‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 30 sur 187 · ACHMET-BEY · texte numérisé non relu

ACHMET-BEY

( Deuxième article. Voir page 38. )

Achmct parut résigné ; il feignit de céder à l'orage. Il ordonna les préparatifs de son départ ; ses serviteurs chargeaient les mulets et les dromadaires , les chevaux étaient sellés et prêts à le conduire vers le désert; mais ce n'était là qu'une ruse destinée à endormir les Turcs dans une trompeuse sécurité, et à dissimuler les plans de vengeance qu'il méditait. Dans la nuit qui devait précéder son départ, lesCoulouglis, les Maures qui lui étaient restés fidèles, firent envisager à la population tout ce qu'elle avait à redouter de l'insolence et de l'avidité de la milice turque; au point du jour les habitants prirent les armes et fondirent avec impétuosité sur les Turcs, qui, attaqués à l'improvisle, furent obligés de se soumettre. Le bey qu'ils avaient élu la veille fut décapité sur le lieu de la rébellion , en présence de ses camarades , avec quinze de ses principaux complices ; le reste rentra en grâce ; mais Achmet, plus tard , les dispersa, les fit massacrer en détail, et leur extermination a été si complète que, de 3,000 qu'ils étaient alors, il n'en reste peut-être pas actuellement 30 à Constanline. Quelque temps après cette vigoureuse et sanglante exécution, le bey de Titlery sous le dey, celui qui s'était hâté de venir faire sa soumission après la prise d'Alger, et qui, peu de temps après, rompit si imprudemment avec nous, ce bey s'inaugura, de son auloritéjprivée, pacha et successeur d'Hussein-Dey. Il s'empressa d'expédier vers Achmet deux envoyés chargés de lui notifier son élévation et de lui remettre en même temps l'investiture du beylick de Constantine. Achmet écoula avec beaucoup de calme la harangue de l'ambassadeur; pour toute réponse, il fit trancher la tête à l'orateur, et renvoya son collègue porter cette nouvelleà son maître. Dès ce moment il prit luimême le titre de pacha, et il l'a conservé depuis.

Toutes les négociations entamées avec Achmet ont toujours échoué. Celle qui fut conduite par le Maure Handam, pendant l'administration du duc de llovigo, n'eut aucun résultat. Achmet consentait d'abord à payer un tribut et à reconnaître la souveraineté de la France, si l'on voulait lui accorder les douanes de

Bone; mais bientôt après il éleva de nouvelles prétentions tellement exorbitantes, qu'il fallut renoncer à tout espoir d'arrangement. Depuis long-temps Achmel tournait ses regards vers Medeah, ville importante comme chef-lieu de la province de Tillery, et par sa position qui domine les deux versants de l'Atlas; elle n'avait pour défenseurs que ses propres habitants, et il espérait pouvoir l'enlever sans obstacle : l'occupation de celte ville aurait doublé sa puissance et le plaçait aux portes d'Alger; mais il fut allaqué dans sa marche par plusieurs tribus qui l'attendaient à son passage, complètement battu et obligé de rentrer précipitamment à Constantine. Celte défaite fut le signal presque universel de la révolte des Arabes contre l'autorité sanguinaire du bey; ce n'est que par des cruautés continuelles qu'il est parvenu à se soutenir : en 1835, au mois d'août, il fit dans un seul jour couper soixante-dix têtes dans la tribu d'El-Amarah, coupable d'avoir désobéi à ses ordres.

L'autorité d'Achmct n'est point reconnue dans l'étendue de la province de Constantine ; elle n'a réellement d'action que sur les tribus qui sont à sa portée ; le concours des autres ne lui est accordé qu'en présence d'un danger commun. Achmet a défendu aux Arabes, sous peine de mort, de nous vendre leurs denrées, et tout le commerce de celte riche contrée passe maintenant par Tunis; il a des agents à Tunis, à Tripoli, au Caire et à Conslantinople. La persévérance de sa bille avec une nation puissante l'a rendu

l'objet de l'admiration de ses co-religionnaires, qui l'appuient de leurs vœux et de leurs secours secrets. L'on connaît ses démarches pour se placer sous la suzeraineté do la Porte-Ottomane, au moyen d'un tribut considérable.

Achmet a mis le comble à ses crimes par l'assassinat de son oncle, de son bienfaiteur, le père de sa mère, qui avait protégé son enfance et lui avait sauvé la vie. L'opinion universelle est qu'il l'a fait assassiner pour s'emparer de son immense fortune. Mais, au milieu des atrocités qui souillent la vie de ce barbare, l'on ne peut lui refuser une qualité, d'autant plus belle qu'elle est très rare chez les Arabes, c'est la fidélité à ses promesses; sa réputation, sous ce rapport, est parfaitement établie, et l'on se rappelle qu' Hussein-Dey disait au général Bourmont, en 1830 : a Si Achmet s'engage à vous être soumis, vous pouvez vous reposer sur sa parole; il n'y a jamais manqué.» Il est difficile de dire exactement son âge : les Arabes ignorent toujours l'époque de leur naissance ; elle n'est constatée que par quelque événement contemporain. Achmet paraît avoir de cinquante à soixante ans; sa physionomie ne porte pas l'empreinte de la férocité de son âme ; ses traits sont vifs, mobiles, intelligents; sa taille est peu élevée et bien prise, leste et dégagée ; il parle avec une grande volubilité, chose fort rare chez les Arabes, qui affectent toujours un langage grave et posé ; sa constitution annonce la force et l'activité. Estienne.

Buffet antique. }

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