‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 125 sur 242 · VOYAGEURS VISITANT LES RUINES D ATHENES · texte numérisé non relu

VOYAGEURS VISITANT LES RUINES D ATHENES

Tout voyageur doit un pèlerinage à Athènes ; c'est le rendez-vous des antiquaires et des savants ; on ne peut guère se vanter d'avoir vu la Grèce si on n'a pas visité la ville de Minerve. Aussi nous avons des descriptions sans nombre d'Athènes, des vues, des dessins et des explications de ses monuments. Les noms d'une multitude de voyageurs, gravés sur les colonnes du Parthénon et du temple de Thésée, annoncent à l'étranger qui arrive dans cette ville qu'il a été devancé dans la carrière des découvertes.

La première chose qui vous frappe dans les monuments d'Athènes, c'est leur belle couleur. Dans nos climats, sous une atmosphère chaigée de fumée et de pluie, la pierre du blanc le plus pur devient bientôt noire ou verdàtre. Le ciel clair et le soleil brillant de la Grèce répandent seulement sur le marbre de Paros et du Pentélique une teinte dorée semblable à celle des épis mûrs ou des feuilles en automne. La justesse, l'harmonie et la simplicité des proportions attirent ensuite les regards; on ne voit point ordres sur ordres, colonnes sur colonnes, dômes sur dômes. Le temple de Minerve, par exemple, est, ou plutôt était un simple parallélogramme allongé, orné d'un péristyle, d'un portique, et élevé sur trois marches qui régnaient tout autour. Le portique occupait à peu près le tiers de la longueur totale de l'édifice

(218 pieds) ; l'intérieur du temple se divisait en deux nefs séparées par un mur, et qui ne recevaient le jour que par la porte ; dans l'une on voyait la statue de Minerve, ouvrage de Phidias; dans l'autre, on gardait le trésor des Athéniens. Des morceaux de sculpture occupaient les deux frontons du temple ; les offrandes votives, ainsi que les boucliers enlevés à l'ennemi dansle cours delà guerre Médique, étaient suspendus en dehors de l'édifice ; entre ces boucliers on avait mis des inscriptions; elles étaient vraisemblablement écrites en lettres de bronze, à en juger par les marques des clous qui attachaient ces lettres.

Tel était ce temple qui a passé à juste titre pour le chef-d'œuvre de l'architecture chez les anciens et chez les modernes. L'harmonie et la force de toutes ses parties se font encore remarquer dans ses ruines, car on en aurait une très-fausse idée si l'on se représentait seulement un édifice agréable, mais petit, chargé de ciselures et de festons à notre manière. Qu'il y a loin du Parthénon, avec son économie d'ornements, son heureux mélange de simplicité et de grâce, à notre profusion de découpures, à nos colonnes guindées sur d'énormes bases, ou à nos portiques écrasés! Après leur harmonie générale, leur rapport avec les lieux et les sites, et surtout leurs convenances avec les usages auxquels ils étaient destinés, ce qu'il faut admirer dans les édifices d'Athènes, c'est le fini de toutes les parties. L'objet qui n'est pas fait pour être vu, y est travaillé avec autant de soin que les compositions extérieures ; la jointure des blocs qui forment les colonnes du temple de Minerve est telle, qu'il faut la plus grande attention pour la découvrir, et qu'elle n'a pas l'épaisseur du fil le plus délié. Les rosaces, les moulures, tous les détails des édifices offrent la même perfection ; des découpures en ivoire ne seraient pas plus délicates que les ornements du temple d'Erechtée ; les cariatides du Pandroséum sont des modèles, Enfin, si, après avoir vu les monuments de Rome, ceux de la France paraissent grossiers, les monuments de Rome semblent barbares à leur tour dès qu'on a vu ceux de la Grèce.

Athènes est remplie d'ouvrages prodigieux. Les Athéniens, peuple si peu riche, si peu nombreux, ont remué des masses gigantesques ; les pierres du Pnyx sont de véritables quartiers de rochers ; les dalles de marbre qui couvraient les Propylées étaient d'une dimension telle qu'on n'en a jamais vu de semblables ; la hauteur des colonnes du temple de Jupiter olympien passe peut-être 60 pieds, et le temple entier avait presque un quart de lieue de circonférence. Les murs d'Athènes, en y comprenant ceux des trois ports et les longues murailles, s'étendaient sur un espace de près de neuf lieues ; les murailles qui réunissaient la ville au Pirée étaient assez larges pour que deux chars y pussent courir de front, et, de cinquante en cinquante pas, elles étaient flanquées de tours carrées. Jamais les Romains n'ont élevé de fortifications aussi considérables. On ne peut se lasser d'admirer les vieux monuments d'Athènes : qui pourrait voir avec indifférence les œuvres du peuple le plus brillant, le plus ingénieux de l'antiquité? Ici se trouve le temple de Thésée, le rocher de l'Aréopage ; là, les prisons de Socrate et la tribune aux harangues taillées dans le roc. Le temple de Thésée, si bien conservé, si élégant, si parfait dans son ensemble, dit combien les

Athéniens étaient susceptibles de sentiments nobles, d'enthousiasme patriotique. Voici quelle fut l'origine de ce temple : le bruit se répand qu'on a vu l'ombre de Thésée combattre dans les rangs de l'armée grecque contre les Perses; le fils de Miltiade apporte d'une île voisine les ossements du héros à qui Athènes devait sa première puissance, et la nation lui élève un temple embelli par les arts. Puis la tribune du Pnyx ne rappelle-t-elle pas l'époque où une immense multitude, troublée par la crainte de voir ses foyers envahis, écoutait là, sur celte place maintenant déserte, les immortelles harangues deDémosthènes? La grotte ou prison qui vit mourir Socrate, victime de l'injustice de ses concitoyens, est à cent pas du Pnyx ; on est saisi d'un sentiment religieux à l'aspect du lieu où ce grand homme cessa de vivre, en élevant son âme aux plus hautes pensées de morale et de philosophie. Par quelle fatalité ces chefs-d'œuvre de l'antiquité, que les modernes vont admirer si loin et avec tant de fatigues, doivent-ils en partie leur destruction aux modernes ? Le Parthénon subsista dans son entier jusqu'en 1687; les chrétiens le convertirent d'abord en église; et les Turcs, par jalousie des chrétiens, le changèrent àleur tour en mosquée. Il fallut que les Vénitiens vinssent, au milieu des lumières du xvne siècle, canonner les monuments de Périclès ; ils tirèrent à boulets rouges sur le temple de Minerve; une bombe enfonça la voûte, mit le feu à des barils de poudre, et fit sauter en partie l'édifice. La ville étant prise, Morosini, dans le dessein d'embellir Venise des débris d'Athènes, voulut descendre les statues du fronton du Parthénon : il les brisa.

Dirons-nous maintenant l'état actuel d'Athènes, nouvelle capitale de la Grèce régénérée? Cette ville, qui n'était qu'un amas de pierres en 1830, présente aujourd'hui un aspect animé ; les rues sont garnies de boutiques, la plupart tenues par des Grecs, quelques-unes par des Français. Il y a à peine quelques années qu'il eût été difficile d'y trouver la moindre ressource; on y voit actuellement un marché abondant, des hôtels où l'on est aussi bien traité que dans ceux de nos villes de France. La cité d'Athènes s'accroît tous les jours; les personnes qui restent deux mois sans la voir ont de la peine à s'y reconnaître. La reconstruction de la ville a été d'une rapidité étonnante ; on n'a pas cessé de bâtir depuis l'année 1835 ; il n'y avait auparavant qu'une quarantaine de maisons parmi les décombres. Pomtant Athènes, qu'on a tant de fois essayé de tirer de sa poussière, offre encore en ce moment l'image d'une ville qui naît à peine ; rien n'y est achevé ; une jolie maison est à côté de pans de murs écroulés ; on est surpris de rencontrer, au milieu d'une rue récemment construite, une masse de vieilles masures habitées par de pauvres familles grecques. Il ne serait pas facile de suivre une description détaillée de la ville ressuscitée ; il y règne encore une sorte de confusion; à chaque pas ce sont des bouts de rues, puis d'autres rues sans symétrie formées de petites boutiques construites en bois. Jusqu'à présent Athènes n'est qu'un mélange de ruines et de maisons neuves. Il n'y a que deux rues bien alignées : l'une porte le nom d'Eole, elle partage la ville en deux et va aboutir à la tour des Vents qui est au pied de l'Acropolis. L'autre rue, appelée Hermès, commence à l'arrivée du Pirée, et

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