LA GUEPE ICHNEUMON
La nature semble avoir attribué à chaque classe d'animaux une espèce particulière d'insectes destinés à vivre en parasites à la surface de leur corps, et qui finissent souvent même par causer la mort de l'être animé, sur lequel ils avaient fixé leur demeure. Sans
parler des vertébrés, si sujets à être rongés par ces enlozoaires, nous rencontrons des insectes qui deviennent souvent même la victime d'autres insectes qui vivent à leurs dépens. Ainsi, les araignées, les pucerons, les chenilles trouvent dans la larve de la guêpe ichneumon un redoutable ennemi. Celte; guêpe, qui appartient à la famille des hyménoptères, fut longtemps connue sous le nom de mouche tripile, à cause des trois soies de sa tarière, ou encore mouche vibrante, du mouvement qu'elle imprime à ses antennes bizarrement contournées.
Le genre ichneumon renferme un nombre considérable de variétés, dont les principales ont été ici représentées.
L'espèce la plus grande est celle qui se rencontre dans l'île de Saint-Domingue, et qui est représentée avec ses ailes écartées dans la figure 1 , et avec ses ailes repliées sur le corps dans la figure 2. Une seconde espèce, dont la couleur est généralement d'un bleu ou d'un vert changeant, a été figurée n* 3 ; c'est celle qui fait la guerre aux rakerlaques. Cet ichneumon est pourvu de deux corselets, ou plutôt d'un double corselet a c d dont la première partie peut se mouvoir comme sur une articulation. Les ichneumons déposent généralement leurs œufs sur les chenilles, dans lesquelles les femelles les enfoncent, à l'aide d'une sorte d'aiguillon, dont elles sont pourvues à leur partie postérieure.
D'autres ichneumons vont déposer leurs œufa dans des galles produites par des tenthrèdes; galles qu'ils viennent à bout de percer avec leurs tarières.
Une espèce, enfin, construit un nid de terre qui offre assez d'analogie avec les sifflets des charbonniers. Ce nid a été représenté dans la fig. h; oo sont les entrées ou trous qui y sont pratiqués ; /'//'sont les fonds de ces trous, dont deux g h sont vus dans toute leur longueur. L'ichneumon qui maçonne ainsi ce nid, est figuré au n° 5, remarquable par la longueur de l'espèce de fil qui joint le gros corps au corselet, et par l'étranglement du milieu de leur corps, dont le premier anneau est terminé par une raie blanche.
Les larves qui sortent des œufs déposés par l'ichneumon sur les chenilles, dévorent habituellement la partie graisseuse et antérieure de l'insecte, parties qui ne sont pas rigoureusement nécessaires à sa conservation ; mais quelquefois elles causent sa mort, et délivrent ainsi les arbres d'un trop grand nombre de chenilles qui pourraient les priver de leur feuillage. Quelques-unes de ces larves sont absolument dépourvues de pattes, comme celle qui se trouve sur la chenille du chou. Quand les larves sont au moment de se changer en nymphes, elles sortent du corps de la chenille, ou de la chrysalide, selon que la chenille était plus ou moins avancée en âge, quand elle a reçu les œufs de l'ichneumon. Ce départ, qui a lieu par les trous, dont l'insecte qui nourrissait les parasites est pourvu sur les parties latérales, s'effectue presque toujours du même côté, sans que les larves s'éloignent les unes des autres, ni du corps de l'animal qu'elles abandonnent; puis, par le moyen de leur filière située à leur lèvre inférieure, elles jettent différents fils en plusieurs sens, et bientôt il en résulte une petite masse cotonneuse, sur laquelle chaque larve établit sa coque. La fig. 6 représente dans sa grandeur naturelle, une de ces coques, et la fig. 7, la larve qui
lui a donné naissance. Le tissu de ces coques est d'une belle soie jaune ou blanche qui présente beaucoup d'analogie avec celle filée par le ver à soie. Plusieurs coques sont souvent de deux couleurs, disposées par bandes brunes et blanches, ou brunes et jaunes.
La plus singulière variété d'ichneumon , est celle dont la coque se trouve sur le chêne ; celte coque est suspendue à une feuille ou à une petite branche par un fil de soie qui part de ses extrémités. Sa forme est presque la même que celle des autres, mais moins alongée, et chargée dans son milieu d'une hande de couleur blanchâtre. Celte coque exécute des sauts de sept à huit lignes, que Réaumur explique, en suppo-
sant que la larve qui y est renfermée agit comme un ressort qui se débande.
Un naturaliste, à qui l'on doit un grand nombre d'observations curieuses sur les ichneumons, Degeer parle d'une classe particulière de ces insectes qui est privée d'ailes , et chez qui elles sont remplacées par deux parties coniques renflées, très pointues à leur extrémité, fixées derrière le corselet, et mobile à leur base. L'ichneumon les agite comme des ailes. Le mécanisme de ces appendices latéraux demande encore à être étudié.
Ce même Degeer a trouvé aussi une larve d'ichneumon sur une araignée, qui formait comme uh petit point blanc placé sur le ventre de l'insecte.
(Guêpe Iclineunion.)
Les ichneumons, outre leur tarière percée d'un canal qui sert à faire descendre leurs œufs, sont encore munis de fortes dents.
Nulle part les ichneumons ne sont peut-être plus nombreux que dans les îles Mascareigne. Un habitant de l'île de France en trouva un jour en si grand nombre sur un arbre près de son habitation, qu'il en compta plus de mille sur une branche. Il serait à désirer que des naturalistes du pays nous fissent connaître quelques nouveaux points des mœurs intéressantes de ces animaux.
Alfred Maury.