‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 127 sur 187 · ANTIPAROS · texte numérisé non relu

ANTIPAROS

En face de l'antique Paros; si célèbre par ses marbres, s'élève au milieu des eaux la petite île d'Antiparos, l'Oléaros des anciens, séparée seulement de la première par un bras de mer d'un mille de large. Jadis on y voyait de beaux plants d'oliviers, unique richesse du pays ; les Vénitiens , dans leurs courses fréquentes au milieu des Gyclades où les appelèrent tant de fois le commerce et la guerre , les ont tous anéantis , et il ne reste plus aux habitants du seul méchant village qui se trouve dans Antiparos que quelques champs d'orge dont ils exportent la récolte.

Pour le voyageur qui ne fait que côtoyer ces rives tristes et dépeuplées . rien qui puisse attirer sa curiosité , si ce n'est quelques pâles visages tournés vers l'Océan et qui semblent chercher, dans la vue d'un vaisseau, une diversion à la monotonie de ces lieux; mais si malgré ces apparences l'on pénètre sur cette terre, qui semble si maltraitée de la nature, alors le spectacle changera , car Antiparos a aussi sa merveille comme maintes autres contrées de ce monde, et cette merveille mérite une pause du voyageur qui parcourt la Grèce , aussi bien pour admirer la nature que pour chercher les débris des grandeurs passées. La grotte d'Antiparos a , depuis Tournefort et de Choiseuil-Gouffier, acquis une grande célébrité. Le premier surtout, saisi d'un enthousiasme, bien concevable au reste pour son étonnante disposition , a souvent exagéré les beautés mêmes qu'en offre l'intérieur. Le second , dans une description , il est vrai , moins circonstanciée , a rétabli les faits à leur juste valeur et achevé de populariser le nom de la grotte.

L'entrée de cette caverne n'a d'abord rien d'imposant; c'est une simple voûte de rochers au milieu de laquelle s'élève une colonnade naturelle. C'est là que M. de Choiseuil attacha la corde qui devait servir à sa descente. Après avoir marché quelques minutes, on trouve ensuite une pente assez douce aboutissant à une cavité dans laquelle on s'introduit pour arriver sur une petite plate-forme de six à sept pieds de profondeur, que Tournefort, dans son style enthousiaste, appelle un horrible gouffre. A partir de celte première station , on commence à descendre par un talus assez raide, de soixante-six pieds de profondeur perpendiculaire ; c'est là le seul endroit

difficile de la grotte et que l'on puisse regarder comme dangereux; il exige quelque habitude de ces genres d'excursion. Cette pente rapide se termine a un rocher dont la partie supérieure est arrondie et rendue horriblement glissante par l'eau qui, s'échappant (ft toutes les parties de la caverne , s'y précipite en formant mille gracieux détours, mille élégantes cascades. C'est pourtant le long de la cîme si lisse de ce roc qu'il faut se laisser descendre sur le dos pour pénétrer dans une galerie fort basse et moins rapide , aboutissant à la grande salle qui constitue véritablement la grotte , mais dont elle est encore séparée par un autre énorme rocher qu'il faut tourner préalablement. C'est là surtout que le règne minéral a déployé toute sa richesse et sa variété. La voûte de ce souterrain est soutenue par de magnifiques colonnes formées par la réunion de stalactites et de stalagmites; les murs, ou plutôt les parois de la caverne , sont tapissés des plus bizarres et en môme temps des plus élégants dessins et basreliefs naturels; là, ce sont de gracieux festons réunis par de grosses masses arrondies et comme relevées en bosses; ici des espèces de grappes formant des guirlandes tout autour de la voûte. Sur un des piliers, on distingue les restes d'une inscription , lue par Tournefort et donnée dans la relation de son voyage. La tradition populaire rapporte que c'est la liste des noms des Grecs qui conspirèrent contre la vie d'Alexandre et qui avaient choisi ce souterrain pour le lieu de leurs réunions. Rien ne vient à l'appui de cette croyance , et peut-être n'a-t-elle d'autre fondement que le nom d'Anlipater qu'on lit sur cette inscription et qui fut aussi , comme on sait, le nom de celui à qui Alexandre avait laissé le gouver-

nement de la Macédoine, lorsqu'il poursuivait en Asie ses conquêtes.

Mais , de tout ce que l'on peut admirer dans la grotte, la pétrification , connue sous le nom de l'autel, est, sans contredit, ce qu'il y a de plus étonnant et de plus majestueux. C'est un magnifique stalagmite de vingt-quatre pieds de haut, dont la base a plus de vingt pieds de diamètre. C'est, pour emprunter les propres paroles de Tournefort, le*plus beau morceau de marbre qui se puisse rencontrer. Les ornements qui le surmontent affectent la forme de choux-fleurs. Pour faire le tour de ce gigantesque stalagmite, on passe sous un massif qui forme comme une galerie basse , mais admirablement tapissée sur les côtés; les parois sont d'une éclatante blancheur, comparable à celle de l'albâtre , et ils laissent pendre des festons qui , en se réunissant sur l'autel , en forment comme l'atlique. Cet autel doit son nom à M. deNoinlel, ambassadeur de Louis XIV, à Constantinople, qui , avec près de cinq cents personnes , passa dans cette salle les fêles de Noël de l'année 1673, et fil célébrer la messe sur le massif colossal. Une inscription a été placée dans la grotle pour conserver la mémoire de ce fait curieux.

Telle est la caverne d'Anliparos, visitée pour la première fois par un voyageur français, Magin, et actuellement si célèbre. Comment celte groltc a-t-elle été formée? Ne fut-ce d'abord qu'une carrière d'où l'on extrayait du marbre , ou bien est-ce une de ces cavités comme il s'en rencontre dans nombre de montagnes calcaires? C'est ce qui est encore aujourd'hui à décider, et ce qui sans doute attendra encore long-temp3 une solution.

Aï.FRED MAUUV.

( Grotte d'Antiparos,

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