LE CHINCHILLA
Ce petit rongeur a longtemps été confondu avec le Hamster. Il se trouve maintenant compris dans cette grande famille tout américaine, qui correspond au genre Cavia de Linné, à côté des Agoutis et du Cochon d'Inde.
Il est assez bizarre que l'on ait ignoré, jusqu'à ces dernières années, et la forme extérieure, et l'organisation anatomique d'un animal que recherche le plus le luxe des nations civilisées, et qu'on ait importé en Europe, depuis des siècles, les douces et belles fourrures qui avaient enveloppé de petits êtres dont on ne soupçonnait ni le caractère, ni les mœurs, ni même l'origine.
Le silence gardé par les marchands Péruviens, ou l'ignorance où ils étaient des habitudes du Chinchilla, ont donné carrière aux conteurs, et nous ne manquons pas de récits fantastiques sur ces animaux, pas plus qu'on n'en a manqué à l'égard de l'iiydromis, dont la fourrure orangée est une richesse pour l'habitant des îles du canal d'Entrecasteaux.
L'abbé Molina , dont l'Essai sur l'histoire naturelle
du Chili fut publié à Bologne en 1782, a décrit, le
premier, le chinchilla comme une espèce du genre
Mus de Linné ; dans la dernière édition de son ou-
TOMfi iv. — Mai 1837.
vrage, publiée en 1810,1e chinchilla est placé dans le genre Hamster, et porte en synonymie le nom de Mus lanigcr. C'est à MM. Bennett et Becchy que la science doit une connaissance plus exacte des mœurs de ce rongeur; ils purent s'en procurer quelques-uns dans un voyage qu'ils firent, en 1831, sur la côte nordouest de l'Amérique, et par leurs soins, ces animaux purent être étudiés à la société zoologique de Londres.
La longueur du corps d'un de ces individus est de près de 9 pouces, et celle de la queue de près de 5. Ses proportions sont étroites , et ses membres comparativement courts, car la partie postérieure est beaucoup moins longue que l'antérieure. La fourrure est longue, épaisse, serrée, laineuse, quelquefois crispée et mêlée ; grise ou couleur cendrée pardessus et plus pâle dessous. La forme de la tête ressemble à celle du lapin ; les yeux sont gros, larges et noirs; les oreilles larges aussi, nues, arrondies au bout, et presque aussi longues que la tête. Les moustaches sont très-fournies et très-longues, une d'entre elles ayant trois fois la longueur de la tête; plusieurs sont noires, et les autres blanches. Il y a quatre petits doigts de pied, avec un rudiment distinct de pouce qui termine le pied antérieur. Le postérieur a le même nombre de doigts, trois d'entre eux fort longs; celui du milieu est plus étendu que les deux autres
latéraux, et le quatrième et dernier très-court est placé en arrière. A tous les doigts, les griffes ou ongles sont courts, et presque cachés par des touffes de poils rudes. La queue est d'environ moitié de la longueur du corps, d'une épaisseur égale partout, et couverte de longs poils touffus. Le poil est ordinairement hérissé vers le dos, et non couché comme dans les Ecureuils.
L'animal se tient généralement assis et peut aussi se soutenir sur les pieds de derrière. Il mange assis., saisit ses aliments et les porte à la bouche avec les pattes de devant. Sa nourriture consiste principalement en herbes sèches, telles que trèfle et luzerne dont il paraît très-friand. Molinaa écrit que les Chinchillas vivaient en société, et cette opinion est au moins ébranlée par les observations qu'on a faites à JBrectonstreet, où un combat féroce fut livré entre deux Chinchillas qui avaient été réunis dans la même cage, et que l'on s'empressa de tenir éloignés pour s'assurer leur conservation.
Une famille de Chinchilla est ordinairement composée de huit à dix individus, souvent on en trouve réunis en plus grand nombre. Essentiellement sédendaires, ils ne quittent les terriers où ils sont nés que lorsque quelque accident irréparable ou l'excès de population les y contraignent. Il est rare de les rencontrer à plus de vingt pas de leurs habitations, et encore n'est-ce qu'après le coucher du soleil, et après s'être assuré que tout est tranquille autour d'eux. Cette prudence et ce soin d'éviter le danger n'excluent pourtant pas un certain courage. Les Indiens ont assuré à des voyageurs que les chinchillas se défendent avec assez d'énergie contre les sarigues, les moufettes et les autres petits carnassiers qui sont leurs ennemis naturels. Leurs cris sont variés, aigus dans l'expression de la crainte; ils ressemblent, dans d'autres moments, à un roulement sourd. Le chinchilla se nourrit de plantes bulbeuses qui croissent abondamment dans ces parties, et il produit, trois fois par an, cinq ou six petits. Il a l'humeur si docile et si douce qu'on le prend dans la main sans qu'il cherche à se sauver. Il semble prendre grand plaisir à être caressé. Le place-t-on sur soi, il y reste aussi tranquille que s'il était dans sa propre demeure. Cette douceur extraordinaire est due probablement à sa pusillanimité, qui le rend fort timide. Comme il est excessivement propre, on ne peut craindre qu'il salisse les habits de ceux qui le tiennent, ou qu'il leur communique une mauvaise odeur, car il en est entièrement exempt. Par cette raison, il peut habiter les maisons sans aucun désagrément, et presque sans dépense; celle qu'il causerait serait amplement compensée par le produit de sa fourrure. Les anciens Péruviens, qui étaient plus industrieux que les modernes, ont fait de cette laine des couvertures de lit et des étoiles de beaucoup de prix.
Notions sur les pelleteries.
Presque toutes les pelleteries ou fourrures dont on fait usage sont fournies par des animaux de deux principaux ordres : les carnassiers et les rongeurs.
Les fourrures les plus estimées sont celles dont les poils longs, soyeux et épais, recouvrent une quantité considérable de duvet et de bourre. Elles viennent
toutes des pays froids, et on ne tire guère des pays chauds que quelques pelleteries à poils ras. Le climat a en effet une influence très-grande sur la fourrure des animaux ; lorsque la nature les destine à vivre dans un pays froid , elle leur donne une fourrure chaude et épaisse, tandis que lorsqu'elle les place dans un pays chaud, elle ne les recouvre que de poils courts, secs et peu abondants, et ne fait pas naître entre ces poils et la peau un duvet moelleux comme chez les premiers.
Les saisons influent de la même manière sur les fourrures. En été les poils ordinaires sont moins longs et moins fournis qu'en hiver, et c'est dans cette dernière saison seulement qu'il existe à la base de ces poils beaucoup de duvet. Quelquefois il survient aussi, aux différentes saisons, des changements trèsconsidérables dans la couleur des poils.
En effet, à une époque déterminée de l'année, les mammifères perdent leurs poils qui sont remplacés par d'autres. Cette mue a ordinairement lieu au printemps et à l'automne ; tantôt elle s'opère sans que la couleur du pelage soit modifiée, d'autres fois les poils nouveaux ne ressemblent pas du tout aux anciens. C'est ainsi que dans le nord, l'écureuil commun, au lieu de conserver toujours sa couleur roussâtre, prend en hiver une couleur grise très-agréable. L'isatis, ou renard bleu de Sibérie, présente des changements de couleur non moins considérables, et qui font qu'en hiver sa fourrure est très-recherchée, tandis qu'en été elle est presque sans valeur.
Quelques fourrures nous sont fournies par les animaux qui habitent la France ou les pays voisins ; mais la plupart de celles qui se trouvent dans le commerce viennent du nord de l'Amérique ou de la Sibérie.
Les pelleteries du pays, qu'on appelle aussi sauva* gines, sont fournies par le renard, la fouine, le putois, la loutre de rivière, le chat domestique, le lapin et le lièvre. La plupart de ces peaux sont teintes (ou, comme on le dit dans le commerce, lustrées), pour imiter des fourrures plus précieuses.
Dans l'empire Russe, la chasse desanimaux à fourrures se fait principalement dans la vaste étendue du pays situé à l'est du Volga jusqu'au Kamschatka, et même sur les côtes du nord- ouest de l'Amérique, où l'on trouve beaucoup de loutres de mer dont la fourrure est très-estimée et se vend principalement aux Chinois. La Sibérie fournit diverses espèces de renards, dont la peau a souvent une grande valeur (tels que le renard bleu ou l'isatis, le renard noir, etc.), la marte, la zibeline, l'hermine, etc.; on en tire aussi un grand nombre de peaux d'ours. Les immenses forêts du nord-est de l'Amérique nous fournissent des peaux de castor, de marte, de loutre de rivière, d'ours, etc.
De l'emploi des poils pour la fabrication du feutre.
Les poils de plusieurs des animaux de la classe des rongeurs ne servent pas seulement comme pelleteries, mais sont aussi employés pour la fabrication des chapeaux de feutre. Ces poils possèdent en effet la propriété de se mêler et de se pelotonner si bien lorsqu'on les foule, qu'on peut en former des tissus tièssolides, et c'est ainsi qu'on fait le feutre.
C'est principalement avec le duvet du lapin et du lièvre que l'on fabrique les chapeaux de feutre; jadis on employait beaucoup de poils de castor, mais son prix élevé en a banni presque entièrement l'usage.
On commence par arracher le jarre des peaux de lapin et de lièvre dont on veut se servir, puis on mouille le duvet resté adhérent à la peau avec une liqueur particulière dont l'action rend le feutrage plus facile, et on le coupe.
Le duvet ainsi coupé est placé sur une table, et parfaitement bien mêlé à l'aide d'un grand archet dont on fait vibrer la corde au milieu de la masse de poils; ensuite on le presse de façon à le réunir en une espèce de gâteau circulaire (appelé capade), et lorsqu'il est dans cet état on le foule ; pour cela on le trempe à diverses reprises dans un bain chaud et acide, et on le presse dans tous les sens. Par ce foulage le feutre se rétrécit de plus en plus et prend de la consistance. Pour dresser le chapeau, on ramollit ensuite avec de l'eau bouillante le feutre ainsi obtenu, et on le fait sécher sur une forme en bois, puis on le teint en noir et on l'apprête.
Ach. Comte.
Vous, dont j'ai célébré la gloire et les vertus,
Vous, (lotit je croyais voir les ombres Errer autour de moi dans les demeures sombres, O mes héros chéris, je ne vous verrai plus !
Compagnons de mon infortune, Mon erreur a trop peu duré :
Votre poêle, à ses ennuis livré, Ne traîne qu'à regret une vie importune.
(Lamentations nu Tasse, stances imitée* de lord Byron.)
AFRIQUE