AGRICULTURE
les tordeuses, ( Phalœnœ tortrices de Lin.). Nouvel ennemi pour les vignes.
M. le chevalier de Stettner, propriétaire de la principauté de Thiirnthal, près Wagram,a annoncé à la société royale et impériale de Vienne , déjà au commencement de juin 1833, que dans son voisinage, dans les villages de Gross-Maitseldorf, Munnickhofen et Ottenthal, il existait une espèce de ver qui dévastait les vignes. Il envoya en même temps plusieurs de ces animaux pour les examiner et les déterminer, priant la société dont il est membre , de lui faire connaître les moyens de prévenir, pour l'année prochaine , les dévastations de ce funeste ani-
( La Tordeuse. )
mal. La société mit ses échantillons entre les mains de M. Kollar, inspecteur du cabinet impérial d'histoire naturelle. L'observation que cet animal était venu des champs s'introduire dans la vigne , avait fait penser à M. Kollar que ce pourrait être l'insecte désigné par les naturalistes systhéaticiens , sous le nom de phalœna noctua segetum (Lin.). Mais le papillon qui sortit de cette chenille , sous ses yeux , lui fit voir que c'était la phalœna noctua aquilina , animal très rapproché du précédent. Comme la pyrale, qui fait le sous-genre de celle-ci, a beaucoup occupé tout récemment les agriculteurs de la capitale , et les membres de l'Académie des sciences , il est curieux de comparer les recherches qui ont été faites à Vienne, sur un animal aussi rapproché de celles qui ont si vivement excité l'attention à Paris.
La première chose que l'on fit à Vienne comme à Paris , ce fut de se transporter sur les lieux; ce fut M. Kollar et Ernest Heeger, entomologistes célèbres, qui se transportèrent à Thiirnthal. La plupart des feuilles de la vigne présentent des traces des ravages de cette chenille , une grande partie des feuilles avaient non seulement été mangées , ainsi que le rai-
sin , mais encore de jeunes et tendres pousses. Il n'y avait plus d'insectes sur les vignes mêmes, mais en creusant dans la terre , on ne tarda pas à en trouver un assez grand nombre à l'état de larves, ainsi que dans les champs aux environs , ce qui prouve que cette chenille se nourrit aussi d'autres plantes. II a paru que ce n'est que dans le cas où les plantes viennent à leur manquer, qu'ils s'attaquent à la vigne. A l'appui de cette opinion , vient encore que ce sont les vignes entourées de champs qui ont été principalement attaquées. Aussi , les cultivateurs les plus âgés du pays , ne citent-ils qu'une dévastation à peu près semblable qu'ils font remonter à cinquante ans. M. Kollar avait observé que dans les environs de Vienne aussi, notamment ceux de Gringzing , un grand nombre de ces insectes voltigeaient, pendant le crépuscule, auteur de la clematis vitalba, et cependant la vigne n'avait pas été attaquée , dans celte partie , par ces insectes , ce qui était une preuve que ces animaux s'en passaient quand ils avaient d'autres plantes. Les recherches et les observations faites pour obtenir la destruction de ces insectes, ont conduit à ces résultats : L'être se présente d'abord comme œuf,
comme chenille , comme chrysalide , et enfin comme papillon. Ce n'est que sous forme de chenille qu'il se nourrit de feuilles , et qu'il devient désastreux pour laculture. Sous forme de papillon, ilne suce que le suc des Heurs, pond des œufs pour assurer la continuation de son espèce. Sous celle forme , il paraît au mois de juillet, voltige pendant la nuit; c'est alors que les sexes se cherchent , et que la rencontre a lieu sur la terre, sous les plantes , où la femelle plus lourde se lient cachée. La femelle pond alors ses nombreux œufs dans la terre, en choisissant avec précaution un endroit où les jeunes chenilles qui en éclosent , peuvent trouver la nourriture qui leur convient. Pendant lo jour, le papillon , qui n'a que huit lignes de longueur, se lient caché sur la terre , ou enlrc les feuilles des planles. Il a la couleur brun de terre , de sorlc qu'il est difficile de le distinguer. Les femelles se tiennent tranquilles aussi pendant la nuit , elles ne voltigent point, et c'est toujours le mâle qui vient les trouver. Il en résulte que, si l'on voulait les attraper pendant la nuit, où ils viennent par centaines , autour de la plante que nous avons citée , chose qui est déjà impraticable pour le cultivateur, on n'atteindrait que les mâles , tandis que les femelles échapperaient, que si l'on allumait un grand feu , dans lequel, pendant la nuit, les papillons viennent se jeter, comme chacun sait , on aurait encore le même résultat. On voit donc que nous ne pouvons rien contre cet insecte devenu papillon ; il faut s'en remettre là-dessus aux chauvessouris, que l'on devrait multiplier au lieu de les détruire.
On n'opérerait pas avec plus de succès contre les œufs qui sont petits et cachés dans la terre. La chenille paraît depuis le commencement d'août jusqu'à la fin de septembre , et ne ronge que pendant la nuit , ea choisissant surtout les différentes espèces de Galium. A l'approche des froids, ils pénètrent jusqu'à deux ou trois pouces dans la terre , où ils restent dans de petites cavilés. Cachée ainsi , il serait difficile de faire quelque chose pour arriver à la destruction de celte petite chenille. A cette époque , les oiseaux, et surtout les nombreuses espèces du genre corbeau , en détruisent un trè» grand nombre. Les taupes , qui ne vivent que d'insectes, en détruisent beaucoup. A l'entrée du printemps, la chenille quitte sa retraite, et va chercher les mêmes plantes qui lui ont fourni sa nourriture l'année précédente, et ce n'est que lorsque ces plantes manquent qu'elle va aux vignes. Ce n'est qu'à celte époque que l'on peut la détruire, mais avec la main , et le soir, c'est le seul moyen que l'homme puisse employer, car, pendant le jour, elle quilte la vigne et reste sur le sol , ou même cachée dans la terre. Commec'est à cette époque quel'on pioche la vigne , il est facile de détruire un grand nombre de ce» insectes. Parvenue à toute sa dimension, elle a un pouce et-demi de long , et la grosseur d'un tuyau de plume. Sa forme est cylindrique, un peu applatie , luisante , gris sale , avec des lignes longitudinales plus ou moins foncées le long du dos. Elle a huit paires de pattes , dont trois à la poitrine. Vers la fin de mai et au commencement de juin , elle a atteint tout son développement , elle cesse de manger et disparaît tout-à-coup , c'est-à-dire , elle se transforme en chrysalide d'un brun-clair, toujours cachée et enveloppée de terre, el , par conséquent, difficile à trouver.
Après trois ou quatre semaines, elle s'est transformée en papillon. E.-J.