BOUCLIER TROUVÉ DANS LE RHONE
( l'an 1656.)
Le dessin que nous offrons à nos lecteurs représente un bouclier trouvé dans le Rhône en 1656, et sur lequel est gravé ce beau trait de Scipion l'Asiatique qui l'honore autant que ses victoires. Dans un combat, quelques soldats romains s'emparèrent d'une
princesse espagnole fiancée à un des chefs ennemis. Comme elle élait d'une rare beauté, et que Scipion avait un faible bien connu pour les femmes, les soldats lui amenèrent leur prisonnière. Le jeune consul, malgré la violence de sa passion, remit noblement au prince espagnol sa captive pure de toute souillure, et cet acte , d'une générosité si rare alors, lui gagna le jeune fiancé.
Ce monument donne des détails curieux sur les costumes du temps : voici ce qu'en dit Malliot, dans les Costumes des peuples anciens. — Assenius, le jeune fiancé, auquel le béros romain vient de rendre sa future, est sans barbe : il porte une espèce de jupon qui se termine au genou : sa saie, dont les man-
ches ne couvrent que la moitié du bras, descend jusqu'à la ceinture; sa chaussure, semblable à celle de ceux qui l'accompagnent, remonte jusqu'au gras des jambes et chausse les pieds comme un gant.
Les autres Espagnols ont de la barbe, leur saie, quiestampleetceintesur les hanches, est trèsouverte par le haut et n'a qu'une longue manche; le bras droit reste nu.
La robe de la jeune fiancée a les manches longues et descend jusqu'à terre; un ample et long manteau lui sert de voile ; mais il laisse paraître une partie de la chevelure et de l'oreille qui est ornée d'un pendant ; sa chaussure est fermée.
A cela nous ajouterons que leurs habits de guerre
(Bouclier trouvé dans le Rhône.)
consistaient en une tunique de' lin teinte ou bordée en pourpre que recouvrait une veste de cuir. Leurs armes étaient un bouclier et un casque faits de cordelettes de boyaux très serrées et à l'épreuve du tranchant : leurs épées étaient renommées pour l'excellence de leur trempe et pour leur longueur et leur largeur : les Romains les nommaient parazonium, parce qu'elles se portaient attachées à la ceinture. Les habitants des îles Baléares étaient célèbres par leur adresse à manier la fronde.
A. Vayssièke.
La Gazette de France eut pour fondateur un médecin littérateur, nommé Théophraste Renaudot, qui obtint du cardinal Richelieu le privilège de ce journal. Le même homme , en qualité de commissaire des pauvres, fut autorisé à établir une maison de prêt, ou Mont-de Piété, qui dut lui procurer des bénéfices considérables, puisque, indépendamment du gain légitime qu'il y trouvait, il encourut le reproche d'avoir fait des prêts usuraires, et augmenté le nombre des pauvres, en feignant de les soulager. Au milieu de ses occupations commerciales et littéraires, Renaudot continua l'exercice de la médecine, et se servit avec succès de divers remèdes chimiques tirés de l'antimoine. C'était braver la Faculté, qui proscrivait l'em-
ploi de ces remèdes. Renaudot acheva de se brouiller avec elle en donnant des consultations gratuites aux indigents. La Faculté demanda l'interdiction de Renaudot, par la raison qu'il n'avait pas pris ses grades à l'Université de Paris, et une sentence du Châtelet lui défendit d'exercer la médecine dans cette ville. Renaudot appela de la sentence sans pouvoir parvenir a la faire casser. Né à Loiidun, en 158V, il mourut à Paris, le 25 octobre 1053. Le premier numéro de la Gazette de France fut publié le 5 novembre 1031, continuée jusqu'en 1792 ; à cette époque, elle formait une série de cent-soixante-deux volumes in -4"
Le premier ordre royal de chevalerie qu'il y ait eu en France , est celui des chevaliers de Notre-Dame de la Noble-Maison; le roi Jean l'institua le G novembre 1351. Cette noble maison était son palais de Sainl-Ouen, ou Clichy, entre Paris et Saint-Denis. Les chevaliers devaient s'y rendre et s'y assembler chaque année, le 15 août, fête de l'Assomption de la Vierge. On les appelait aussi les chevaliers de l'Étoile, parce qu'ils portaient une étoile sur leur chapeau et sur leur manteau ; il y avait au centre de l'étoile un petit soleil d'or sur un fond azur. Chaque chevalier portait au doigt un anneau, autour duquel son nom et son surnom étaient écrits. Us avaient pour habillement de cérémonie un grand manteau rouge, doublé de menu-vair; sous ce manteau, une soutane ou tunique blanche, qui descendait jusqu'aux pieds ; leurs souliers étaient d'étoffe d'or. Les principaux statuts portaient que le roi Jean, comme inventeur et fondateur dudit ordre, en serait le chef, ainsi qu'à l'avenir les rois, ses successeurs; qu'aucun des chevaliers n'entreprendrait voyage lointain sans le dire au chef; que chaque chevalier jurerait que, autant qu'il serait en son pouvoir, il aiderait le chef de ses conseils, ainsi que d'armes et d'autres moyens; que celui qui serait dans un autre ordre le quitterait pour entrer dans celui-ci, et que s'il ne pouvait bonnement le quitter, celui-ci serait toujours le premier. De nombreuses discussions se sont élevées sur le rapide avilissement de cet ordre, que Charles VII donna, en 1445, au capitaine du guet, en ordonnant qu'à l'avenir, ses archers portassent une étoile sur leur casque. Ce qui paraît certain, c'est qu'en étendant, par un de ses statuts, le nombre des chevaliers de l'Étoile jusqu'à cinq cents, le roi Jean détruisit lui-même l'éclat qu'il voulait donnera son institution. Aussi, ne voiton pas que Duguesclin, Clisson, Tanneguy du Châtcl en aient été décorés ; probablement ils ne s'étaient pas souciés de l'être. La devise de l'ordre était une étoile avec ces mots : « Monslrant regibus astra ciam.» Par allusion à l'étoile qui conduisit les rois maijes à Bethléem.
JEAN L'ECORCHEUR.
Après la révolution française, comme après toutes les grandes commotions qui bouleversent les sociétés et brisent les ressorts de l'administration el de la police, et qui, en interrompant le commerce, l'industrie et l'agriculture, augmentent la misère publique, des bandes de brigands se formèrent sur plusieurs points du territoire fiançais, et particulièrement sur les frontières où la facilité d'échapper aux poursuites, en passant promptement d'un pays dans l'autre, leur assurait une sorte d'impunité.
Quelques-uns des chefs de ces bandits rivalisent de renommée avec les classiques Cartouche et Mandrin. Il en est un qui les surpasse, c'est Jean Ruckler, dit Schinderhannes. c'est-à-dire, Jean l'Ecorcheur.
Indépendamment de l'énergie et de l'audace, premières qualités requises, Schinderhatmes possédait quelques-unes de ces vertus poétiques que Schiller prêle à ses brigands, et plusieurs épisodes de son histoire le feraient comprendre volontiers au nombre de ces jeunes étudiants allemands, qui, sur la peinture attrayante que le poète traçait de la profession aventureuse de voleurs de grands chemins, avaient quitté les universités, pour aller se faire redresseurs de torts dans les bois. Toutes les scènes dans lesquelles Schinderhannes joua le premier rôle, ne sont donc point scènes de meurtre, de pillage et de débauche ; quelquefois, des accidents, des caprices d'amour délicat, de loyauté chevaleresque, de générosité noble, d'humanité touchante, transforment le chef d'écorcheurs en héros de roman .
Les rives du Rhin, de Mayence à Cologne, furent les théâtres des exploits de Jean l'Ecorcheur. Au nom de Schinderhannes, prononcé avec menaces, les mères ramenaient à la raison l'enfant le plus mutin. Au nom de Schinderhannes, les Juifs (qui étaient le gibier qu'il chassait de prédilection), tremblaient au cœur de la ville la mieux gardée. Sur une assignalion de Schinderhannes, les fermiers s'empressaient d'acquitter les impositions, à quelque taux qu'elles fussent fixées, car les maraudeurs du Rhin frappaient des contributions noires , comme les montagnards de l'Ecosse. Enfin, sur une invitation de Schinderhannes, les paysans n'hésitaient pas à se rendre en famille, et dans leurs plus beaux atours, aux fêles brillantes que donnaient, parfois, les Ecorcheurs, et à danser au son de la flûte de Schinderhannes.
Schinderhannes mourut de la mort naturelle d'un brigand. Il n'avait que vingt-quatre ans, lorsqu'il fut décapité a Mayence, avec dix-neuf de ses soldats. Son énergie ne l'abandonna pas, et son caractère extraordinaire ne se démentit point à la terrible épreuve des assises. Fier de l'attention générale qui se portail sur lui, insouciant de sa propre défense, il s'attacha avec ardeur et talent à disculper une jeune fille de bonne famille, qui, subjugée par sa réputation, s'était venue livrer à sa discrétion, el dont il avait fait sa compagne.
Schinderhannes,, pendant sa captivité (1803), avait écrit à Bonaparte, pour lui demander d'expier sa vie passée, en conduisant au combat une bande d'enfants perdus, qui auraient marché à l'avanl-garde. Si Bonaparte l'eût vu, peut-être l'aurait-il gracié, car l'âme
de Jean l'Ëcorcheur n'était pas commune. C'était pour se venger d'un outrage public , du fouet qu'il avait reçu en châtiment d'une peccadille d'enfant, qu'il avait déclaré la guerre à la société.