d'après le modèle donné par M. le professeur Rauch. Elle forme avec le piédestal une hauteur de trente-quatre pieds. Le roi est représenté assis sur le trône et recouvert de ses habits royaux. Il tient de la main gauche la constitution.
La Porte Isarthor ( ainsi nommée du fleuve Isar ), ■ est remarquable par son antiquité et sa structure gothique. Elle menaçait ruine; mais grâce à l'amour du roi actuel pour les arls , elle a été restaurée dans ces derniers temps sous la direction du professeur Gœrt- ■ner , et ornée sur le fronton de peintures à fresque par Bernard Neher. La frise , qui a soixante-quinze pieds de long sur huit de haut, représente l'entrée de l'empereur Louis de Bavière, après la victoire remportée près d'Ampfing par ce souverain sur Frédéric-le-Bel , son concurrent au trône d'Allemagne ; ces peintures furent inaugurées le 12 octobre 1835. Sur les deux tours principales sont figurées les armes des généraux qui se distinguèrent dans cette bataille d'Ampfing. Les deux statues colossales dont cetlte porte est ornée, et qui représentent, l'une l'Archange Michel et Satan; l'autre, saint Georges terrassant le Dragon , sont dues au ciseau du professeur Eberhardt, qui a voulu personnifier la justice et la bravoure. L'ensemble du monument reproduit la façade d'un château du moyen-âge élégamment orné.
Avant de quitter Munich , disons un mot de ses habitants. A voir celte ville si riche en monuments , cette ville où les arls étalent leurs merveilles, on croirait que la population qu'elle renferme est une des plus éclairées de l'Europe; ce serait se tromper entièrement. Il n'y a rien de plus slationnaire que le bourgeois de Munich; quand autour de lui tout change , tout marche , tout progresse , lui , reste immobile et toujours le môme. Il se figurerait manquer à ses ancêtres, s'il faisait un seul pas plus qu'eux, s'il changeait même la moindre chose à ses vieilles habitudes. Aussi tient-il à son titre de bourgeois; il en est si fier qu'il le reproduit au bas de toutes ses lettres , et jusque sur ses enseignes.
On pense bien que la politique ne l'occupe guèse. Le gouvernement peut faire tout ce que bon lu semble, lui, bourgeois, n'en aura nul souci. Mais, par exemple, si ses intérêls pécuniaires sont froissés, le voilà qui sort aussitôt de son caractère ; il se trouble, il murmure, il est presque républicain. En 1831, un régiment de cuirassiers, connu par son dévouement au roi, fut sur le point de se révolter, parce que la bière avait été augmentée de deux liards environ par schoppe. Tant que le bourgeois de Munich ne paiera
son pot de bière que six kreutzers , il trouvera que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. E. Jacquemin.
FAUST
( Tragédie de Goethe. )
Il fait réfléchir à tout et même à quelque chose de plus que tout.
Parmi les productions de Goethe , Faust est certainement, non la plus belle, mais du moins la plus originale. Qu'on se figure un rêve pénible, dans lequel l'esprit se trouve transporté dans une sorte de chaos intellectuel , où règne une nuit sombre : dans
ces ténèbres , l'œil dislingue çà et là des formes horribles; des bruits d'enfer , des cris de désespoir, se font entendre de temps à autre ; un éclair passe dans les ombres et en découvre toute l'horreur. A ces émotions succèdent des pensées douces et suaves , la nuit est remplacée par un tendre demi-jour, et sur le front que la fièvre faisait battre naguère passent des brises fraîches et embaumées. Puis tout à coup le cauchemar vous reprend : le cœur se resserre etmille visions fantastiques passent devant vous ; des rires de débauches , des murmures de baisers , des pleurs , des chants pieux dans le lointain, remplissent les airs ; et lorsqu'on arrive à la fin de la pièce , il reste dans le cœur une profonde tristesse, et ce souvenir est gravé en traits ineffaçables.
Le sujet est une légende très populaire en Allema-
czECHovaci..
Marguerite offrant des fleurs à la vierge. )
gne. Faust, né avec une âme ardente, a consumé sa jeunesse à approfondir les mystères de la science : maintenant qu'il a tout dévoré, il sent pour la première fois que le savoir humain n'est qu'un vain assemblage de mots pompeux et vides de sens; une vaine pâture que Dieu jeta à l'homme pour se jouer. Alors il regrette les plaisirs de la vie que jusque-là il a méprisés : dans son cabinet où le jour ne pénètre qu'à travers les vitraux coloriés, il éprouve ce besoin de fortes jouissances que les livres ne peuvent plus lui donner, et que ne peut comporter l'âme humaine, bornée pour la joie comme pour la douleur. L'intelligence, que jusque-là il a seule cultivée, est maintenant un feu qui le dévore, et de son âme
s'épanche une amère dérision sur toutes les choses de la terre. Dans son délire il veut se délivrer d'une vie qui lui pèse; la coupe de son père qui ne servait que pour les festins, il la remplit d'une liqueur qui doit lui donner la mort. Au moment où il approche sesjèvres du poison, des chants lointains se font entendre; ce sont des hymnes pieux qu'il chantait autrefois avec sa mère et qui firent les délices de son enfance : ces sons éveillent dans son esprit une foule de touchants souvenirs, et la coupe fatale échappe à ses mains.
Mais ces pensées ne durent pas long-temps, le besoin d'émotions violentes renaît plus impétueux ; versé dans les sciences occultes, desquelles c'eût été
un crime de douter«dans le moyen-âge, il évoque un esprit. Méphislophélès, effrayant personnage, qui représente tout ce que le génie du mal a de hideux, apparaît au malheureux docteur et se lie à lui à condition de satisfaire tous ses désirs pendant un certain temps et d'emporter ensuite son âme. La froideur dans le crime, l'astuce, une ironie qui tombe sur les choses les plus saintes, une science effrayante du cœur humain, telles sont ses qualités. Il conseille à Faust d'aimer et il lui livre une jeune fille, pauvre et simple, mais belle et vertueuse : création charmante qui vous émeut jusqu'aux larmes, alors même qu'une première faute l'entraîne au crime. Un breuvage préparé par Méphislophélès et que Marguerite fait prendre à sa mère comme un soporifique , les débarrasse de toute surveillance , et Faust est admis dans la demeure de son amante pendant la nuit : Nuit d'amour, nuit de délices, que devaient suivre d'effrayants malheurs! Mais Faust ne pouvait goûter long-temps une jouissance terrestre. Méphistophélès le conduit alors chez une sorcière, et de là au sabbat. La scène se passe sur une montagne solitaire de la forêt du Hars , célèbre dans les traditions populaires de l'Allemagne. Il est impossible de se faire une idée de ce spectacle ; les clameurf confuses et bizarres qui remplissent les forêts, les lueurs livides qui les éclairent, le vent dont chaque tourbillon apporte des spectres , tout cela rendu dans une poésie au rithme pressé , aux paroles incohérentes et quelquefois inintelligibles , tout cela vous transporte dans un monde fantastique dont les visions vous donnent le vertige.
L'histoire de Marguerite serre douloureusement le cœur. Elle qui , comme le dit Faust, eût pu être si facilement heureuse! Une simple cabane dans une vallée des Alpes, quelques occupations domestiques, auraient suffi pour satisfaire ses désirs bornés , et remplir sa douce vie. Mais il n'en devait pas être ainsi : il fallait que son cœur fût brisé , que sa destinée tombât en ruines sous les baisers de feu de Faust. Maintenant que son déshonneur est public, combien ses remords sont poignants, combien est touchante la prière qu'elle adresse à la Madone , en parant son autel de fleurs cueillies avant l'aurore. Valentin, soldat et frère' de Marguerite, apprend la honte de sa sœur. La souffrance se trahit en lui par un langage âpre et touchant à la fois , et Goethe a peint admirablement l'émotion de l'homme dur en apparence, mais sensible au fond de l'âme. Dévoré du désir de vengeance , il attaque Faust au moment où celui-ci chante sous la fenêtre de sa maîtresse. Bans le combat il est blessé à mort , et Marguerite arrivant en ce moment , demande qui est là tout sanglant. On lui répond :
C'est le fils de ta mère. Les reproches que son frère lui adresse en mourant sont terribles, et notre langue n'a pas assez d'énergie pour les rendre.
Revenons à Faust. Les plaisirs ont bien pu étouffer un moment dans son âme cette voix qui le tourmente sans cesse ; mais maintenant que l'ivresse est passée, chaque plainte de la pauvre fille qu'il a immolée , vient déchirer son cœur. Il maudit l'esprit infernal qui a conduit celle intrigue, et la réponse de Méphistophélès est horrible d'ironie.
Une scène de la plus grande beauté, c'est celle qui
a lieu dans l'église où Marguerite va prier. Le chœur chante l'hymme :
Dies ira;, dies illa Solvctseclum in favillâ, etc. (1)
La malheureuse fille rencontre l'esprit de l'enfer dans le temple d'où Dieu ne rejette aucun repentir , et les paroles sévères de l'hymne, interprétées par l'inflexible méchanceté du génie du mal , portent la terreur et le désespoir dans son âme. Quel talent que celui qui 'sait ainsi présenter à l'imagination, ces moments où la vie s'allume en nous comme un feu sombre , et jette sur nos jours passagers la terrible lueur de l'éternité des peines. Faust apprend que Marguerite est retenue au fond d'un cachot, et est condamnée à mort pour avoir tué son enfant. Ne pouvant plus résister à ses remords, il veut du moins la sauver , et il force Méphistophélès à le conduire dans la prison. De" loin il entend sa maîtresse murmurer une chanson qui prouve assez l'égarement de sa raison. Marguerite est devenue folle; mais, à travers les idées désordonnées qui troublent son esprit, l'on devine un sentiment violent, quoique confus, du crime qu'elle a commis, du sort qui l'attend , et de l'amour passionné qu'elle conserve pour son séducteur. Quelquefois elle oublie ses douleurs; mais alors la joie qu'elle fait éclater n'est que plus déchirante. Comme si un instinct eût averti son âme naturellement innocente , que le démon l'attendait à la porte , elle refuse obstinément de suivre son amant : Voici une partie de cette belle scène.
FAUST
Le jour paraît , chère amie ! chère amie 1