‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 130 sur 187 · JUGÉ PAR NAPOLÉON · texte numérisé non relu

JUGÉ PAR NAPOLÉON

— a II est hideux , dit un jour l'empereur; c'est une face patibulaire ; mais ne nous hâtons pas de prononcer; le moral , après tout, peut nous raccommoder avec ce que cette figure a de sinistre; cela ne serait pas impossible. — J'ai vu des Tartares , des Cosaques, des Kalmouks, et je n'ai jamais vu une figure aussi repoussante. — Quel ignoble visage que celui de ce gouverneur; de ma vie je ne rencontrai jamais rien de pareil. C'est à ne pas boire sa tasse de café, si l'on avait laissé un tel homme un instant seul auprès! .. on pourrait bien m'avoir envoyé pis qu'un geôlier. — C'est un homme retors, abject, et dont la méchanceté naturelle est augmentée par la crainte de la responsabilité du poste qu'il occupe ; il semble toujours en colère contre quelqu'un , ou bien inquiet , troublé, comme si quelque chose tourmentait sa conscience, et qu'il fut impatient de se fuir luimême Les fautes de cet homme viennent de ses

habitudes dans la vie; il n'a jamais commandé que des déserteurs étrangers, des Piémonlais , des Corses, des Siciliens, tous renégats ; traîtres à leur patrie; la lie, l'écume de l'Europe. S'il eût commandé des Anglais, il aurait peut-être des égards pour ceux que l'on doit honorer. — « Voulez-vous que je vous dise ce que nous pensons de vous? disait Napoléon à sir Hudson Lowe; nous vous croyons capable de tout , mais de tout! et tant que vous demeurerez avec votre haine, nous demeurerons avec notre pensée. J'attends encore quelque temps, parce que j'aime à être sûr; et je me plaindrai alors de ce que le plus mauvais procédé des ministres britanniques n'a pas été de m'envoycr à Sainte-Hélène , mais bien de vous avoir donné le commandement de l'île. Vous êtes pour nous un plus grand fléau que toutes les misères de cet affreux rocher. »

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