‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 41 sur 187 · CARTHAGE · texte numérisé non relu

CARTHAGE

(Ruines de Carthage.

ToMB V. — DÉCEMBRE 1837.

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OF THE

UNIVERSITY OF ILLINOIS

RUINES DE CÂRTHAGE.

Carthage ! Que de souvenirs se réveillent au nom de cette ville fameuse! Fondée par une colonie de Phéniciens (883 avant J.-C ), conduite par leur reine, celte Didon sur laquelle le brillant mensonge de Virgile a jeté tant de poésie, elle devint bientôt l'héritière du sceptre des mers, qui échappait à la mère patrie, la célèbre Tyr. Environnée de sables arides, elle comprit de bonne heure que le commerce était la dot que lui avaient léguée les dieux; aussi , tous ses efforts se tournèrent-ils vers cette branche de l'industrie, et tous les autres intérêts durent le céder à celui-là. Ne cherchez pas dans ses murs les arls d'Athènes, ou les savantes institutions des prêtres de l'Egypte, le négoce est sa seule occupation, l'œuvre unique de ses habitants ; chez elle, les guerres ne sont que des spéculations de négociants , et une mesure pour conserver leurs comptoirs, semés sur une vaste échelle, en Espagne, en Sicile et en Sardaigne. Ses vaisseaux parcourent l'Océan dans tous les sens, abordent à tous les rivages, et lui apportent les richesses de toutes les contrées ; ses navigateurs , aussi intrépides que les modernes Gama , poussent leurs aventureuses excursions jusque sur les mers alors inconnues, qui baignent l'Europe septentrionale, et abordent également aux rives glacées de l'Angleterre et des Gaules, et aux plages arides du désert africain , où des hordes errantes leur vendent à bas prix l'or et l'ivoire. Quelques auteurs prétendent même que le nouveau monde ne leur était pas inconnu ; du moins est-il certain que , tous les ans, ils envoyaient de nombreuses flottes, à une terre qu'ils appelaient Atlantide, bien loin au-delà du détroit de Gadès (Gibraltar).

De l'autre côté de la Méditerranée , s'élevait une ville puissante. Rome avait subjugué tous les petits peuples de l'Italie, et toute la Péninsule obéissait à ses lois; déjà elle jetait un regard de convoitise sur la Sicile, dont elle n'est séparée que par le détroit de Messine. Jusque-là les deux villes étaient restées inconnues l'une à l'autre ; maintenant que leurs frontières se touchent , elles vont devenir rivales , et bientôt ennemies. Une lutte violente s'engagea , et après une longue guerre, l'Afrique fut enfin réduite à demander la paix; elle l'obtint, mais à des conditions bien gênantes pour son commerce. Aussi , saisit-elle la première occasion favorable pour la rompre. A cette époque , un homme sorti de ses murs encore enfant, passe en Espagne, y réduit en cendres Sagonte, l'alliée des Romains , traverse les forêts de la Gaule , au milieu de peuples belliqueux et féroces, passe les Alpes avec une poignée de soldats , se jette sur les plaines fertiles qu'arrose le Pô, et, par trois sanglantes batailles , jette la terreur dans Rome. Soutenu uniquement par la haine mortelle qu'il avait jurée sur l'autel et entre les bras de son père, à la rivale de sa patrie , il résiste pendant quinze années aux efforts de l'Italie entière; puis, forcé de céder, il se retire en Afrique , y combat encore son jeune et brillant adversaire , et , chassé par l'ingratitude de ses concitoyens, il va chercher dans le fond de l' Asie-Mineure, des ennemis à Rome, et y meurt presque

oublié par sa patrie, mais non par la haine du sénat italien , qui ne respira qu'à sa mort. Cet homme était Annibal ; lorsque son bras puissant ne put plus protéger l'Afrique, la ruine de Carthage devint inévitable. Aussi , malgré le courage désespéré de ses habitants, lomba-t-elle sous les coups de Scipion, qui ne laissa à sa place, qu'un monceau de ruines fumantes , sur lesquelles Marius venait au soleil couchant méditer sur l'instabilité de la fortune. Ainsi finit cette guerre à jamais mémorable, dans laquelle figurent tant de noms illustres : Régulus , Hamilcar, les Scipion, Fabius , Annibal et Sophonisbe , la fille d'Asdrubal , dont les charmes eurent tant de pouvoir sur le numide Syphax. Elle avait duré près de trois siècles.

Long-temps après , des pêcheurs relevèrent l'ancienne ville de ses cendres, et , par l'ordre d'un empereur romain, elle redevint une grande ville. Cette nouvelle Carthage fut la patrie de ce jeune seigneur dont la jeunesse fut si orageuse , dont l'âme était dévorée de tant de passions, éloquent autant que débauché , et qui , converti par les prières de sa mère , devint Saint- Augustin , et écrivit avec ses larmes l'histoire de ses dérèglements.

Plus lard , comme si sa vieille haine contre Rome s'était ranimée, on vit encore une fois des flottes sortir des ports de la nouvelle cité , et aller porter la désolation sur les bords du Tibre; la ville de César ne prononça plus sans effroi le nom de Carthage ; car, derrière ces murs, qui comme un géant ennemi s'élevaient sur l'autre rive de la mer, veillaient ces Goths sauvages commandés par Alaric et Genseric qui, impatients de s'asseoir sur le trône du monde, brisaient de leur lourde framée le vieil empire romain, dont l'agonie était trop lente à leur gré. Puis, la cité africaine tombe elle-même aux mains des Maures, et, au temps des croisades, Saint-Louis vient mourir dans ses murs sur un lit de cendres, que ses fils entourent en pleurant, et sur lequel on eût pu voir un rayon de lumière descendre du ciel , où l'âme du héros avait sans doute trouvé la récompense de ses vertus. Quelques centaines d'années s'écoulent, et déjà d'épaisses ténèbres couvrent l'antique ville, et elle périt peu à peu , soit par la main des barbares , soit par les coups du temps.

Ici , nous ne pouvons nous empêcher de donner quelques détails sur l'ancienne capitale des Carthaginois. Elle était bâtie sur une petite presqu'île , et se divisaiten (rois quartiers, dont l'emplacement est occupé aujourd'hui par un bourg appelé Alalkat. Des remparts flanqués de tours l'environnaient, et à ce rempart était adossé un bâtiment servant à loger 300 éléphants et 4,000 chevaux, avec le fourrage nécessaire, non loin de là était une caserne pouvant contenir 20,000 fantassins et 4,000 cavaliers. Elle avait deux ports joints par un petit canal qui servait de communication; au milieu du port militaire, était une petite île qu'occupait, en grande partie, le palais de l'amiral, et qu'entouraient des loges destinées à abriter les galères; celte île élait nommée Cothon. La citadelle appelée Ryrsa, s'élevait sur une colline, non loin du temple d'Esculape , où la femme d'Asdrubal se poignarda ainsi que ses enfants , pour ne pas survivre à la ruine de sa patrie et à l'ignominie de son lâche époux. La langue punique paraît avoir été un dialecte de l'ancien Chaldéen, du moins, s'il

faut en juger par un fragment conservé dans l'une des comédies do Têrence, qui est le seul monument échappé à la destruction. Des fouilles modernes exécutées sur ses ruines , ont donné quelques vases assez élégamment travaillés, des médailles, des cippes funéraires , des pierres gravées , représentant le soleil , la lune et diverses constellations; on y trouve aussi , fréquemment reproduits, un cheval et une main aux doigts écartés. Ces restes, ainsi que d'assez beaux fragments de colonnes, se voient dans divers musées, mais surtout à Leyde.

Aujourd'hui , les voyageurs que la tempête jette sur ces rivages déserts, cherchent en vain à reconnaître la place où s'éleva la ville de Didon ; quelques pans des môles qui défendaient les ports, maintenant comblés, quelques citernes, des débris d' aqueducs d'origine romaine, sont loutcequi reste delà cité fameuse où passèrent tant de générations. Dans les mares d'eau salée qui l'environnent, le flamant qui couve ses œufs, semble de loin la fleur écarlate de quelque plante gigantesque ; des moutons paissent sur ses ruines, des cavaliers maures galopent parmi ces tristes décombres, le vent du désert gémit dans les crevasses de quelques murs ruinés, et la mer autrefois couverte de ses nombreux vaisseaux, déroule ses vagues bleues sur des sables arides, où croissent de rares et chétifs caroubiers. Voilà Carthage!...

A. Vayssièue.

Médecin-chirurgien habile , professeur d'anatomie distingué, Galvani, qui avait vu le jour à Bologne, le 9 septembre 1737, aurait joui dans son pays d'une réputation honorable; une découverte, due au hasard , rendit son nom européen et immortel. La santé de sa femme , dont la perte le laissa inconsolable , exigeait qu'elle prît des bouillons de grenouille; Galvani s'occupait lui-même de les préparer. Sur une table , où se trouvait une machine électrique , on avait posé quelques grenouilles écorchées. L'un des aides qui coopéraient aux expériences , approcha machinalement la pointe d'un scapel, des nerfs cruraux internes de l'un de ces animaux, dont aussitôt de fortes convulsions agitèrent tous les muscles. Ce ne fut pas Galvani , mais sa femme , qui crut remarquer que ce phénomène concourait avec le dégagement de l'étincelle électrique. Appelé par elle, son mari vérifia le fait par des épreuves réitérées; ensuite , il le prit pour base d'un système plus ingénieux que solide. En effet, les applications du galvanisme à la médecine , n'ont jusqu'ici produit aucun résultat, et sont tombées dans un complet discrédit; son seul avantage consiste à offrir un moyen de distinguer la mort apparente de la mort réelle.

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