GLOIRE A DIEU
Un seul grand et pacifique fait religieux a été respecté sur le Mont-Valérien, c'est le cimetière où dorment tant de noms illustres. Pendant les deux périodes de gloire pour le Calvaire , de fervents chrétiens sollicitaient la grâce de reposer en paix dans cette (erre sanctifiée par la croix, et parmi tant de tombes, l'on remarque surtout celle de monseigneur Etienne- Antoine de Boulogne, archevêque, évoque de Troyes, mort le 13 mai 1825 , celle de monseigneur l'évèque de Rhodes, Charles- Andrô-Toussaint-Bruno-Bamond de Lalande, mort archevêque nommé de Sens, et enfin, celle de monseigneur de la Chastre , évêque d'Imersa, frère du duc delà Chastre qui fut premier gentilhomme de la chambre du roi, sous la restauration. Les noms les plus vénérés abondent dans celte nécropolis du Mont-Valérien ; il me suffira de citer ceux de Hohenlohe, de Carignan , de Bruce, de Larochefoucauld , de Bivière , de Larochejacquelin , d'Agoult, de Baigecourt et de Causans, Frère Arsenne, dernier ermite de la sainte montagne, Stubert Charpentier, fondateur du premier Calvaire, et enfin, madameEtiennette-FèlicitéDucrest, comtessede Gcnlis, morte à Paris, en 1831 , sont inhumés dans ce cimetière.
Bien qùune révolution soit venue chasser le culte des hauteurs du Mont-Valérien , néanmoins , le spectacle que cette montagne présente encore, sa position, sa solitude, ses souvenirs, ses ombrages, continueront long-temps à y appeler les pèlerins , les poètes et les artistes. — Oh! oui, sur le Mont-Valérien, il y a pour l'âme du catholique de ces instants où elle s'exalte, se divinise; elle passe des larmes à la joie, et de la prière aux ravissements; car le dieu de la douleur est aussi le dieu de l'espérance.
Peuple , viens donc au Mont-Valérien ; tu y verras ce que j'y ai vu moi-même, un champ où Sainte- Geneviève avait coutume de conduire son troupeau , des bois pleins de fraîcheur dont la verdure a été conquise par le travail des ermites, des missionnaires, sur un sol naturellement ingrat, et celte villa héréditaire de monseigneur l'évèque de Nancy, posée en face du vallon presque inhabité qui se penche au sud-ouest du mont. J'ai visité cette belle propriété où M. de Forbin, dont la vertu triomphe enfin de toutes les calomnies qui l'ont assiégée , vient se reposer de ses labeurs apostoliques. Là se trouvent un jardin délicieux, quelques sépultures de famille, une chapelle d'un style simple et convenable. Et puis tu verras encore ce cimetière qui occupe le revers oriental du coteau , et tu entendras s'échapper de ses profondeurs, de ces voix mystiques qui parlent de pénitence
In
et d'éternité. Oui, venez ici , âmes neuves et limpides, venez vous épanouir en d'ineffables contemplations. Sur la cime du Mont-Valérien , vous aurez Dieu à votre tête, et a vos pieds, cette royauté do la terre dont les demeures somptueuses tiennent si peu de place dans l'univers.
Pieuse et sainte retraite de la montagne sainte, retrouveras -tu ton calvaire, tes anachorètes et tes cénobites? Redeviendras- tu comme le calvaire de Saint- Irénée de Lyon, ce lieu sublime où toute une population d'immense cité , vient songer à son salut? — Je ne sais; mais quoiqu'il advienne, les mauvaises mœurs , les existences passagères de Paris , passeront , et tu demeureras comme un avant-poste de l'éternité.
Paix au Mont-Valérien, paix aux débris qui le jon-
chent , paix aux cendres qui l'habitent, paix aux souvenirs qui le sanctifient.
Le chevalier Joseph Bakd, (de la Côte-d'Or).
NAPOLÉON DÉBARQUE A Ste -HELENE.
Depuis (rois mois Napoléon avait quitté la terre de France. Du vaisseau qui lui avait servi de prison, il descendit dans l'île qui devait être son tombeau. Là, sous un ciel brûlant, dans une cage étroite, loin de sa femme, de son fils, de ses soldats, gardé à vue, couché en ioue , manquant de tout, excepté des consola-
Le Chat volant.
lions de quelques amisfidèles, le grandhomme acheva de mourir lentement, douloureusement, de cette mort commencée à Moscow, à Leipsick, à Waterloo. Là, dans ce triste séjour, où, suivant le mot de l'illustre captif, on n'avait de trop que du temps, un geôlier anglais, Hudson-Lowe, s'immortalisa, en abrégeant les jours de sa victime , en aidant le malheur à tuer Napoléon. Les pages vengeresses du Mémorial retracent, jour par jour, cette agonie qui dura six ans. Six ans de captivité au maître de l'Europe ! six ans de tortures et d'affronts, pour expier dix-sept ans de grandeur et de gloire! Ainsi le voulurent les rois de l'Europe, qui jugèrent et condamnèrent Napoléon : dans ce procès, où ils furent juges et parties, l'Angleterre obtint de plus, l'honneur de fournir la prison et le bourreau !
{Ephémérides , 18 octobre 1815.)