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DESCRIPTION D'UN BUFFET ANTIQUE

Ce que les Anciens nommaient abacus, buffet, n'était pas précisément ce que nous avons appelé buffet, des vieux mots français buffetage, buvelage, encore employés il y a trois siècles. Dans l'antiquité, X abacus était plutôt une petite salle contiguë à la salle à manger, et où l'on déposait la vaisselle et les mets. Un certain nombre d'esclaves étaient attachés au service de cette espèce d'office des Anciens; les uns

lavaient' les coupes , les autres portaient de l'eau chaude ; d'autres enfin transmettaient les plats à ceux qui servaient au repas. C'était dans cet abacus que se trouvait l'artnaria, mot d'où notre armoire tire évidemment son origine, destinée à renfermer les vases et tous les objets employés dans les festins. Celte armaria élait ordinairement en bois sculpté, mais rarement chargée Je peintures et de dorures comme les buffets du muyen-àge; son élégance et sa richesse dépendaient de la fortune du possesseur. En

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général, les Anciens apportaient an grand luxe à ce genre de meubles. Athénée nous a conservé la description d'un de ces buffets qui figurait dans l'abacus de Ptolêmée Philadelphe, et il a pu nous donner, par là, une idée de la beauté de ceux qui se voyaient dans les maisons des sénateurs et des proconsuls.

« Ce buffet, dit Athénée, avait la forme d'un navire chargé de vases et de choses qui servent dans les festins. Quatre amphores énormes occupaient le pont du côté du mât. Sur la proue, s'élevait un candélabre portant une lampe vers laquelle une souris s'efforçait de monter; sur la poupe, était un vaste eantharus, sorte de vase des Anciens, une grande urne tenait lieu de hune, deux coupes de Iîacchus occupaient les extrémités de l'antenne; enfin, do cette antenne, pendaient une lampe, une couronne garnie de bandelettes et d'autres ornements. »

Les peintures des vases antiques nous ont encore conservé les formes de plusieurs autres buffets ou plutôt armarias. Son bas-relief trouvé à la villa Albani, est peut-être, de tous les monuments de l'archéologie romaine, celui où la disposition du meuble est la plus facile à saisir. Les fouilles de Pompéï ont fait découvrir, contre un pan de murs, un buffet dont le pied était en peperino, pierre particulière des environs d'Albe, et portait une table de marbre avec des rebords de vert antique.

Dans les salles conliguës au temple, se trouvaient aussi des buffets de formes analogues aux précédentes. De ce nombre, est celui gravé dans notre planche. Les instruments de sacrifice dont ses tablettes supérieures sont chargées, tablettes qui étaient ordinairement de marbre, font assez connaître la destination du meuble. Les vases que supportent les tablettes inférieures étaient sans doute aussi destinés à des usages saints. Cependant, nous devons dire que les antiquaires sont très partagés sur cette question. Bien que le plus grand nombre regardent ces buffets comme appartenant à des temples, d'autres s'appuyant sur l'emploi si général des vases qui pouvaient servir aussi bien dans des sacrifices que dans des repas, puisque le buffet de Pompeï, évidemment destiné à serrer la vaisselle de table, en est également garni sur sa partie supérieure, ne croient pas ces armarias d'un autre ordre que celui dont nous avons déjà parlé. Les instruments de sacrifice ne sont pour eux ou que des ustensiles de table, dont plusieurs présentaient, il est vrai, avec ces premiers, une grande analogie, ou même qu'un ornement inutile. Un très petit nombre d'archéologues ont pensé que ces buffets, représentés sur les vases et surmontés d'objets sacrés, servaient à l'usage particulier des prêtres; mais comme aucune autorité tirée de l'antiquité ne peut confirmer cette assertion ; aussi, leur opinion n'a point été généralement adoptée.

Enfin, nous dirons encore que c'était quelquefois dans les abacus que se plaçaient les musiciens destinés à égayer par une symphonie les repas déjà si joyeux des anciens; de là, ces expressions grecques. Un abacus harmonieux, pour dire une bonne troupe de musiciens; et nous, nous disons encore, mais sans doute sans que nos expressions aient avec celles-ci une commune origine, un buffet d'orgue, peut-être à cause d'une ressemblante de forme entre le meuble et l'instrument. A. Maury.

ÉGLISES RUKALES

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L'on fait souvent cent lieues pour aller visiter un monument célèbre, et l'on ignore un petit chefd'œuvre situé à deux pas de soi. Ceci s'applique à l'église d'Arcueil, qui est si peu connue, qu'on pourrai! presque dire qu'elle \ienl d'être découverte.

Ce monument est un des édifices les plus curieux de l'art du moyen-âge, véritable bijou auquel les artistes ne pensent guère, et (pie je me fais un devoir de leur révéler. Ce temple , orienté suivant la règle catholique, c'est-à-dire, offrant son chevet tourné vers l'est, et sa façade dirigée vers le couchant, offre rigoureusement le plan basilical. Il est uniligne, formé d'une nef, de deux bas-côtés, ne présentant pas même une esquisse de croisillon. Neuf travées constituent la maîtresse-voûte, et correspondent avec dixhuit percées semi-ogivales, faisant les portiques de séparation entre les bas-côtés et la nef. Celte église appartient, par sa structure, à la seconde moitié du XIIe siècle , pour tout ce qui , en elle , est rez-dechaussée. Le reste, moins la grande fenêtre ogivale qui éclaire le sanctuaire, et deux ou trois travées de la voûte des bas-côtés fermées par des clefs avec écussons alvéolés, du XVe siècle, est l'œuvre nette, significative et ferme du XIIL siècle.

Le clocher, posé sur le flanc méridional du monument, étant à peu près moderne, je n'ai pas à m'en occuper, comme archéologue. La grande fenêtre du chœur a été nervée avec art dans le siècle des prouesses et des tours de force artistiques. Ses meneaux, heureusement ramifiés et articulés d'une manière gracieuse, sont occupés par une verrière peinte qui n'est pas sans mérite.

L'église est fermée au levant par trois chevets plats contre lesquels s'adossent deux chapelles aux collatéraux, et le maître-autel à la nef. On ne remarque, dans l'axe du temple, aucune de ces déviations par lesquelles les architectes du moyen-âge, toujours épris des sens symboliques de notre religion, toujours voués à une raison morale, à un but mystique, exprimaient Jésus-Christ mourant sur la croix. Entre l'intrados des percées de la nef et les naissances de la maîtresse-voûte, règne une arcalure ogivale d'un type sévère et très harmonieux, formée par des arcs en tiers-point, munis de boudins, s'appuyant sur de charmantes colonnettes. Au-dessus de cette galerie, on remarque une série d'œils-de-bœuf, tenant le lieu des fenêtres supérieures de nos cathédrales. Ces mêmes œils-de-bœuf , dont les meneaux n'existent point ou n'existent plus, et qu'ainsi, l'on ne pourrait pas sérieusement décorer du nom de roses.se retrouvent sous les bas-côtés, et servent à les éclairer. Le revers de la façade d'orientation est accidenté par une rose d'un travail peu délicat.

Rien de plus curieux que les piliers qui soutien-

nent les ares des percées, et d'où partent les faisceaux de colonnettes qui, d'un seul jet, courent jusqu'aux retombées de la maîtresse-voûte. Ils ne sont pas remarquables seulement, ils sont uniques, je n'hésite pas à le dire. Leur fût est cylindrique, comme ceux de Notre-Dame de Paris. Le chapiteau, d'abord cylindrique, est environné de bas-reliefs tirés du régne animal, et chargé d'un tailloir octogone, qui semble un second chapiteau posé sur le premier. Ce second chapiteau, ce tailloir, d'une proportion démesurément grande, est orné de sculptures dont la pensée a puisé son ornementation dans le règne végétal. Voilà un fait architectoniqne sur lequel j'appelle toute l'attention des artistes; qu'ils aillent le vérifier sur place, dans ce beau village d'Arcueil ; et surtout qu'ils y portent leurs crayons et leur album. La maîtressevoûte, divisée en zones par des arcs doubleaux à bande plate, offre un aspect sévère.

L'église d'Arcueil est la plus délicieuse des petites basiliques qu'il soit possible de rencontrer. Conçue sur une échelle médiocre en hauteur, largeur et longueur, elle est remarquable par l'unité de son plan, par sa régularité et son harmonie parfailes. Ajouterai-je que les révolutions ne lui ont fait aucune blessure apparente? Ainsi, ce monument est l'œuvre mixte de la transition architecturale du XIIe au XIII' siècle qui a laissé tant de types en France. L'ogive s'y montre, mais timide, raide, indécise, sans galbe arrêté, sans motif certain. Il y a des arcs pleinceintre, il y a des arcs ogivaux, tout cela pêle-mêle, sans que l'harmonie générale des lignes soit troublée.

Comme tous les édifices de cet âge, le vaisseau qui nous occupe, présente un aspect grave et parfaitement chrétien ; ses lignes-mères sont fermes, et l'on remarque une sage sobriété de profils. Il y a dans cet édicule catholique , quelque chose qui rappelle la crypte; il est humide, enfoncé, à genoux dans son passé, et du côté du frontail surtout, le spectateur est forcé de descendre plusieurs marches intérieures pour arriver à la nef.

Celte église, où le culte s'exerce avec décence, convenablement ornée et entretenue, est placée, je crois, sous l'invocation de saint Jacques-de-Compostelle. La façade, dont l'âge ne répond pas entièrement à celui du temple, n'a rien de bien digne d'intérêt. Cependant, à sa partie droite (côté de la place), on voit un cercle tracé en creux sur la muraille, donnant la circonférence de la cloche. Au centre de ce cercle, est une inscription explicative, dont plusieurs lignes sont entièrement brutes.

« Habitants d'Arcueil, je vous en conjure au nom de la religion de nos pères, au nom de l'art basilical, veillez sur votre vieille église ; veillez toujours sur elle; car elle est votre gloire, et elle comptera parmi ces richesses monumentales qui sont l'orgueil de notre beau pays. »

Joseph Baud.

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