UN EPISODE MARITIME DE
LE CAPITAINE DUR-A-CUIItK.
Jean-Bon Saint-André régnait à Brest au nom de la convention nationale. Une corvette, la Bergère, attendait en rade, tout équipée et tout armée, qu'il plût au représentant du peuple de désigner l'officier auquel il jugerait à propos do confier la mission secrète pour laquelle le navire avait été disposé à prendre la mer. Plusieurs jeunes lieutenants, de vaisseau avaient déjà brigué l'honneur de commander la Bergère; mais soit qu'aucun des solliciteurs ne convint au délégué de la convention, ou soit plutôt que le délégué eût déjà en vue quelque protégé dont il attendait le retour, le mystérieux aviso se trouvait, depuis plusieurs jours, envié par tout le monde et ne se voyait encore accordé à personne.
Un soir, cependant, où de forts vents d'aval venaient, en sautant subitement au nord-est, d'offrir aux bâtiments en partance l'occasion favorable de filer au large, sans risquer d'être aperçus par la croisière anglaise, Jean-Bon fit appeler à l'hôtel Saint-Pierre, qu'il occupait de toute la largeur de son autorité passagère, un jeune capitaine de corsaire arrivé depuis peu et presque incognito à Brest.
— Citoyen corsaire, dit le représentant au marin, que fais-tu ici"?
— Citoyen représentant, répondit le coursier (1), je fais ici, ma foi, ce qu'il me plaît, a peu près comme dans tous les coins et recoins du monde où le hasard m'a fait rouler mon palanquin.
— Et te plairait-il de commander une des corvettes de la république?
— C'est selon ; si les conditions de la république me vont, et si la corvette me convient...
— Le grade de lieutenant de vaisseau t'irait-il ?
— Bah, on en fait aujourd'hui à la douzaine, de tes lieutenants de vaisseau !..
— Et le grade de capitaine de frégate en entrant du premier pas dans la marine?..
— Ah ! ça vaudrait un peu mieux, attendu qu'on n'en fait qu'à la demi-douzaine de ceux-là! et puis après?..
— Et puis après, il faudrait partir cette nuit même à bord de la Bergère, pour aller prendre une connaissance exacte des forces des croisières anglaises qui peuvent coutrarier l'arrivée du grand convoi que nous attendons des Antilles, et puis cela fait, revenir ici le plus heureusement et le plus rapidement possible. On m'a dit que tu étais un homme d'intelligence et de résolution...
— Tes estafiers t'ont bien dit.
— Mais que ton excessive sévérité envers les hommes qui ont servi sous toi dans l'Inde, pourrait, à bord d'un navire armé par des citoyens, compromettre les intérêts du service de l'état.
— Tes eslafiers t'ont dit là encore quelque chose de vrai entremêlé de quelque chose de faux. Mais, vu la circonstance particulière dans laquelle il te convient de me lancer, on pourrait adoucir un peu, pour les citoyens matelots de la république, la vigueur de son tempérament et la dureté du commandement ordinaire.
(1) Coursier, pour corsaire ; capitaine d'un navire armé
en course.
— Dans l'Inde, m'a-t-on rapporté, on t'avait surnommé J)ur-à-Cuire?
— Oui, mais on m'avait un peu flatté : je ne suis dur à cuire qu'à la broche.
— Et tu me promettrais de te conduire à bord de la Bergère, avec prudence et civisme ?
— Je promets toujours ce que je crois bon à essayer, et je fais ensuite ce que je peux pour tenir ce que j'ai promis.
— Quel est ton vrai nom ?
— Cassardier, tu le sais bien, toi qui sais déjà sur mon compte tout ce qu'on ignore dans ce port , où , arrivé depuis une semaine, je n'ai renouvelé connaissance encore avec personne.
— Citoyen Cassardier, voilà ta nomination et mes ordres. La corvette que tu vas commander t'attend en rade. La brise est belle, le temps est précieux ; la nuit sera courte. Adieu : bon voyage : salut et fraternité.
— Citoyen représentant, tu as eu confiance en moi : le cœur est solide ; la mission est facile. Merci, citoyen représentant! et puis, ma foi avec cela... salut et respect.
A minuit sonnant, le nouveau capitaine se trouvait rendu sur la cale, la Rose, où une embarcation de la Bergère avait été disposée par l'ordre du commissaire conventionnel, pour conduire à son bord le commandant inconnu et improvisé de la corvette.
En sautant pour la première fois sur le plabord de son nouveau bâtiment, le capitaine Cas&'ardier demanda, avec une sorte de timidité qui ne lui était rien moins qu'ordinaire, à parler au citoyen lieutenant de la Bergère.
Le lieutenant se présenta aux ordres de son commandant, qui lui dit du ton de voix le plus aimable qu'il pût prendre : « Citoyen , voudrais-tu me faire reconnaître, en vertu des pouvoirs (pie la république une et indivisible m'a confiés , comme commandant de la corvette ?
— Volontiers, citoyen commandant, mais quel est ton nom et quel est ton titre?
— Cassardier, capitaine de frégate.
— C'est singulier, je ne connaissais pas ce nom-là sur la liste de la marine. Mais il est vrai qu'aujourd'hui on avance si vite !
— Oh ! pourvu que plus tard tu apprennes à le connaître sur le rôle du bord, cela suffira aux besoins du service.
La reconnaissance officielle du commandant fut faite à la lueur des fanaux transportés sur le pont, et en présence de tout l'équipage assemblé depuis le grand mât jusqu'au pied du màtde misaine. Les conjectures allèrent ensuite leur train, et Dieu sait avec quelle activité d'imagination ! Les orateurs des clubs trouvèrent que le capitaine frais émoulu avait trop parlé. Les vieux matelots, qu'il avait l'air et le Ion d'un incroyable, avec son habita queue d'hirondelle et ses cheveux à la plaie caniche. Les officiers du bord ne disaient encore rien, mais ils se hasardaient à penser que le teint passablement cuivré et les mains un peu calleuses de leur jeune chef allaient assez mal aux petites manières aristocrates qu'il semblait vouloir se donner. Et pendant que les uns et les autres se perdaient en réflexions et en pronostics sur le compte du protégé du représentant Jean-Bon, le citoyen commandant
ordonna avec la politesse la plus exquise à son civique lieutenant, de passer devant, et à chacun des citoyens du bord de se ranger à son poste d'appareillage.
La brise était belle et rondelette, le vent frais et fin, et même un peu bruyant. Un des officiers proposa à son commandant un porte-voix pour qu'il pût mieux se faire entendre de tout l'équipage que ses ordres venaient de mettre en mouvement. Le commandant, en remerciant l'officieux enseigne de sa prévenance, lui répondit que, pourvu qu'on voulût bien faire un peu de silence à bord, il parviendrait peut-être à se faire entendre et obéir sans le secours d'un portevoix de manœuvre. Les ordres nécessaires furent donnés bientôt avec calme, lenteur et précision, par le modeste capitaine, et en moins d'une heure de dispositions préparatoires, la corvette se trouva appareillée sans bruit, sans confusion , sous toutes ses voiles
carrées, ses focs et son artimon ; chose rare, je vous assure, dans notre marine, par le temps qui courait alors !
Une fois toutes les vergues bien orientées, les voiles convenablement établies sur leurs vergues, et toutes les cordes passablement parées à bord, les conversations qu'avait interrompues pour un moment le soin de l'appareillage , reprirent leur cours capricieux au bruit des flots que, sous sa proue impatiente, faisait clapoter la rapide corvette en vidant le goulet de Brest.
— Pour un Ciminga (1), disait le citoyen maître d'équipage, il a commandé moins mal que je ne l'aurais cru sur sa fichue mine et sa petite voix de lamantin.
— Mais, reprenait le maître calfat, le philosophe voltairien de la maistranec, abord de quelle barque
Combat naval. )
gréée en fils de sucre candi, ça peut-il avoir navigué, pour parler comme la demoiselle d'un ci-devant comte ou marquis de l'ex-régime ?
— Ah ! ce n'est pas l'embarras, dit le cambusier, l'artiste philharmonique du bord, s'il peut se vanter d'avoir une flûte traversière dans le gosier, on ne peut pas dire que sa malle soit aussi calée en effets, que sa manière de commander est riche en petites notes de rien du tout. Il est monté à bord avec tout son sac boulonné sur son estomac et toutes ses paires de bas, rangées en dedans de la mauvaise paire de bottes à retroussis qu'il a sur le maigre des jambes ; et monsieur son mousse serait un fameux paresseux s'il se plaignait d'avoir gagné un tour de reins à porter le bagage de monsieur son maître. Ils avaient tous les deux leur garde-robe en vrac sur les épaules.
Nous avons dit la mission qu'avait reçue la corvette la Bergère. Quelques jours après sa sortie de Brest, et après avoir fait un peu de route vers le golfe de
Gascogne , le capitaine Cassardier eut connaissance dun assez grand nombre de navires qui, naviguant en ordre, lui firent supposer qu'ils pourraient bien former l'avant-garde d'une escadre anglaise. Mais, pour mieux s'assurer, par des indices précis , de la réalité du fait qu'il lui importait de reconnaître , le zélé protégé de Jean-Bon laissa arriver sur les bâtiments en vue, certain qu'il était qu'avec la marche supérieure de sa corvette, il parviendrait à échapper, quand il le voudrait , à la chasse que pourraient lui appuyer les meilleurs voiliers ennemis. La manœuvre à exécuter en cette occasion était délicate. Les officiers de la corvette , prévoyant l'imminence du péril . et ne connaissant qu'imparfaitement encore le mérite problématique de leur commandant , n'étaient pas sans inquiétude sur le résultat d'une tentative plus hardie que facile. Quant à l'équipage , son opinion était déjà
(1) Expression ironique dont on se servait alors pour désigner un fat, un élégant doré, un incroyable.
arrêtée, et aucun dos matelots ne doutait que le capitaine ne finît par les faire loger, à la première occasion, dans lesprisonsd'Angleterre. Cependant, àmesure-que h Bergère approchait l'escadre rencontrée, on remarquait avec un certain étonnement, à bord de la corvette française , l'assurance plus imposante que semblaient acquérir avec la progression du danger, la voix et l'attitude du commandant. La précaution qu'il avait eue de gagner habilement le vent à la ligne des navires aperçus, parut d'assez bon augure, puis, la précision avec laquelle il mesura de l'œil la dislance qu'il lui faudrait conserver pour se tenir toujours à grande portée de canon des bâtiments qu'il voulait observer, sembla encore d'un meilleur présage. Mais ee fut lorsqu'après avoir compté , pour ainsi dire, un à un , tous les sabords de la division anglaise , il lui fallut prendre chasse devant deux frégates qui venaient d'être détachées à ses trousses, que chacun put juger de la supériorité de Cassardier, comme manœuvrier. A peine avait-il orienté d'un bord pour prendre la même bordée que l'une des frégates cliasseuses, qu'il renvoyait avec la rapidité de la foudre sur l'autre bord , pour héler le vent à la seconde frégate , en lui passant à portée de canon sous le beaupré. Il courut tant enfin de belles et bonnes bordées , en profilant si finement de toutes les variations et de tous les caprices de la brise , qu'aux approches de la nuit, il se trouva avoir laissé à perte de vue derrière lui, et l'escadre qu'il avait explorée vaisseau à vaisseau, et les deux frégates qui avaient voulu si inutilement contrarier sa manœuvre et lui couper la fuite.
C'est alors seulement, mais seulement alors, que les officiers de la Bergère se dirent entre eux : « Ou il faut que le hasard l'ait servi à point nommé dans ses évolutions , ou que cet homme soit plus marin que nous ne le pensions. » — « Mes camarades, disait à son tour le lieutenant, il n'y a du hasard qu'une seule fois dans la vie de chaque imbêcille. Mais , croyez-moi bien , on ne réussit pas à manœuvrer si crânement pendant quatre heures d'observation et de chasse , sans avoir autre chose que du hasard et du bonheur dans le fond de son sac. Ce gaillard-là a du poil au nez , ne vous y trompez pas. Au reste , vous penserez ce que vous voudrez sur son compte, et vous vous comporterez comme il vous plaira avec lui. Mais quant à moi , je sais bien que je vais commencer à le respecter comme mon chef. Il n'y en a pas un de nous ici qui puisse se vanter d'être seulement à moitié marin comme ça !... »
Les gens de l'équipage , sans exprimer une opinion aussi bien raisonnée sur le compte de leur capitaine , commençaient aussi aie juger avec ce gros instinct si sûr, qui manque si rarement aux subordonnés dans l'appréciation exacte de la valeur de leurs chefs. Les maîtres se demandaient les uns aux autres : « Ah ça ! est-ce qu'il serait marin tout de bon ce parisienlà? — Mais , répondaient les matelots, en entendant mettre ainsi en doute la certitude qu'ils venaient d'acquérir par leur propre expérience , s'il n'est pas marin , bigrement plus malins que vous et que nous, se tromperaient à la contre-façon de l'assignat! Quel cordon d'escarpin de longueur il nous a fait filer à celte division anglaise! L'écoute de la grande voile du grand chasse-fichtre, me tombe sur les hommcs-aux-plaques , si jamais le Bergère a encore élé patinée comme ça !»
Dès cet instant, les allusions piquantes devinrent plus rares dans la bouche des Anacréons du gaillard— d'avant. Quant au commandant, il resta invariablement le même au milieu des changement qui s'étaient opérés autour de lui , mijaurant toujours ses manières , continuant à affadir son parler, et à faire grimacer jusqu'au ton prétentieux qu'il s'était imposé. Le moment de montrer le lion sous la peau de la timide brebis , n'était pas encore arrivé.
Des vents d'ouest , survenus à l'entrée du golfe , donnèrent à ia corvette la facilité de courir jusqu'en vue des côtes d'Irlande , pour explorer, en prenant connaissance de la pointe occidentale d'Angleterre, les parages où il lui était intéressant de faire le dénombrement des croisières ennemies de l'ouverture de la Manche. Pendant une nuit épaisse , en approchant des attérages d'Ouessant , la Bergère tomba au beau milieu d'une division qui faisait, vers Brest, la même roule qu'elle. Cassardier, sans changer de direction , alla se mêler, et presque se perdre , dans le groupe des navires qu'il voulait tromper et compter ; et, quand vers le point du jour, il jugea prudent de ne pas laisser à ses compagnons de voyage le temps de se douter de sa présence illicite parmi eux, il ne voulut pas du moins quitter l'amiral anglais sans lui montrer les couleurs de son pavillon ; deux volées , envoyées par la Bergère en poupe du vaisseau commandant , furent les adieux que la corvette adressa à la division, au centre de laquelle elle avait été chercher l'hospitalité pendant toute la nuit. En vain les boulets de la tête de la division étonnée, grêlèrent sur la petite et malicieuse corvette ; la corvette , plus rapide dix fois que toute l'escadre légère de l'escadre ennemie , disparut à la vue des Anglais, en faisant flotter au-dessus de la noble fumée dont elle s'était environnée , la queue frémissante du drapeau tricolore de la république!...
Le lendemain au soir, Brest , avec ses îlots noirs à fleur d'eau , et ses côtes arides battues par les vagues torrentueuses de l'Iroise , apparut sous le dôme d'un ciel lourd et grisâtre, aux yeux perçants des vigies de la corvette ; et , entre la pointe de Sainl-Mathieu et la roche de la Parquette, apparut aussi aux regards attentifs du commandant, une frégate anglaise louvoyant contre une forte brise d'ouest pour gagner la haute mer. a Cette frégate-là , dit Cassardier, nous barre la route que nous avons à faire ; il faut lui passer sur le corps ou nous faire couler à ses côtés. La brise nous porte à terre et la terre est pour nous! Voici le moment de lire le nom de cet anglais et de vous faire connaître le mien, que tous autant que vous êtes , avez assez mal lu entre mes deux yeux. L'abordage , je vous en préviens, a élé mon premier amour, et il est bon de vous dire aujourd'hui que j'ai encore bigrement d'amour dans le cœur pour l'abordage. Timonnier, laisse porter en grand à élonge de bout en bout celte frégate. Citoyens de la Bergère , vice la républitiue ! et meure le premier jeanfesse qui clampinera pour faire rondement son devoir ! »
A peine ces mots , prononcés avec une force et d'une manière toutes nouvelles , eurent-ils frappé les oreilles des gens de l'équipage de la Bergère, que la corvette se trouva bord à bord de la frégate. Une volée lancée et une volée reçue a bout portant terminèrent la canonnade. Le cri à l'abordage! à l'abor-
dage ! s'est fait entendre sur les bastingages de la corvette : les armes se croisent, le sang ruisselle sur le pont des deux navires accrochés par leurs grapins de fer, le carnage se prolonge, les attaques se renouvellent , la résistance s'affermit. Trois fois Cassardier, à la tête de ses plus vaillants matelots, saute et bondit le sabre au poing sur les gaillards de l'ennemi ; trois fois le grand nombre de combattants qu'il assaille repousse la fureur de ses coups ; et, au moment où il parvenait enfin à faire une trouée dans les groupes qui s'étaient jusque là refermés à son approche , la frégate coupe les grapins qui l'attachaient à la corvette ; la corvette recule , son mât d'artimon tombe , et le bâtiment anglais reprend, en désordre , sa route, en laissant la Bergère à moitié démâtée et au trois quarts écrasée, dans l'impuissance absolue de recommencer le combat glorieux qu'elle vient de livrer avec tant d'acharnement et trop peu de succès !
Ce fut en ce moment, qu'entouré de morts et de blessés, l'intrépide Cassardier, écumant de rage , et menaçant encore de la pointe de son sabre ensanglanté , l'ennemi qui le fuyait , se révéla dans toute la beauté de sa terrible majesté , aux regards presque épouvantés des hommes qui lui restaient. Mais , qui êtes-vous donc? s'écrièrent à la fois les gens de l'équipage et le seul officier qui eût échappé, à côté de lui , à la boucherie de l'abordage.
— Qui je suis , moi ? répondit avec un horrible grincement de dents, le lion furieux; qui je suis, moi , le brosseur de Jean-Bon-Saint-André , moi , le manœuvrier par hasard , moi enfin , le jouet d'un
tas de mateluches comme vous , je suis je suis le
capitaine Dur-à-Cuire , pour les marins et les braves de l'Inde comme moi !...
— Le capitaine Dur-à-Cuire, du corsaire le Tourmentin , de l'Ile-de-France!!! murmurèrent consternés et honteux , les blessés et les survivants de la Bergère. Ah ! commandant, combien tu nous as trompés et humiliés !...
Oui , mais Jean-Bon-Saint-André , lui , ne s'était pas trompé.
La corvette, délabrée , rompue et toute saignante encore du sang de son vaillant équipage , rentra à Brest dans la nuit.
L'entrevue du jeune commandant et du représentant du peuple , fut courte et caractéristique.
— Citoyen commandant, dit Cassardier, j'ai quinze jours de mer ; voici mon rapport , qui te dira la force des deux croisières que j'ai rencontrées. J'ai manqué une frégate, et je te demande quinze jours pour reprendre du poil de la bêle. Maintenaut, je suis devenu assez poli pour commander à n'importe quel équipage de citoyens de la république.
— Et moi, je te trouve assez brave pour te donner un vaisseau à commander. Le Vengeur est là te va-t-il (1) ?
— Comme une paire de gants. Mais je crois devoir t' avertir que c'est là un vaisseau perdu pour la république , car ce vaisseau-là coulera sous mes pieds.
Edouard Corbière.
{Journal du Havre.)
(1) Ce nom de Vengeur n'est ici qu'une allusion au sort qu'éprouva ce noble vaisseau dans la bataille navale du 13 prairial.