‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 68 sur 187 · COLLIOURE · texte numérisé non relu

COLLIOURE

Ce serait une étude bien intéressante que colle des diverses populations qui couvrent le solde la France : masse autrefois bigarrée à l'infini, où chaque tribu avait sa physionomie propre et originale, et qui, de jour en jour, tend à se fondre en un tout plus homogène, sans doute, mais aussi plus monotone et bien moins pittoresque. A l'ouest, nous verrions sur les plages bretonnes, un peuple naïf et presque sauvage, aux figures blondes et fraîches, à la langue rude, et dont les intonations vous rappellent le glas des Ilots sur leurs rescifs; aux sombres tradilions qui se rattachent à ces monuments druidiques semés çà et là sur leurs bruyères. A l'est et au nord, nous trouverions les tribus franques qui s'y arrêtèrent après avoir passé le Rhin, et plantèrent leurs tentes là où elles avaient couché sur leurs boucliers la veille du combat; terre classique de ces merveilleuses cathédrales qu'on ne trouve qu'à Reims, Strasbourg et dans toute l'Allemagne, et sur lesquelles le peuple vous débite mille légendes de nonnes et de moine9 damnés qui y reviennent à minuit. Au midi, cette joyeuse population à laquelle il ne faut pour vivre qu'un peu d'air et de soleil, pour qui la musique et les chansons sont presque un besoin : pays des tournois et des gais troubadours, dontles habitants joignent la vivacité grecque des colonies phocéennes qui fondèrent Marseille à cette voluptueuse indolence que l'on dirait empruntée au napolitain.

Parmi les populations méridionales, l'une des plus curieuses est sans^contredit celle qui habile le versant septentrional des Pyrénées , population d'origine ibérienne et non gauloise et qui, malgré l'absurde division politique qui la sépare du sol espagnol, n'en est pas moins une colonie castillanne. Sur celte terre qui comprend à peine cinquante lieues d'étendue, l'observateur retrouve des types d'hommes bien différents : car là, les révolutions ont jeté vingt peuples qui y ont laissé des traces : ainsi chaque flot brisé contre recueil, y laisse en se retirant quelques brins d'algue verte. D'abord on y voit apparaître, dès les premiers âges, les Celtes et lesWascons; puis les Romains, les Goths; plus tard les Sarrazins et enfin les Anglais. Ici vous trouvez le dolmen druidique à côté des arœ romains; là, des mosquées arabes servent encore aujourd'hui au culte chrétien. Aussi ce peuple, composé

de tant d'éléments, élaboré par lant de révolutions, et pourtant un, présenle-t-il l'aspect le plus pittoresque. Vif, inconstant, et à la fois indolent comme ces anciens Espagnols qui, prisonniers de Scipion, ne concevaient le mouvement que sur le champ de bataille; courageux et hospitaliers, car c'étaient là les deux grandes vertus du monde barbare. Pendant le jour, graves et silencieux, l'on est étonné de leur passion pour ces danses qu'animent le tambourin, le soupir mélodieux des cordes de la guitare ou le son bruyant do la cornemuse, à cette heure de délicieuse fraîcheur, où le vent du soir apporte le murmure lointain des forêts mêlé aux plaintes éternelles des cascades, quand le calme rayon de la lune semble dormir sur les ruines colossales du cirque de Marboré.

Le pays lui-même présente un aspect aussi pittoresque que les mœurs de ses habitants sont poétiques. Des bords de la Garonne, le sol s'élève insensiblement ; peu à peu il commence à se hérisser de collines que suivent des collines plus hautes, et derrière ce vaste amphithéâtre de montagnes fuyant dans un lointain d'azur, se dressent les dernières cimes tantôt couronnées d'une neige brillante, tantôt voilées, de nuages qui se dissipent peu à peu et que le vent emporte en blancs flocons.

Les torrents qui descendent des montagnes creusent des lits à travers les rochers : ces vallons, abrités par les hautes collines qui les environnent, échauffés par les rayons d'un soleil ardent et en même temps rafraîchis parles eaux des montagnes et le vent humide qui a passé sur la mer, deviennent comme un parterre où la nature prodigue ses productions les plus

gracieuses. L'oranger y croît en pleine terre, l'olivier couvre au loin le sol de son pâle feuillage; la vigne pare les coteaux de ses pampres verdoyants, entremêlés ■d'amandiers en fleurs, et les ravins sont couverts de forêts de lièges et de châtaigniers. Sur les croupes des monts, l'œil distingue au loin des villages dont les blanches maisons brillent dans un rayon du soleil, et sur lesquelles le vent fait ondoyer la fumée bleuâtre qui s'échappe des toits. Cà et là sont de charmants collages ombragés de figuiers, et se mirant dans les flots d'un torrent, et au loin la mer d'azur se confond avec le ciel d'azur. Puis le soir, lorsque le soleil abaisse son œil de feu sous les flots de l'Océan , les cimes neigeuses du Canigou se colorent d'une teinte rosée et se dressent sur l'ombre qui dort à leur pied, comme un fanal gigantesque qui s'éteint peu à peu dans les ténèbres! c'est laque beaucoup d'hommes envieraient une retraite paisible, pour y jouir de cette belle nature et y oublier la vie !

L'un des endroits les plus pittoresques de la côte que baigne la Méditerranée, est Collioure. Son port, bien moins sûr et plus petit que celui de Port-Vendres ne peut guère contenir que des tartanes dont se servent les habitants pour leur commerce avec l'Espagne, commerce qui ne consiste que dans l'échange des productions des deux pays. Mais c'est un beau spectacle que celui d'une foule de barques de pêcheurs qui s'élancent sur les flots aux premières clartés du jour, légères, gracieuses, parées de leurs voiles blanches, et jouant avec la lame, tandis qu'au loin retentissent les chansons des mariniers; et qui, au premier souffle de l'orage, pareilles à une volée de mouettes, courent se réfugier dans leur port!

Vup ifp Collioure.

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