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traverse celle d'Eole ; beaucoup de maisons manquent à ces deux rues, et celles qu'on y voit sont toutes irrégulières. On bâtit peu solidement ; si on en excepte les demeures des principaux personnages du gouvernement, toutes les autres sont comme ébauchées en bois. Un peuple qui se bâtit d'aussi fragiles habitations songe peu à l'avenir ; en effet, nous ne croyons pas que la plupart de ceux qui rebâtissent Athènes, soient animés du désir d'en faire une ville importante et durable.
Venons aux grands édifices de la nouvelle Athènes. On jette en ce moment les fondements d'un palais pour le roi Othon; ce palais est commencé depuis neuf mois; les travaux s'y font très-lentement; l'argent manque pour augmenter le nombre des ouvriers. Quantité de blocs de marbre tirés des carriè-
res du mont Pentélique sont répandus sur la place où sera le palais du roi. La demeure actuelle du roi de la Grèce ressemble tout bonnement à une maison bourgeoise. Un hôpital, situé du côté des colonnes du temple de Jupiter, s'achève en ce moment; cet hôpital est isolé et n'a rien de remarquable. Le marché est situésur l'emplacement du gymnase d'Adrien. A côté du marché on voit une caserne et une tour très-mesquine quelordElgin adonnée à Athènes, pour la dédommager de tous les ouvrages de génie qu'il lui a enlevés; cette tour était destinée à porter une horloge, elle sert aujourd'hui de prison. Les saintes ruines de la vieille Athènes sont respectées, et il est consolant de dire qu'on n'a touché àaucun monument pour en faire des matériaux de construction. La population d'Athènes est de 15,000 habitants; elle est
(Voyageurs visitant les ruines d'Athèai s )
presque toute grecque ; il n'y a que 2,5oo étrangers environ, la plupart Bavarois. L'apathie, le calme froid des Allemands s'accordent mal avec le caractère vif, léger des Hellènes ; aussi existe-t-il entre ces deux peuples une animosité qui amènera sans doute une complète séparation. On espère que le jeune roi Othon parviendra à concilier les esprits; mais n'est-il pas à craindre que le génie même d'un Périclès ou d'un Aristide n'échoue au milieu de tant de passions diverses et de goûts si opposés les uns aux autres?
Il est impossible de parler d'Athènes sans dire quelques mots du Pirée. Il y a déjà de l'activité dans ce port jadis si célèbre, et pendant longtemps si solitaire ! On y trouve une foule de maisons mieux construites que celles d'Athènes. Le gouvernement a vendu une partie du terrain aux habitants de l'île de Chio, et ceux ci, presque tous commerçants, ne tarderont pas à venir mettre la main à l'œuvre pour faire revivre le port créé par Thémistocle. Le chemin qui conduit du Pirée à Athènes est aussi bien entretenu que nos plus belles routes de France ; ce chemin traverse un grand bois d'oliviers.
A droite des débris de la fameuse muraille qui réunissait le Pirée à la ville, est un tombeau en marbre élevé à la mémoire de Caraïskakis, général grec, tué à la bataille d'Athènes en 1827. Le Céphise n'a pas été oublié dans les reconstructions nouvelles; son lit est creusé avec soin, et les eaux de ce fleuve poétique s'écoulent paisiblement jusqu'à la mer. Une puissance mystérieuse, une admiration indicible, vous ramènent toujours vers les vieux monuments de la cité; ils sont là, et semblent défier les Athéniens de nos jours de ne jamais rien élever qui puisse les égaler en beauté et en durée. En avançant vers l'Acropolis, l'immense citadelle, l'imagination est frappée de la physionomie diverse de toutes ces fortifications écroulées. Que de nations ont passé par là ! Fortifications helléniques, byzantines, françaises, vénitiennes, turques ; tous les peuples s'y montrent avec leurs ruines. Le gouvernement a entrepris des fouilles dans ce lieu ; on a déjà trouvé des urnes lacrymatoires, des vases renfermant des ossements humains, une multitude de petites figures de divinités en marbre et en métaux. Plusieurs travailleurs sont occu-
pésà l'enlèvement des décombres; les six belles colonnes qui soutenaient le fronton de ce monument seront bientôt mises à découvert, et il est tout à fait probable que, dans peu de temps, on pourra voir les magnifiques restes du vestibule qui servait d'entrée à la citadelle.
En sortant d'Athènes, on entre dans la Voie sacrée, route autrefois bordée de monuments qui auraient suffi pour la rendre célèbre, si elle n'avait pas été sanctifiée par la plus imposante des cérémonies religieuses de l'antiquité. Tous les cinq ans, des théories, précédées de chœurs de musique, la parcouraient, environnées de la magnificence du culte mythologique, en portant la statue d'Iacchus, fils de Jupiter, au temple de Cérès d'Eleusis, sanctuaire où se célébraientdes mystères institués sous le règne d'Erechtée, 1423 ans avant Jésus-Christ, mystères qu'il n'était pas permis aux mortels de révéler. Le cortège avait ses stations marquées par le rituel des Euinolpides, qui contenait aussi des procédés pour produire les prestiges mystiques destinés à entretenir la crédulité. Dans l'ordre accoutumé des pompes, on entrait dans un défilé bordé de pins qui conduisait aux temples d'Apollon et de Vénus, auxquels on sacrifiait; en descendant vers le golfe de Salamine, lieu à jamais célèbre par la victoire des Athéniens sur les armées de Perse, on couronnait le cippe de Théodore, qui fut le grand acteur tragique de son temps. Plus loin, on rencontrait lachapelle de Jupiter débonnaire, où Thésée s'était purifié du sang versé par ses mains ; enfin on chantait des hymnes au reposoir du figuier sauvage sous lequel Cérès s'était arrêtée lorsqu'elle cherchait Proserpine, ravie par Pluton à sa tendresse maternelle. Ainsi cette procession était une visite rendue aux dieux et aux grands hommes protecteurs et bienfaiteurs d'Athènes, dont l'histoire était représentée par des autels, des colonnes et des monuments sur cette terre de glorieux souvenirs.
Grâce aux écrivains dont les ouvrages ont échappé à la barbarie, le voyageur attentif peut encore retrouver les vestiges des merveilles qui embellissaient l'Attique. A un mille d'Athènes, on traverse un bois d'oliviers, où l'on voit des débris de chapelles, des colonnes brisées, et, à quelque distance, le monastère de Daphné, bâti sur les ruines du temple d'Apollon. Eleusis présentait un abrégé de la création mythologique des anciens, qui avaient attaché des souvenirs religieux à toutes les parties de son territoire ; on peut avec les écrits de Pausanias, guide le plus sur et le plus judicieux, revivifier la Grèce, et cette contrée en particulier. Mais il est impossible de parler avec connaissance de cause des mystères de Cérès dont les hiérophantes firent un secret impénétrable et terrible ; Pausanias, tout prêt à les révéler, dit qu'il en fut détourné par un songe ; et il s'arrête frappé d'une terreur semblable à celle des Vénitiens qui n'osaient même prononcer le nom redoutable du tribunal des trois. Il paraît que ces cérémonies commencèrent à déchoir sous le règne de Valentinien, et ce fut en vain que l'empereur Julien essaya de les réhabiliter. La raison humaine s'était formée, le paganisme tombait de vétusté, il était percé des coups du ridicule ; on ne voyait plus aux litanies de Cérès que quelques vieilles dévotes qui se frappaient la poitrine aux portes du tribunal sacré, lorsque les barbares envelop-
pèrent Eleusis, son temple, ses autels et son culte expirant, dans la catastrophe qui détruisit les libertés, les monuments et la population presque entière de la Grèce. Au milieu des ruines majestueuses d'Eleusis qui gisent comme un colosse renversé par une commotion souterraine, est bâli l'humble villagede Lepsina ; quarante familles qui composent sa population y cultivent la plaine, et ce peuple fait entendre des accents demi-barbares aux lieux où furent chantés les hymnes sonores de la plus brillante poésie.