DES SÉPULTURES CHEZ LES ANCIENS
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Dans tous les siècles, comme dans tous les pays, les peuples ont enfoui et caché sous la terre des trésors qui très souvent ont été perdus pour les dépositaires euxmêmes, et qui aujourd'hui le sontégalement pour nous.
Chez les nations policées, c'est dans les temples que', de tous temps, furent accumulées les richesses ; chez les nations barbares et guerrières, c'est dans les tombeaux. Qu'un chef de Scythes, de Gètes ou de tout autre peuple barbare, après avoir, pendant quelque temps, conduit à la victoire et aux conquêtes ses hordes sauvages, après leur avoir donné une religion et des lois, en ait assez imposé à leur imagination pour devenir à sa mort leur dieu : le fait n'a rien que de probable, et l'histoire en offre plusieurs exemples. Mais qu'un homme ait fondé une religion toute militaire, où il semble n'avoir eu pour but que de former des guerriers; qu'il soit parvenu à leur faire regarder la mort, et principalement la mort reçue dans les combats, comme une faveur, comme un passage à une vie plus heureuse dans un paradis imaginaire, où, parmi des délices de tout genre, ils auraient le bonheur de se battre sans cesse en restant invulnérables et immortels, et de boire de l'hydromel et de la bière servis par des vierges; enfin que l'espoir de cette béatitude ait exalté leur valeur jusqu'à la démence, et produit des prodiges d'audace et de sangfroid : voilà ce qui , quoique vrai , paraît inconcevable.
Aux approches du trépas, quels devaient être pour un mourant les résultats de ces idées fanatiques? On le devine sans peine. Avec sa croyance, il ne pouvait regarder que comme une honte d'entrer à pied et mesquinement armé, à la cour de son grand dieu ; pour y paraître avec quelque dignité, il lui fallait des parures en or et en argent, de belles armes, des chevaux de prix, de riches habillements, un cortège de serviteurs, d'amis ou d'esclaves, en un mot la magnificence des grands, ou tout l'appareil d'un guerrier prêt à marcher au combat. On l'inhumait donc à sa mort, avec son arc, ses flèches, son habit de guerre . ses meilleures armes, et la plus précieuse portion de ses bijoux et de ses richesses ; on ensevelissait avec lui des femmes, des esclaves , et son plus beau cheval, afin que dans sa nouvelle demeure il pût trouver une monture. Et ces dispositions, quanti, avant de mourir, il n'avait pas eu la consolation de les ordonner lui-même, devenaient un devoir sacré pour sa famille et ses amis. Ces mœurs existent encore dans certaines parties de l'Inde; qui ne sait que, de temps immémorial, ces riches contrées ont vu, à la mort d'un chef, ses femmes solliciter la faveur d'être brûlées avec lui, pour l'accompagner à la cour de Brama? « Chez les Germains, les funérailles étaient simples, dit Tacite ; toute la distinction qu'on y accordait aux personnages illustres était d'être brûlés avec certains bois. On ne jetait sur les bûchers ni habits, ni parfums, mais les armes du mort , et quelquefois son cheval ; puis on élevait sur son corps une butte. » II en était de même des Gaulois. Montfaucon fait mention d'un tombeau découvert à Cocherel, en Normandie, formé de grosses pierres, et qui contenait un grand nombre de corps brûlés; près de chacun d'eux était une hache de pierre, avec plusieurs de ces os pointus qu'employaient les sauvages pour armer leurs lances p^Qur§$è,çbes, et qui probablement servaient dans les Gaules au même usage. Ainsi les Scandinaves, les Germains et les Gaulois brûlaient leurs morte ; mais, chose inexplicable, les Francs qui habitaient le sein de la Germanie, qui en parlaient la
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langue, qui avaient adopté les mœurs des Germains, différaient sur ce point de leurs compatriotes; ils inhumaient les corps tout entiers avec les objets de dépôt. Devenus maîtres de 1;» Gaule, ils y conservèrent ce mode de sépulture, <jui déjà était le leur avant la conquête. Au moins c'est ce que paraît démontrer un tombeau découvert, dans le XVII' siècle, près de Tournai, et que l'on assure être celui deChildéric, père de Clovis; non-seulement le corps ne portait aucun vestige de feu, mais il y avait encore des objets tels qu'un fourreau d epée et des fragments de baudrier , qui , s'ils (Hissent passé par les llammes, auraient été totalement détruits. On recueillit aussi dans ce tombeau un vase d'agathe, plus de trois cents médailles d'or ou d'argent, de nombreuses petites ligures en or, des agrafes, des boucles, des restes d'habillemenls garnis de pierres précieuses; enfin une multitude d'autres objets en or dont il n'est pas aisé aujourd'hui de deviner l'usage. On peut reconnaître, par celte énumération sommaire, quelles richesses contenaient les tombeaux des rois francs et ce (pie pouvaient en renfermer proportionnellement ceux des hommes de la nation plus ou moins haut placés, et par conséquent, ce qu'on peut espérer de trouver dans ceux que le hasard fera découvrir, ou qui, indiqués par l'histoire, auraient un emplacement connu, qu'on pourrait fouiller avec assurance.
On rencontre aussi de nombreux tombeaux dans les déserts qui sont au midi de la Sibérie; les Russes, qui y multiplient les fouilles, en retirent toutes sortes d'ustensiles, des urnes, des ornements, des
sabres, des poignards, de petites idoles, des médailles d'or et d'argent, et des jeux entiers d'échecs en or. Toui cela s'accorde parfaitement avec ce qu'on lit dans différents ouvrages Bur les tombeaux des anciens Cimbres et autres peuples du nord de l'Europe; on voit on certains endroits une si grande quantité de c< s tombeaux, qu'on les prendrait de loin pour une ch i ie de petites montagnes.
L'Italie aussi nous a offert des exemples de richesses enfouies dans les tombeaux; mais ceux qui servaient aux basses classes n'étaient garnis (pu; d'ustensiles de cuivre, de fer ou de laiton. Telle est la nature de celui dont nous donnons aujourd'hui la gravure; il fut découvert par M. llamilton, à dix lieues au-dessus de l'ancienne Capoue, près de Trebbia ; le squelette qu'il renfermait était étendu dans le milieu du sépulcre; contre le mur, au-dessus de sa tête, se trouvaient attachées six courtes baguettes de fer, mobiles autour d'un clou, comme les branches d'un éventail; à la gauche du corps étaient deux candélabres rouilles, deux épées, un couloir de bronze percé de plusieurs trous, une jatte égalemcntde bronze dans laquelle était une petite coupe ronde, fixée à un très long manche recourbé en crochet; enfin deux œufs, une râpe, et plusieurs vases de terre cuite suspendus contre les murs ou placés à terre vers les pieds du mort. Ces vases ne peuvent être regardés comme des vases cinéraires, d'abord parce qu'on n'a trouvé dans le tombeau qu'un seul corps; ensuite parce qu'ils étaient découverts, tandis que tous les vases cinéraires ont leur couvercle.
( Tombeau antique découvert a Trebbia. )