LE CHAT VOLANT OU GALÉOPITHÈQUE
( Lemur volans , Lin. galeopithecus variegatus, Pallas ) ,
Est un des plus singuliers animaux de l'ancien monde. On ne le trouve guère que dans les grandes forêts des îles de la Sonde, des Moluques, et de quelques parties chaudes des Grandes-Indes.
Il diffère génériquement des chauves-souris par les doigts de ses mains, qui sont tous garnis d'ongles tranchants et ne sont pas plus allongés que ceux des pattes de derrière. Ses dents canines sont dentelées et courtes comme les molaires; en hautsontdeuxincisives aussi dentelées, très écartées l'une de l'autre; il en a six en bas, fendues en lanières étroites comme des peignes, structure qui lui est tout à fait particulière. Mais ce qui distingue particulièrement le chatvolant , c'est une membrane mince , légère , extérieurement couverte d'un poil court et lisse, prenant naissance de chaque côté du cou , s'élendant tout le long du corps , des quatre membres et de la queue ,
et ce lui laissant do libre que le bout des doigts et les ongles.
Sa couleur est roussâtre en-dessous, d'un joli grisrou? en-dessus, avec des ondes blanches, irrégulières, bordées de gris-noitâtre., et «'étendant de chaque côté du corps depuis le derrière des oreilles jusqu'à la naissance des cuisses. Il a le museau un peu long, fin Comme celui d'une belette , les oreilles courtes , iix vifs, i i li 3 ' s sur la poitrine coins ic
les chauves-souris. !1 est à peu près de la gr nd( ur d'une marte.
Cet animal ne peut pas voler comme les chauvessouris, car sa membrane ne lui sert que de parachute; mais il saii tellement bien manœuvrer, qu'il parcourt d'as ta grandes distances dans les airs, ei passe aisément d'un arbre à un autre arbre éloigné de cinquante à soixante pas. Pour cela , il monte à l'extrémité de la plus haute branche, s'élance d'un bond vers l'arbre voisin, puis, il étend sa membrane et penche un peu son corps la lête vers la terre, et glisse ainsi dans l'air en décrivant une ligne oblique à l'horizon. Il en résulte qu'étant parti de la branche la plus haute d'un arbre, il arrive juste à la branche la plus basse d'un autre arbre. Quand la forêt est épaisse et les arbres très rapprochés, on croirait qu'il doit diriger son parachute de manière à sauter sur une branche élevée; il n'en est rien, et dans tous les cas il tombe toujours sur la plus basse. Mais il a une raison pour cela, et la voici : toute la journée il est occupé à donner la chasse aux insectes et aux petits oiseaux qui, ainsi que lui, habitent les forêts. Pour n'avoir pas à remonter à la cime d'un arbre, quand il veut aller sur un autre, il commence toujours sa chasse en explorant les branches basses, puis celles au-dessus, et ainsi de suite de bas en haut, jusqu'à ce qu'il soit arrivé au sommet.
Le chat-volant est la terreur des colibris et autres petits oiseaux qu'il saisit sur leur nid pendant la nuit, ou dont il brise et mange les œufs pendant le jour. Quelquefois il se met en embuscade sur une grosse branche, tantôt couché sur l'écorce, tantôt suspendu par la queue et les pieds de derrière. Si un colibri ou une grosse phalène passent en volant à quelques pieds de lui , il s'élance tout à coup, les saisit au vol, et tombe sur une branche voisine où il les dévore à son aise. Quand il se tient suspendu dans son embuscade, il attend que le colibri passe dessous lui , fut-ce à quinze ou vingt pieds de dislance; il prend son moment, se laisse tomber perpendiculairement dessus, le saisit, et déploie sa membrane pour adoucir sa chute et glisser jusque sur une branche voisine. Il a le coup-d'œil si juste et si prompt qu'il rencontre toujours sa proie dans sa chute et ne la manque presque jamais.
Cet animal ne fait ordinairement qu'un petit, très rarement deux, pour lequel il a beaucoup de tendresse. 11 se fait avec soin un nid d'herbe fine et sèche, dans le trou d'un tronc d'arbre, pour mettre bas. Mais il n'y laisse son petit que quatre ou cinq jours , après quoi celui-ci est assez fort pour se cramponner sur son ventre et y rester constamment jusqu'à ce qu'il soit assez grand pour se hasarder à quitter sa mère pendant quelques instants, ou au moins à se placer sur son dos pour se reposer de son altitude ordinaire.
Du reste, sa posture est moins fatigante qu'on
pourrait le croire, car la mère le soutient presque constamment a/vec BS main qu'elle lui place sur le du-. Quand la chasse BSl finie, cl même en la faisant, le chal-volanl ne marche pas comme les autres animaux sur les branches, mais dessous, de manière à avoir le corps pendu à la renverse. Il en résulte que son enfant se trouve placé ci. mine dans un hamac et retenu par la mSembri l ne dans un berceau qui serait
placé dans un filet. S'il a envie de dormir, la mère en archer et donne a son corps un mouvemi ut .lumeni comme une nourrice qui berce avec précaution un enfant chéri. Du i cette altitude est familière au galéopithèque, i en prend une autre quelquefois pour dormir, quand il n'a pas de petits, c'est pour se suspendre par les pieds de derrière, la lête en Las, comme les chauvessouris.
Les Indiens estiment assez la chair du chat-volant, surtout dans une certaine saison où ces animaux cessent de faire la chasse aux insectes pour se nourrir d'une petite baie semblable à une groseille, et liés abondante dans les forêts en de certains temps. Les galéopithèques ainientces petits fruits, qui les engraissent beaucoup. Ces animaux sont difficiles à prendre au [liège, aussi les chasse-t-on à coups de fusils ; mais pour réussira en abattre quelques-uns, il faut être excellent tireur, car ils s'élancent de branche en branche , d'arbre en arbre , avec beaucoup de rapidité . et , si on ne les saisit pas au saut, ils ont bientôt disparu. Ils sont aussi très rusés, et, lorsqu'on les surprend sur un arbre isolé, ce qui est fort rare , ils se cachent dans l'enfourchure de deux grosses branches, ou bien ils tournent autour de la tige à mesure que vous tournez vous-même autour de l'arbre, de manière à ce qu'on ne peut les apercevoir. S'ils ne sont pas tués raides du coup de fusil, en mourant ils s'accrochent si ferme à un rameau , qu'ils ne tombent jamais à terre, quoi que vous fassiez. Dans ce cas il faut se déterminer à les perdre ou à grimper pour aller les décrocher.
BOITARD