‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 65 sur 187 · LE RATON · texte numérisé non relu

LE RATON

Parmi les nombreux animaux qui peuplent les forêts vierges de l'Amérique septentrionale, il en est un des plus intéressants, et dont cependantles voyageurs se sont très peu occupés : c'est le mapach des Mexicains, le baccoon des Anglo- Américains, enfin , le raton (ursus lotor de Linnée).

Cet animal appartient à la classe des mammifères carnassiers, ordre des plantigrades, c'est-à-dire, des mammifères marchant sur la plante entière des pieds et non sur les doigts. Cependant, le raton offre en ceci une particularité , c'est de n'appuyer la plante entière du pied que lorsqu'il est arrêté, et de relever le talon quand il marche , comme on le voit dans notre gravure. Il a beaucoup d'analogie avec les ours , parmi lesquels Linnée l'avait classé, et, sans sa longue queue , il représenterait assez bien , du moins à l'extérieur, un ours en miniature; mais il diffère essentiellement de ces animaux par quelques détails anatomiques, et particulièrement par ses dents. Il a trois arrière-molaires tuberculeuses, et trois petites molaires pointues en avant, ce qui le rend très propre à prendre une nourriture indifféremment animale ou végétale; tandis que l'ours, n'ayant que trois grosses molaires entièrement tuberculeuses, est moins carnassier, et ne se nourrit de proie qu'à la dernière extrémité.

Le raton est à peu près de la taille d'un blaireau , d'un gris brun , à museau blanc , avec un trait brun en travers des yeux. Son poil est long, doux, touffu; sa queue , longue, est annelée de brun et de blanc. Ses yeux sont grands, d'un vert jaunâtre , pleins de finesse et de vivacité , ce qui n'est pas commun dans les animaux de son genre. Son corps est court et épais, mais néanmoins plein d'agilité ; aussi , saute-l-il plutôt qu'il ne marche, et ses mouvements, quoique obliques, sont prompts , légers et gracieux. Ses pieds, termines par cinq doigts assez longs et armés d'ongles

* Montagne de la chaîne sub-alpine du Jura.

f» Le général-" avait été disgracié sous la restauration.

pointus comme des épingles, lui donnent une grande facilité à monter sur les arbres ; on le voit quelquefois grimper le long de leur tronc avec une légèreté surprenante, et courir sur les branches les plus minces et les plus flexibles avec la même aisance que s'il était à terre.

Il n'est pas d'un caractère farouche, mais défiant, et c'est pour cette raison qu'il ne quitte guère les forêts pour s'avancer dans la plaine près des habitations, comme font les renards et autres petits carnassiers redoutés dans les basses-cours. Il se plaît particulièrement le long des vallées boisées et solitaires, arrosées par des ruisseaux et des petites rivières , dont il suit les bords pour surprendre les rats-d'eau, les reptiles, et même les poissons et les écrevisses; faute de pouvoir s'emparer de ces animaux , il se contente de chasser aux insectes , et même il se nourrit de fruits, de graines et de racines tuberculeuses. Mais la nourriture qui lui plaît le plus, celle à la recherche de laquelle il s'occupe constamment, consiste en œufs, et en oiseaux qu'il surprend avec beaucoup d'adresse. Le soir, lorsque la nuit commence à envelopper les forêts de son ombre, le raton quitte le bord du ruisseau sur lequel il s'était tenu en embuscade pendant le jour, et se met en quête. Il visite les joncs des marais pour chercher les nids de canards et autres oiseaux d'eau , que l'excellence de son odorat lui fait aisément reconnaître. S'il est assez heureux pour faire la découverte d'une troupede jeunes halbrans ne pouvant pas encore voler, il en attaque et mange un ou deux, puis, il abandonne les autres pour aller à la recherche d'une autre couvée. Le lendemain soir, il revient, sait les retrouver, et s'empare d'un ou deux autres, pour laisser encore reposer le reste de la jeune famille jusqu'à la nuit suivante , et ainsi de suite pendant plusieurs jours, c'est-à-dire, jusqu'à ce qu'il ait entièrement détruit la couvée. Comme on le voit, il diffère beaucoup en ceci des autres carnassiers qui ne manquent jamais , lorsqu'ils le peuvent , de tuer tous les animaux à leur portée , sans calculer l'exigence de leur faim et la capacité de leur estomac , simplement pour le plaisir d'égorger des victimes et de se baigner dans leur sang. Qu'une fouine, ou même une belette , entrent dans une basse-cour, elles tueront toutes les volailles, sans en excepter une, avant de penser à satisfaire leur faim.

Si les oiseaux d'eau manquent au raton, il s'enfonce dans les forêts, et grimpe sur tous les arbres qui lui paraissent cacher, dans l'épaisseur de leur feuillage , quelques faibles habitants des bois, soit des oiseaux , soit des écureuils ou autres rongeurs. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il se trompe rarement et qu'il ne se fatigue jamais inutilement ; est-ce son intelligence qui lui fait reconnaître l'arbre qui recèle sa proie , ou bien , est-ce la finesse de son nez qui la lui fait découvrir de fort loin ? C'est ce que les chasseurs n'ont pas encore décidé.

Quand le raton n'est pas excessivement poussé par la faim, il ne mange jamais avant d'avoir délayé ou au moins trempé sa nourriture dans l'eau, ce qui me paraît fort singulier. Ce fait, avancé par Buffon , a été répété par G. Cuvier, et par tous les naturalistes qui ont écrit après eux. Ce qu'il y a de certain , c'est que tous les ratons, élevés en domesticité, ne mangent jamais une nourriture sèche avant de l'avoir plongée

dans l'eau ; mais , agissent-ils de mémo à l'état sauvage? C'est ce dont je doute; car je ne puis supposer qu'après avoir saisi une proie, ils la transportent quelquefois à une grande distance , pour trouver de l'eau et la plonger dedans. Il est vrai qu'ils habitent de préférence, comme nous l'avons dit, le bord des ruisseaux ; mais les chasseurs en rencontrent et en tuent fort souvent aussi dans des lieux très éloignés de l'eau et à plusieurs lieues de distance do tout ruisseau ou mare quelconque. Buffon n 'aurait-il pas fait confusion avec celte espèce et le raton crabier (ursus enncrivorus), qui n'habite que le bord des rivières, et a une vie à demi-aquatique? Ce qui me le fait croire, c'est qu'il dit que notre raton « est originaire des contrées méridionales de l'Amérique, qu'il est très commun , surtout à la Jamaïque » , tandis qu'on ne le trouve réellement que dans l'Amérique septentrionale , et que les contrées , mentionnées par Buflbn , sont exclusivement la patrie du raton crabier.

Le naturaliste Klein, ainsi que notre grand écrivain du siècle dernier, et moi-même , nous avons observé des ratons en captivité, et tous avons remarqué des faits semblables. Nous terminerons par une citation de Buffon : « Il trempait dans l'eau, dit-il , ou plutôt , il détrempait tout ce qu'il voulait manger; il jetait son pain dans sa terrine d'eau, et ne l'en retirait que quand

il le voyait bien imbibé , à moins qu'il ne fût pressé par la faim, car alors il prenait la nourriture sèche, et telle qu'où la lui présentait; il furetait partout , mangeait aussi de tout, de la chair crue ou cuite, du poisson , des volailles vivantes, des graines, des racines, etc. Il mangeait aussi de toutes sortes d'insectes; il se plaisait à chercher les araignées, et, lorsqu'il était en liberté dans un jardin , il prenait les limaçons, les hannetons, les vers. Il aimait le sucre , le lait et les autres nourritures douces pardessus toutes choses, à l'exception des fruits, auxquels il préférait la chair et surtout le poisson. Il se retirait au loin pour faire ses besoins ; au reste , il était familier, et même caressant, sautant sur les gens qu'il aimait , jouant volontiers et d'assez bonne grâce, leste, agile, toujours en mouvement; il m'a paru tenir beaucoup de la nature du maki, et un peu des qualités du chien. »

Quand je voulais m'amuser avec le raton qui existait autrefois à la ménagerie de Paris, je lui donnais un morceau de sucre; aussitôt, il le portait dans sa terrine d'eau pour le délayer, et rien n'était plus comique que ses démonstrations d'étonnement , lorsque le sucre étant fondu , il ne retrouvait plus rien dans le vase.

BOITARD

( Le Raton. )

LA SALANGANE.

( L'oiseau posé est de grandeur naturelle. )

Tojsf. T.— JANVIER 1R35.

LIBRARY

OF THE

UNIVERSITY OF ILLINOIS

SALANGANE.

C'est ainsi que l'on appelle , dans les Indes-Orientales , les nids propres à manger que construit une espèce d'hirondelle plus petite cpie le roitelet. Elle n'a pas plus de trois pouces de longueur, est brune vers le bas , avec la pointe de la queue blanche. On la trouve dans toutes les Indes, le Japon et les îles Philippines. Ces nids, si célèbres et qui sont payés si cher, arrivent aujourd'hui en assez grande quantité en Angleterre, et de là , dans le reste de l'Europe. Leur forme est celle d'une coquille fendue , attachée par son bord droit contre les rochers. Il n'a qu'une à deux lignes d'épaisseur. Il a l'apparence et la lucidité de la gomme. Il est de plus, fragile comme le verre. Il vaut d'autant mieux qu'il est plus clair et plus blanc. Il est traversé par des fils qui forment comme un réseau. Les recherches chimiques ont démontré qu'il est composé d'une matière intermédiaire entre la mucosité et la gélatine. Dontius est le premier médecin et naturaliste qui nous en ait donné des détails exacts, il y a déjà deux siècles. Il dit qu'au printemps, arrivent de l'intérieur du pays, de petites hirondelles allant sur le bord de la mer, où elles trouvent près de l'eau une matière gommeusequi leur sert à bâtir leur nid. Les Chinois recherchent avec avidité ces nids, et les apportent en quantités innombrables sur les marchés des Indes, où on les mange préparés avec une sauce de poulet et de mouton. Ce mets est regardé comme une délicatesse qui dépasse toutes les autres.

Selon Beckmann , les nids de meilleur goût se trouvent dans l'ile de Bornéo. Si l'on en croit Kampfer, il existe au Japon une espèce de sèche, qui prend un volume tel , que deux hommes peuvent à peine la porter ; avant de la manger, on la macère pendant quelque temps dans une dissolution d'alun , qui la rend aussi transparente et aussi délicieuse que les nids. Il prétend que des pêcheurs chinois lui ont assuré que ces nids ne sont autre chose que la chair de cette sèche ; mais , de tous les renseignements qui nous sont parvenus, ceux de Rumph sont les plus détaillés. Ce voyageur nous dit que sur le rivage de la mer des Indes , il se trouve sous l'eau et sur les rochers, une pe<'.te plante qui , à cause de sa forme, est appelée plante marine corallaire. Elle a troisàquatre pouces de hauteur, et se partage en quatre ou cinq petits rameaux arrondis, de la grosseur d'un petit tuyau de paille qui , à leur tour, se divisent en une infinité d'autres beaucoup plus petits. Cette plante est molle, cartilagineuse, demi-transparente, lisse et glissante , de sorte qu'il est difficile de l'arracher. Elle est blanche, mélangée de rouge. Celle placée plus profondément dans l'eau, est d'un brun foncé , comme la gomme ; on peut la manger crue. On ne la rencontre qu'après le temps de pluie , au mois d'août et de septembre. Peu de temps après , elle est rejetée par la mer, se dessèche , et il n'en reste presque pas de trace. Les indigènes la récoltent pour la manger.

On pense que c'est cette plante dont se sert notre hirondelle pour la construction de son nid; d'autres , et M. Oken est de ce nombre , ne partagent pas cette opinion : car, dit-il , le nid se compose de deux par-

ties : à l'extérieur, ce sont de petites tiges et de la mousse, que l'oiseau trouve sur le bord de la mer et sur les troncs d'arbres , tandis que l'intérieur se compose d'une substance qui est tout autre; c'est celle que l'on mange, après avoir rejeté l'extérieur, et l'avoir l'ait sécher au vent. On a observé (pie quelle que soit la dislance où ces petits oiseaux se trouvent du bord de la mer, ils v viennent pour chercher la matière dont ils composent leur nid. Sur la côte d'Amboine , la plante dont nous avons parlé , se trouve à certaines époques en grande quantité ; les nids des hirondelles de mer qui y vivent , sont plus grands , mais non bons à manger. Tandis qu'à Java, où les nids bons à manger sont en très grand nombre, cette plante n'existe pas ; ce qui tend à prouver que ce n'est pas celte plante qui leur fournit la matière de construction. On a remarqué aussi , que les nids nouvellement faits sont si gommeux , que les petits œufs y restent adhérents , et n'ont pas le goût salé qui est naturel à cette plante. On a remarqué encore que ces oiseaux ne font pas dans toutes les contrées des nids bons à manger. C'est ainsi que sur la côte méridionale de l'île de Homa , il se trouve des rochers qui en sont criblés et paraissent de véritables ruches; mais ces nids qui ont toujours la forme ovale , sont faits de sable et de bois, et, par conséquent , ne valent rien , tandis que ceux qu'ils construisent sur les rochers, à l'est de Java , de Madura , de Pâli , puis , ceux de Bornéo , Celeb, sur la côte de Siam , de Cambodja, de Cochinchine , jusqu'aux îles de Macassari , sont excellents , et expédiés par paquets de cent vjngt-cinq livres. Ceux de Java et de Siaçj sont les meilleurs , ceux de l'île de Siau et de Sangi sont plus solides et moins blancs.

On croit qu'on envoie annuellement , de Batavia seulement, jusqu'à mille ballots de nids (1,000 pikuls chaque, 1251iv.), provenant tous de laCochinchineet des îles voisines. Chaque nid pèse une once. Ce serait, par conséquent , 125,000 livres, et quatre millions de nids. Si l'on compte cinq oiseaux pour chaque nid, on a vingt millions. 11 est étonnant qu'une espèce d'oiseaux aussi nombreuse soit restée aussi long-temps ignorée. Home, en Angleterre , a fait des recherches analomiques pour savoir si c'était l'oiseau lui-même qui sécrète la matière de construction. Il a trouvé que les glandes du mésentère de ces petits oiseaux étaient fort développées, partagées en plusieurs parties qu'il croit être le siège de la sécrétion de cette matière. C'est le luxe souvent bizarre des Chinois qui a surtout contribué à faire de ces nids l'objet d'une vaste exploitation. Dans Java , il y a un très grand nombre de cavités remplies de nids , qui sont souvent à cinquante lieues anglaises de la mer. D'après Crawfurt, les meilleurs sont ceux que l'on tire du fond de ces cavités , et qui ont été recueillis au moment où l'oiseau pond, parce que c'est alors qu'ils sont le plus blancs. On récolte deux fois par an ces nids, ce qui ne peut être fait que par des personnes qui y sont habituées , vu qu'ils sont placés sur des rochers à pic , au pied desquels la mer vient se briser avec furie.

L'auteur ajoute qu'à Canton , le prix d'un pikul est de 3,500 piastres espagnoles , et que, dans la Chine , la meilleure qualité se vend au poids de l'argent.

E. Jacquemij,

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