‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 13 sur 187 · DU NABI) ( VALKKIVW MONTANA · texte numérisé non relu

DU NABI) ( VALKKIVW MONTANA

Des différentes plantas connues sous ce nom, de leuri propriétés, fables dont elles ont été l'objet.

Il est question du nard même dans le Nouveau-1' Testament; nons\ voyons qu'une femme arrosa les pied-, de Jésus-ChrisI avec ce parfum, qui esl encore mentionné dans divers auteurs de l'antiquité grecque et latine, comme un de ceux dont l'odeur délicieuse .jouit de nombreuses propriétés. Aujourd'hui , la pharmacie admet, sous le nom de nard, la racine de la valériane celtique , vaïeriana cellica , et de la valériane des montagnes, vaïeriana montana, doni l'odeur forte et pénétrante semblerait faire croire qu'elle a pu fournir un parfum. Était-ce aussi là le nard des anciens? Le célèbre orientaliste W. Jones affirme que non; il a reconnu que le nard n'était autre chose que la racine et la tige d'une plant»; qui se retrouve aujourd'hui dans l'IIindostan, et que les indigènes appellent djalamani, également connu des Arabes sous le nom de sombul, c'esl-a-dire épi ; mot (pie justifie parfaitement sa forme actuelle, et le nom de spica que lui donnèrent les Latins.

dépendant, quoique les recherches de ce savant ne permettent pas d'établir enlre la valériane des montagnes et le nard des anciens une identité parfaite, nul doute qu'elle n'ait présenté avec celui-ci plus d'une analogie, puisque les Romains semblent souvent avoir confondu le djalamani, non-seulement avec la valériane, mais encore avec beaucoup de plantes d'espèces voisines, dont la saveur aromatique et la ressemblance de forme les rapprochaient du véritable nard; et les histoires fabuleuses, les bruits populaires à ce sujet, confirment ces confusions si faciles pour des yeux peu exercés à l'observation botanique.

La valériane n'est point une de ces planles que sa tige élancée, ses fleurs brillantes, ses feuilles d'un beau vert, agréablement découpées, puissent faire distinguer au milieu des autres végétaux de la campagne. Sa hauteur n'excède pas six à sept pouces, ses fleurs sont blanches, ses feuilles varient de teintes, mais ne sont jamais bien fortement colorées.

Une tradition populaire rapporte qu'un jour étant à la chasse, un roi nommé Valère s'égara du milieu de la suite nombreuse qui l'accompagnait, qu'accablé de fatigue il tomba sans connaissance au fond d'un fossé où il aurait infailliblement péri, si, par un heureux hasard, il n'avait écrasé dans sa chute, avec l'extrémité de sa tempe , la frêle tige d'une plante ; son suc pénétra dans la tête du monarque évanoui, le rappela à la vie. Pénétré de reconnaissance pour un aussi grand bienfait, la plante fut appelée par lui valériane; depuis, elle a gardé ce nom; Linnée, le grand Linnée l'a même conservé.

Desétymologisles plus sévères rejettent non sans raison comme uiic fable, celle origine du mol vaïeriana, et ne veulent voir dans son nom que l'expression de sa vertu sanitaire; valere, en latin, se bien porter.

Une sorte de valériane qui croît aujourd'hui surtout dans le Népaul el dans le Boutan, et qui n'est peut-être autre chose que le djalamani, a long-temps joui chez les Orientaux de la propriété de changer d'aspect suivant la dislance à laquelle on la considère.

Est-ce une illusion d'optique? C'est ce que l'on ne saurait décider. Voici au reste le l'ail rapporté dans un petit recueil de contes arabes, mais dont l'origine esl tout indienne.

Un pauvre brachmane habitait loin des rives du Ganse, il avait à grand peine amassé quelque argent pour entreprendre le pèlerinage du fleuve sacré, et trouver dans l'immersion de ses ondes la rémission de ses fautes. Un jour, après s'être mis en roule, égaré

du sentier qui l'avait jusqu'alors conduit, il errait au milieu d'une vaste plaine où le soleil, dans tout son éclat, régnait en maître absolu, sans qu'aucun nuage bienfaisant, aucun abri hospitalier vint préserver le voyageur de l'ardeur de ses rayons. En vain le brachmane tournait autour de lui son œil fatigué du jour brûlant qui l' éclairait; rien pour le reposer, nulle verdure ne se détachait sur l'aridité du sol; enlin, il aperçut une petite plante qui, sortant à peine

Le Nard. )

du creux où elle végétait, poussait deux larges feuilles vers les cieux. Heureux de sa découverte, il espère au moins trouver dans la sève de sa racine de quoi apaiser sa soif, il s'avance à grands pas, et plus il s'avance, plus la plante s'élève et grandit, plus les feuilles qui se soutenaient à peine à quelques doigts du sol, semblent devenir des branches garnies de petits rameaux qui portent des feuilles à leur tour; tout à l'heure c'était une herbe, maintenant c'est un arbuste élégant qui incline vers la terre des tiges chargées de

fleurs; enfin, il esta ses pieds, et l'arbuste est devenu un arbre immense, dont la cime, couronnée d'un épais feuillage, déverse sur le sable, qui s'étend à sa racine l'ombre et la fraîcheur; des fruits délicieux, blancs et verdâtres, que leur maturité a dé- (ae liés de leurs branches, ont jonché la terre. Jugez de la joie du brachmane , il ramassa les fruits mystérieux, et il fut se baigner dans les ondes du Gange, en chantant les louanges de Brama. Mais, ajoute le conteur indien, n'allez pas croire que ce soit un mi-

racle opéré on faveur du vertueux ministre de Brama. Vous qui vous dirigez vers la capitale du Thibet, côtoyez le versant oriental de l'Himalaya; au bout de trois journées de marche, entrez dan-; plusieurs vallées que la nature semble avoir voulu cacher aux regards «les humains, vous venez grandir et se métamorphoser ainsi la valériane mystérieuse.

Des faits analogues furent encore rapportes à plusieurs naturalistes, en traversant le Bengal, sur les propriétés bizarres qu'on attribue à celte plante si peu intéressante d'ailleurs par elle-même.

Cependant l'Asie seule n'a point regardé le nard comme une plante merveilleuse; ce n'est pas seulement comme un excellent stomachique que certains paysans du Maine et de la Bretagne tiennent la valériane celtique. Pour eux, c'est la plante favorite des fées, de ces fées qui ont laissé leurs noms à tant de lieux remarquables de l'Anjou et des contrées voisines. Selon eux, c'était couronnées de cette plante, (pie, montées sur un cheval ailé, sur un dragon monstrueux, elles allaient détruire les enchantements qui suspendaient dans les airs ces châteaux où la jalousie d'un châtelain détenait plus d'une beauté malheureuse ; c'était avec cette plante, comme avec un autre rameau d'or , qu'elles suspendaient la fureur des spectres commis à la garde de ces castels aériens, de ces dogues aux ilancs noirs, cerbères accoutumés à se nourrir de la chair de ceux qui se hasardaient près des régions de l'Éther, sur un hypogriffe ou quelque autre animal infernal.

Il est singulier de retrouver chez les laboureurs du Lemberg et de la Moravie, peuple si éloigné de la Bretagne, une superstition analogue. « Gardez-vous, disent-ils, de couper avec le soc de votre charrue la racine de la valériane, il s'en échapperait bientôt des vapeurs qui, par leur puissance magique, vous suspendraient dans les airs. » Un voyageur en Pologne, qui vivait dans le xviie siècle, affirme que près de Grodno , il rencontra des serfs qui lui assurèrent que la valériane pouvait devenir un arbre à certaines époques de l'année, et vous supporter dans les airs. Si le fait était exact, on aurait l'explication de la fable indienne, bretonne et morave. Nous croyons que certain arbre aura été pris pour la valériane, et on aura supposé que c'était cette plante qui devenait arborescente; de là, ces contes populaires. C'est ainsi que presque tous ont leur origine dans l'observation imparfaite des phénomènes de la nature.

Alfred Maury.

Page 1