JÉRUSALEM
a l'époque des croisades.
Plan de Jérusalem à l'époque des croisades.
Ya-t-il, dans l'histoire générale du monde, un plus magnifique spectacle que ces guerres entreprises pour la conquête de la terre sainte? Quel tableau, en effet , que celui des peuples de l'Asie et de l'Europe, armés les uns contre les autres, de deux religions s'attaquant réciproquement et se disputant l'empire du monde. Après avoir été menacé plusieurs fois par les musulmans , long-temps en butte à leurs invasions , tout à coup, l'Occident se réveille et semble s'arracher de ses fondements pour se précipiter sur l'Asie. Tous les peuples abandonnent leurs intérêts, leurs rivalités, et ne voient plus sur la terre qu'une seule contrée digne de l'ambition des conquérants. On croirait qu'il n'y a plus dans l'univers d'autre ville que Jérusalem, d'autre terre habitable que celle qui renferme le tombeau deJésus-Cbrist. Bientôt la désolation règne dans tout l'Orient, et les débris dispersés des empires, marquent les chemins qui conduisent à laCilé sainte. Dans cet ébranlement général, on voit les plus sublimes vertus se mêler à tous les désordres des passions ; les soldats chrétiens bravent à la fois la faim, la soif, les fatigues, les maladies d'un climat nouveau , les armes des barbares; dans les plus cruelles extrémités, au milieu de leurs excès et de leurs discordes sans cesse renaissantes , rien ne peut lasser leur persévérance et leur résignation. Enfin, après quatre ans de travaux, de* misères et de victoires, Jérusalem est conquise par les croisés.
Ce sont ces événements que le génie du Tasse a célébrés dans la Jérusalem délivrée; seulement, plus poète qu'historien , Torquato Tasso a tout confondu , et la fiction , dans ses récits, se mêle à la vérité des chroniques. L'important travail que M. A. Mazuy vient de publier, est destiné à rétablir les faits, et les notes multipliées qui enrichissent celte publication lui ont acquis déjà une belle place parmi les remarquables productions dé l'époque actuelle. (1) «C'est une destinée curieuse que celle de Jérusalem, dit M. Mazuy dans une de ses notes; ville solitaire et presque dépeuplée, jetée pour ainsi dire au milieu du désert, elle a excité à toutes les époques le zèle religieux des populations. Les juifs pleurent encore sur Jérusalem, et leurs tribus dispersées n'ont qu'une seule espérance, c'est de venir mourir sous l'olivier des ancêtres , et de trouver place sous la pierre funéraire des rives du Jourdain. Les musulmans considèrent aussi Jérusalem comme la ville sainte, la ville privilégiée , et j'ai déjà fait connaître les récompenses promises par Mahomet aux croyants qui viendraient la visiter. Les chrétiens également ont environné Jérusalem d'un culte mystique, et au moyen-âge surtout, la Cité sainte devint en quelque sorte l'image de cette Jérusalem céleste dont Saint -Bernard parle avec tant
(1) Des intimités de collaboration ne nous permettent pas de rendre à cet ouvrage toute la justice qu'il mérite ; d'autres journaux, d'autres critiques haut placés dans l'opinion se sont chargés de cette tâche. Nous en ferons connaître les résultats.
d'enthousiasme. Maintenant, Jérusalem est devenue le but des pèlerinages historiques ; plus d'un savant et d'un poète sont allés rêver sur ses ruines ; il nous en reste de belles descriptions, depuis Y Itinéraire de M. de Chateaubriand jusqu'à la Correspondance de MM. Michaud et Poujoulat, et au Voyage de M. de Lamartine , etc »
L'histoire fournit peu de notions positives sur la fondation et l'origine de Jérusalem. L'opinion commune est que Melchisedec, qui est appelé roi de Salem dans l'Ecriture , y faisait sa résidence ; elle fut ensuite la capitale des Jébuséens , ce qui lui fit donner le nom de ville de Jébus. Il est probable que du nom de Jébus et de celui de Salem, qui signifient vision et séjour de la paix, on aura formé le nom de Jérusalem, qu'elle porta sous les rois de Juda. Dès la plus haute antiquité , Jérusalem ne le cédait en magnificence à aucune des villes de l'Asie. Jérémic la nomme ville admirable , à cause de sa beauté ; David l'appelle la plus glorieuse et la plus illustre des cités d'Orient. Par la nature de sa législation toute religieuse, elle montra toujours un invincible attachement pour ses lois; mais elle fut souvent en butte au fanatisme de ses ennemis et de ses propres habitants. Ses fondateurs, dit Tacite, ayant prévu que l'opposition des mœurs serait une source de guerres, avaient mis tous leurs soins à la fortifier, et, dans les premiers temps de l'empire romain , elle était une des places les plus fortes de l'Asie.
Après avoir éprouvé un grand nombre de révolutions , elle fut renversée de fond en comble par Titus, et selon les menaces des prophètes , ne présenta plus qu'une horrible confusion de pierres. L'empereur Adrien détruisit ensuite jusqu'aux ruines de la ville sainte , fit bâtir une nouvelle cité, et lui donna le nom d'Aclia-Capitolina , pour qu'il ne restât rien de l'ancienne Jérusalem. Les chrétiens, et surtout les juifs, en furent bannis ; le paganisme y éleva ses idoles, Vénus et Jupiter eurent des autels sur le tombeau même de Jésus-Christ. Au milieu de tant de profanations et de vicissitudes, les peuples de l'Orient et de l'Occident, conservaient à peine le souvenir de la ville de David , lorsque Constantin lui rendit son nom, y rappela les fidèles, et en fit une cité chrétienne. Conquise ensuite par les Perses, reprise par les Grecs, elle était tombée enfin comme une proie sanglante entre les mains des musulmans qui s'en disputaient la possession, et portaient tour à tour dans ses murs, le double fléau de la persécution et de la guerre.
Au temps des croisades, Jérusalem formait, comme aujourd'hui, un carré plus long que large, d'une lieue de circuit. Elle renfermait , dans son étendue, quatre collines : à l'orient, leMoriah, où la mosquée d'Omar avait été bâtie à la place du temple de Salomon; au midi et au couchant YAcra , qui occupait toute la largeur de la ville; au nord , le Bezetha ou la Ville-Neuve : au nord-ouest, le Golgolha ou le Calvaire , que les Grecs regardaient comme le centre du monde , et sur lequel s'élevait l'église de la Résurrection. Dans l'état où se trouvait alors Jérusalem, elle avait beaucoup perdu de sa force et de son étendue. Le mont Sion n'était plus enfermé dans son enceinte , cl dominait ses murailles entre le midi et l'occident ; les trois vallées qui environnaient ses rem-
parts, avaient été en plusieurs endroits comblées par Adrien , et l'accès de la place était beaucoup moins difficile, surtout du côté du nord.
Nous donnons à nos lecteurs un plan de Jérusalem à cette époque , alors que Gddefroi de liouillon et les croisés venaient de s'en rendre maîtres ; de tons les monuments dont nous publions la liste, beaucoup ont disparu , et le tableau le plus complet de ceux qui existent encore , peut ainsi se résumer :
1° La maison d'Anne le pontife, prés de la porte de David , au pied du mont Sion ; les Arméniens en ont fait une église.
2" Le lieu de l'apparition du Sauveur à Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Marie Salomé, entre le château et la porte du mont Sion.
3° La maison de Simon le pharisien ; Madeleine y confessa ses erreurs.
k° Le monastère de Sainte-Anne, mère de la Sainte- Vierge , et la grotte de la Conception sous l'église du monastère.
5° La prison de Saint-Pierre, près du Calvaire; ce sont de vieilles murailles où l'on montre des crampons de fer.
6° La maison de Zébôdèe , assez près de la prison de Saint-Pierre.
7° La maison de Marie , mère de Jean-Marc , où Saint-Pierre se retira lorsqu'il eut été délivré par l'ange.
8° Le lieu du martyre de Saint-Jacques le majeur, où se trouve un couvent d'Arméniens.
Mais au-dessus de ces monuments , on doit placer le saint sépulcre , le plus noble , le plus vénéré de tous les édifices chrétiens. Deshayes , ambassadeur de Louis XIII auprès de la porte ottomane, et qui visita la cité sainte en 1627, nous a laissé une description tellement exacte du saint sépulcre, que nous ne saurions mieux faire de la reproduire dans son entier : « L'église du saint sépulcre, dit-il, est fort irrégulière ; l'on y entrait autrefois par trois portes , mais aujourd'hui il n'y en a plus qu'une , dont les Turcs gardent soigneusement les clés , de crainte que les pèlerins n'y entrent sans payer les neuf sequins ou trente six livres dont ils sont taxés. En entrant dans l'église, on rencontre la pierre de l'onction, sur laquelle le corps de Notre Seigneur fut oint de myrrhe et d'aloès, avant que d'être mis dans le sépulcre. Ouelques-uns disent qu'elle est du même rocher du mont Calvaire , les autres tiennent qu'elle fut apportée dans ce lieu par deux disciples secrets de Jésus- Christ. Quoi qu'il en soit, à cause de l'indiscrétion des pèlerins qui la rompaient, l'on a été contraint de la couvrir de marbre blanc et de l'entourer d'un petit baluslre en fer, de peur que l'on ne marche dessus. Le saint sépulcre est à trente pas de cette pierre, c'est comme un petit cabinet qui a été creusé et pratiqué dans une roche vive, à la pointe du ciseau; la porte principale n'a que quatre pieds de haut, de sorte qu'il se faut grandement baisser pour y entrer. Le dedans du sépulcre est presque carré. On voit au milieu une table de pierre sur laquelle le corps de Notre Seigneur fut mis ; mais, à cause de la superstitieuse dévotion des orientaux , qui croient qu'ayant laissé leurs cheveux sur celte pierre, Dieu ne les abandonnerait jamais, on a été .contraint de la couvrir de marbre blanc. Il y a quarante-quatre lampes qui brû-
lent continuellement dans ce saint lieu. A douze pas du saint sépulcre, l'on rencontre une grande pierre de marbre gris que l'on a mise là pour marquer le lieu où Dieu se fit voir à la Madeleine , en forme do jardinier. Plus avant , est la chapelle de l'apparition, où l'on tient par tradition que Notre; Seigneur apparut premièrement à la Vierge, après sa résurrection. — Continuant à faire le tour de l'église , 1 on trouve une petite chapelle voûtée qui a sept pieds de long et six de large , que l'on appelle autrement la prison de Notre Seigneur, parce qu'il fut mis dans ce lieu en attendant que l'on eût fait le trou pour planter la croix. Assez proche de là, est une autre chapelle de cinq pas de long et de trois de large , qui est au même lieu où Notre Seigneur fut dépouillé par les soldats avant que d'être attaché àla croix. En sortant de cette chapelle, on rencontre à main gauche , un grand escalier; il conduit jusqu'à l'endroit où furent trouvés la sainte croix, les clous, la couronne d'épines et le fer de la lance, qui avaient été cachés en ce lieu pendant plus de trois cents ans. L'on rencontre à dix pas de cette chapelle , un petit degré fort étroit qui conduit sur le mont Calvaire. Ce lieu qui était autrefois si ignominieux, ayant été sanctifié par le sang de Notre Seigneur, les premiers chrétiens en eurent un soin particulier ; et, après avoir ôté les immondices et toute la terre qui était dessus , ils l'enfermèrent de murailles , de sorte que c'est à présent comme une chapelle haute qui est enclose dans cette église. En l'autre partie, qui est au midi, fut plantée la sainte croix ; on voit encore le trou creusé dans le roc , environ un pied et-demi , outre la terre qui était dessus. Le lieu où étaient lescrorx des deux larrons est proche de là; il y a continuellement cinquante lampes ardentes pour honorer ce saint lieu. »
De nos jours encore , Jérusalem n'est pas comme on s'est plu à nous la représenter, un amas informe et confus de ruines , c'est une ville qui présente noblement aux regards ses murs intacts et crénelés , ses mosquées et leurs colonnades, ses milliers de dômes resplendissant aux feux du soleil, ses vieilles tours gardiennes de ses murailles , auxquelles il ne manque ni une pierre , ni une meurtrière ,• ni un créneau ; et au milieu de cet océan de maisons et de dômes , on aperçoit le saint sépulcre et le Calvaire , confondus parmi les édifices qui les entourent. Il est difficile de se rendre compte ainsi de l'emplacement du Calvaire et de celui du sépulcre, qui , selon les idées que nous donne l'Évangile , devraient se trouver sur une colline écartée , hors des murs , et non dans le centre de Jérusalem. Tel est l'aspect de la ville, du haut de la montagne des Oliviers; cette montagne descend en pente brusque et rapide jusque dans le profond abîme qui la sépare de Jérusalem, et qui s'appelle la vallée de Josaphat, vallée célèbre dans les traditions des juifs, des chrétiens et des mahométans , qui s'accordent tous à placer dans ce lieu la terrible scène du jugement dernier. II. de IL
Cortez , déterminé à voir de près et en face les ennemis, qui de loin, le harcelaient de leurs perfides attaques, Cortez revint dans sa patrie; Charles- Quint le reçut froidement. Le conquérant du Nou-
veau-Monde ne se rebuta pas; il redoubla d'assiduités auprès du monarque, le suivit dans son expédition d'Alger (15il) , combattit comme volontaire , et eut même un cheval tué sous lui. Tel fut son dernier exploit ; depuis ce temps , négligé , confondu dans la foule, à peine s'il pouvait obtenir une audience; l'empereur l'avait craint et ne le craignait plus. Voilà , en peu de mots, l'explication de son indifférence et de son mépris : un jour, on vit le vieux guerrier fendre la multitude, qui environnait la voiture du monarque, et monter sur le marche-pied : — Qui ètes-vous , lui dit Charles-Quint? — Je suis un homme , répondit fièrement Cortez, qui vous a donné plus de provinces que vos pères ne vous ont laissé de villes !