‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 144 sur 242 · LE BORNOU ET LA CONTREE DE MCNGA · texte numérisé non relu

LE BORNOU ET LA CONTREE DE MCNGA

Le centre de l'Afrique renferme de nombreuses peuplades guerrières, indomptables, et qui sont perpétuellement en guerre les unes contre les autres; quelquefois un chef habile et courageux parvient à dompter toutes ces tribus sauvages, mais la soumission n'est jamais de longue durée, et les dévastations recommencent de plus belle. Une longue inimitié a toujours existé entre les habitants de la contrée de Munga et ceux du royaume de Bornou : plusieurs fois les principales cités de ce dernier pays ont été ravagées par les Mungowiens, et l'on montre les débris du vieux Biinie qu'ils ont détruit de fond en comble. Les ruines de cette ville témoignent mieux de la puissance des anciens sultans de cette province que tous les récits que l'on fait de leurs magnificences. Birnie couvrait un espace de deux lieues carrées, et n'avait pas, dit-on, moins de deux cent mille habitants; plusieurs parties des murs subsistent encore; ils étaient d'une épaisseur de 8 pieds, hauts de 28, et bâtis en briques rouges fort dures. La rivière de Muggabi coule dans les environs ; ses bords sont couverts d'une belle verdure et ses eaux trèsprofondes ; elle renferme un grand nombre d'hippopotames, et de temps à autre leurs têtes noires appa-

raissent à la surface. Près de ses rives, dans un petit vallon, flomsait il y a quatorze ans la ville de Gambaron, cpii a donné son nom au district, et qui était la i -('sidence favorite des souverains de Bornou. Les ruines que le temps n'a pas encore détruites prouvent au voyageur que celte ville était digne de la préférence dont elle jouissait. Parmi les restes d'édifices qu'on apeiçoitde toutes parts, on remarque les murs d'une mosquée et ceux du palais des sultans. Toute la ville était bâtie en briques, et devait avoir une plus belle apparence qu'aucune des cités actuelles. La position était superbe ; et quoique les campagnes environnantes soient aujourd'hui pleines de ronces et de plantes inutiles, on assure qu'elles étaient autrefois cultivées avec beaucoup de soin.

Des voyageurs anglais qui ont parcouru l'Afrique en 1836, à une époque où le sultan de Bornou était en guerre avec les Mungowiens, nous ont laissé quelques détails sur la manière de combattre de ces peuplades. Il y a peu d'ordre dans les marches jusqu'à ce qu'on aperçoive l'ennemi ; chacun paraît savoir qu'il doit à tel jour se trouver en tel end î oit, et pourvu qu'il atteigne au jour dit l'endroit indiqué, tout est bien. Le sheik marche en tête, et immédiatement après lui vient le sultan de Bornou qui l'accompagne toujours en pareille circonstance, quoiqu'il ne se batte jamais. Le sheik est précédé de cinq drapeaux, deux verts, deux rayés et un rouge, sur lesquels sont écrites en lettres d'or des phrases du Koran ; un nègre, jouissant de toute sa confiance, le suit à cheval et porte son bouclier, sa cotte de mailles, son casque d'acier, toute son armure enfin; un autre, bizarrement habillé avec un chapeau de paille et des plumes d'autruche, tient son tambour : la perte de ce tambour dans l'action est toujours regardée comme malheureuse et déshonorante. A la suite des officiers marchent les eunuques et le harem ; le sheik n'emmène avec lui que trois femmes, montées sur de petits chevaux dressés avec soin, et que conduit par la bride un jeune esclave; leur tête et leur figure sont complètement cachées par un voile de soie brune. Le sultan de Bornou a cinq fois autant de suite, et son harem est trois fois plus nombreux; il est aussi accompagné par des hommes portant des trompettes de bois creux, et ne cessant jamaisd'en tirer quelques sons. Le sheik n'a point de trompettes, attendu que ces instruments sont réservés par privilège à la royauté seule. Levant le sultan s'avance le porte-enseigne; et cette enseigne consiste en un très-long bâton, au bout duquel sont attachées des lanières de cuir et de soie de différentes couleurs, en imitation sans doute des queues du pacha; à sa droite et à sa gauche se tiennent deux guerriers armés de lances énormes, avec lesquelles ils sont censés défendre leur maître dans l'action, car celui-ci manquerait à sa dignité s'il se défendait lui-même. Mais ces lances sont tellement surchargées d'amulettes, et ceux qui les portent si abominablement appesantis par leur embonpoint, qu'on ne saurait concevoir que ces armes puissent être dans leurs mains de la moindre utilité ; du reste, toutes les autres personnes qui composent la suite des princes, avec leurs têtes grosses comme des outres, leurs ventres protubérants et leurs habits bien rembourrés, présentent le plus ridicule spectacle.

Quand les Mungowiens attaquent une place, c'est la coutume du pays d'y mettre aussitôt le feu ; ce sont en effet de simples huttes en paille qui deviennent eu un instant la proie des flammes. Les malheureux habitants sont donc obligés de fuir en toute hâte, mais ils tombent alors entre les mains de leurs impitoyables ennemis qui les entourent ; et en un clin d'œil les hommes sont massacrés, les femmes et les enfants accouplés et faits esclaves. Les huttes dans ces contrées sont commodes, bien bâties, vu l'abondance de la longue paille que fournissent les bords des rivières; elles sont divisées intérieurement par des nattes que les femmes fabriquent avec une grande habileté. Toutes ont une porte de paille entrelacée dans un châssis de bois ; et quelques habitations des principaux sont entourées d'un mur de nattes qui forme un enclos où se trouve souvent une seconde hutte pour les femmes esclaves. Dans cet enclos sont aussi la vache et les chèvres qui les approvisionnent de lait. Ces malheureuses gens ne défendent que rarement leurs demeures ; elles les abandonnent plutôt, et par ce moyen parviennent à s'échapper, si l'attaque n'est pas faite de nuit, ou si l'incendie ne devient pas général avant qu'elles aient le temps de fuir.

« Le l,r juin, au lever du soleil, écrit le capitaine Denham, je fus témoin d'un spectacle militaire ; le sheik à cheval passa la revue de ses troupes. Il s'était fait accompagner sur le terrain par les quatre sultans qui suivaient l'expédition ; et en différents endroits du cercle que formaient l'infanterie arabe et la cavalerie bornowienne, on voyait ses principaux esclaves et ses officiers, revêtus de leurs tuniques écarlates brodées d'or, et entourés des gens de leur suite. Quant à lui, son costume était propre et simple : deux chemises de mousseline blanche et très-larges, avec une écharpe de même couleur, et un turban de cachemire, composaient son habillement. A son côté était suspendu le sabre que, disait-il sans cesse, le sultan des Anglais lui avait envoyé; enfin, il était monté sur un magnifique cheval bai. Il se plaça au milieu du cercle, tandis que ses soldats favoris, les Kanembous, étaient rangés en colonnes serrées, et au nombre de neuf mille. A un signal qui leur fut fait d'avancer, ils poussèrent un cri, le plus perçant qui ait jamais retenti à mes oreilles ; puis ils défilèrent par tribus de huit cents à mille. » Ces guerriers sont entièrement nus, à l'exception d'une ceinture en peau de chèvre ou de mouton qu'ils attachent au-dessus des hanches, avec le côté velu en dehors, et de quelques bandes d'étoffe très-étroites dont ils s'entourent la tête et qui leur traversent la figure sous le nez. Leurs armes sont une lance et un bouclier, avec un poignard placé, pointe en haut etmanche enbas,sur la partie intérieure de leur bras gauche, où il est retenu par un anneau qui leur serre le poignet. Leurs boucliers sont faits du bois d'un arbre appelé fogo, et malgré leur immensité, ils ne pèsent que peu de li vres ; les diverses pièces de bois dont ils sont formés tiennent entre elles au moyen de lanières de cuir de bœuf, et des lanières pareilles sont disposées en zig zag sur le côté extérieur pour l'embellissement ; ils ressemblent assez par la forme à une fenêtre gothique. A l'abri de cette arme défensive, les Kanembous attaquent les archers en bon ordre et à pas lents ; leurs chefs sont à cheval, portant pour

seules marques distinctives une tunique bleue et un turban de la même couleur. Lorsqu'ils approchent de la tente où se tient le sheik, ils ralentissent leur marche, et api es avoir frappé leurs lances contre leurs boucliers, ce qui produit un grand et bel effet, ils sortent du cercle, s'arrêtent de nouveau et attendent leurs compagnons qui défilent après eux de la même manière. Une noble confiance existe entre ces Guerriers et le sheik ; il est toujours au milieu d'eux, les harangue avec chaleur et abandon, et tandis que tous l'entourent, c'est à qui baisera ses pieds et les étriers de sa selle. Au coucher du soleil, lorsque les Kanembous prennent leur position pour la nuit, et toujours ils la prennent sur les points les plus rapprochés de l'ennemi, un spectacle pittoresque s'offre aux yeux. Ils établissent chaque soir une ligne régulière de postes, ou plutôt de piquets, forts de cinq ou six hommes, qui s'étend de leur corps principal à quelqu'une de leurs tribus stationnée une lieue en avant ; ils se couchent d'ordinaire à l'abri de leurs boucliers, qui les protègent et de la pluie et du vent, aussi bien que des flèches ennemies. Un ou deux hommes de chaque piquet reste toujours éveillé, et à chaque demi-heure ou plus souvent, pendant toute la nuit, on entend leurs sentinelles se renvoyer de l'une à l'autre un cri convenu. Lorsque le moindre bruit vient à retentir dans le camp, tous frappent sur leurs boucliers et poussent un hurlement pour montrer qu'ils se tiennent sur leurs gardes.

L'armée du Bornou était sur le point d'atteindre ses ennemis les Mungowiens, lorsque des centaines de ces derniers se présentèrent devant les tentes du sheik, se prosternant jusqu'à terre, et jetant du sable sur leurs tètes en signe de soumission. Il n'y eut que l'auteur de la rébellion, Malem Fanamy, qui refusa de venir, parce qu'il craignait de perdre la tête : il offrait cependant deux mille esclaves, mille bœufs et trois cents chevaux pour prix de la paix. Comme le but du sheik était de ramener au devoir ce chef rebelle, et non de le mettre à mort, ni même de le dépouillerde ses biens, ilrefusatoute transaction. Enfin, au bout de quelques jours, Malem Fanamy, contraint par ses sujets qui ne voulaient pas être victimes de son entêtement, suivit l'exemple des autres; il vint au camp monté sur un cheval d'une blancheur éblouissante, avec une suite de mille personnes, et descendant à la porte de la tente du sheik, il se coucha dans la poussière ; il eût même jeté du sable sur sa tête, s'il n'en eût été empêché par ordre de ce dernier, qui le fit comparaître devant lui. Comme c'est l'usage en pareille occasion, le coupable était pauvrement habillé et avait la tête découverte. Il s'attendait réellement à être décapité ; mais quelles ne furent pas sa surprise, sa joie, lorsque le sheik, après avoir reçu sa soumission, le fit vêtir de huit belles chemises, et le renvoya avec une tête grosse comme six, à cause des pièces d'étoffes dont il la lui entoura. La politique habile du sheik obtint ainsi un résultat qui le dispensa de continuer son expédition ; et d'ailleurs, il n'ignorait pas lui-même que la voie des armes devait lui être fort chanceuse. La nation contre laquelle il avait été sur le point de se mesurer est puissante ; les Mungowiens peuvent mener au combat douze mille archers; leurs flèches sont beaucoup plus longues que celles des Felatahs, et ils ont

une manière de les empoisonner qui les rend infailliblement mortelles. On conçoit dès lors que le sheik ne dut pas manquer l'occasion de se concilier, par des moyens de douceur, un peuple qui possède des forces si imposantes, et qui, habitant les frontières duBornou, forme de meilleures troupes que celles des autres tribus. De plus, les Mungowiens combattent généralement à pied, tandis que la plupart des Bornowiens paraissent à cheval sur le champ de bataille. Or, dans ces contrées, c'est l'infanterie qui décide ordinairement la fortune de la guerre, et nous avons dit plus haut le grand cas que le sheik faisait

des fantassinskanembous, lesquels marchent toujours à l'ennemi en avant de sa cavalerie. Il lui importait donc beaucoup d'incorporer dans son armée les peuples du Munga ; l'expédition n'avait pas d'autre but, et elle réussit presque sans coup férir.

Rien de plus triste que les caravanes d'esclaves qui traversentla contréedeMungapour se rendreàTripoli; hommes,femmes et jeunes filles, sont tous accouplés au moyen d'anneaux en fer attachés à leurs jambes. Les marchands ont coutume d'engager un esclave à persuader à ses compagnons qu'en arrivant à Tripoli ils redeviendront libres, etseront habillés de rouge, cou-

(Guerrier mungowien.)

leur que tous les nègres aiment avec passion. Par de telles promesses on obtient d'eux qu'ils se soumettent tranquillement à leur sort, jusqu'à ce qu'ils soient trop éloignés de leur patrie, pour que leur évasion soit autrement possible qu'au risque de mourir de faim. Si les centaines et même les milliers de squelettes qui blanchissent au vent du désert, ne révélaient assez haut l'affreuse vérité, la bonne mine qu'ont encore les esclaves dans le Bornou où ils sont passablement nourris, comparée avec l'état pitoyable dans lequel ils arrivent au Fezzan, prouveraient d'une façon trop claire la vivacité des souffrances qui commencent pour eux à leur sortie de la contrée nègre. Les cérémonies du mariage dans cette partie de l'Afrique ont quelque chose de si bizarrement chevaleresque, de si supérieur à la ridicule monotonie

d'une noce africaine, où cinq cents individus se réunissent, couverts de broderies d'or, et restent à se regarder les uns les autres depuis le matin jusqu'au soir, que nous ne pouvons nous empêcher de les décrire. Le jour où doit s'accomplir la cérémonie nuptiale, c'est-à-dire la dernière des cérémonies qui constituent le mariage, car les époux sont en général fiancés un an d'avance , la musique de la ville ou de la tribu, consistant d'ordinaire en une cornemuse et deux petits tambours, va donner une sérénade à la jeune fille d'abord, ensuite au jeune homme, qui, selon l'usage, se promène par les rues splendidement habillé, avec une partie de la population à ses talons. Pendant ce temps, toutes les femmes, parées de leurs plus beaux atours, se rendent à la maison de la future, et se plaçant aux différents trous de la muraille

qui servent de fenêtres, regardent dans la cour. Quand elles sont ainsi placées, et que la future est en face d'une des fenêtres, avec la figure entièrement cachée par son voile, l'usage veut que les habits de noce, chemises de soie, châles, pantalons, voiles, pour montrer l'opulence des futurs époux, soient suspendus du haut en bas de la maison. Alors on permet aux jeunes chefs arabes de venir présenter leurs hommages ; ils sont précédés par leur musique, et deux ou trois femmes, dansant avec beaucoup de dignité un pas lent, s'avancent au centre de la cour, sous la fenêtre de la fiancée ; là, les dames saluent leurs visiteurs par des cris de joie, et ceux-ci rendent le salut en posant leur main droite sur leur poitrine, tandis qu'on les promène autour du cercle que forment les invités. Il est rare de voir dans aucun autre pays un pareil assemblage d'yeux noirs et brillants, de larges boucles d'oreilles et de dents blanches. Après avoir fait le tour du cercle, chaque homme remet son cadeau entre les mains delà principale danseuse qui le montre à la compagnie ; et les assistants applaudissent plus ou moins suivant la valeur de l'objet. Avant leur départ, tous les visiteurs déchargent leurs pistolets ; puis les dames les saluent par de nouveaux cris.

Lorsque cette cérémonie est terminée, l'épouse, un peu avant le coucher du soleil, se prépare à quitter la maison de son père; on lui envoie à cet effet un chameau, sur le dos duquel est une espèce de fauteuil d'osier, recouvert de fourrures et de châles. Elle y monte et se phice de manière à voir devant elle, et néanmoins à cacher tout à fait sa figure aux yeux des autres ; on la conduit de cette façon hors de la ville où sont réunis en foule des gens à pied et à cheval, porteurs d'armes à feu. Tous ces tirailleurs, par petits détachements de trois ou quatre, passent et repassent avec vitesse près du chameau de la jeune fille, faisant de fréquentes détonations de leurs armes à ses oreilles ; on tremble en songeant au péril qu'elle court, mais ce péril est, à ce qu'il paraît, un honneur qui console en pareil cas de la frayeur qu'on éprouve. Elle fait de cette manière trois fois le tour de la ville ; et ce qui n'égaie pas le moins cette scène, c'est que de temps en temps le jeune homme cherche à approcher du chameau de sa fiancée qui est entouré de négresses, lesquelles se mettent à crier et à le repousser dès qu'elles l'aperçoivent, au grand amusement des spectateurs. Enfin, les cavaliers, sans que les décharges de mousqueterie cessent, la conduisent au milieu d'eux et à la demeure de son futur; étant arrivée, il faut toujours qu'elle paraisse fort surprise et refuse de descendre de sa monture : les femmes hurlent, les hommes battent des mains, et elle finit par se décider à entrer dans la maison ; alors, quand elle a reçu un morceau de sucre dans sa bouche de la main de son fiancé, et qu'elle lui en a mis un autre dans la sienne, la cérémonie est achevée, et ils sont déclarés mari et femme par les assistants.

FRANCE. — MAGON (saône-et-loire).

Mâcon, ancienne ville de la Gaule celtique, faisait partie, avant l'invasion romaine, de la république des

Eduens. Les Romains s'en emparèrent, et la nommèrent Malisco yEduorum; ils y établirent des dépôts militaires, une vaste manufacture de flèches, de javelots, et plus tard la ville reçut le titre de cité; on y éleva des temples et plusieurs édifices publics, que les incendies et les malheurs d^s guerres ontentièrement détruits. Lorsqu'en 1758 on creusa les fondations du grand hospice, on déterra des vases, des statues de bronze et d'argent et divers autres objets précieux qui attestent que, sur cet emplacement, il exista autrefois un temple romaiu d'une grande magnificence. Onaégalement découvert dans les fouilles des fondations de l'église Saint- Vincent, en 1810, deux pierres avec des inscriptions romaines; l'une est le fragment d'un autel élevé à Jupiter-Tonnant et à Auguste ; l'autre est une pierre sépulcrale portant une inscription en l'honneur de Gallus, que ses vertus placèrent aux premiers honneurs, et auquel on érigea des statues. Des monnaies romaines y furent aussi trouvées, ainsi que plusieurs colonnes de diverses grosseurs et d'une qualité de granit qu'on ne rencontre plus dans les carrières du pays. Mâcon, sous les Romains, était bâti sur la hauteur dans l'emplacement des Jacobins; plusieurs chartes des vne et ixe siècles attestent que l'ancienne église Saint-Vincent était construite hors des murs.

Peu de villes ont plus souffert que Mâcon du pillage des hommes de guerre ; en 451, elle fut saccagée et réduite en cendres par les Huns, sous la conduite d'Attila ; à peine est-elle rebâtie, et voici les Sarrasins qui la ravagent de nouveau. Dans le ixe siècle, Lothaire voulant se venger des comtes Bernard et Guérin qui avaient contribué à rendre la liberté à son père, prit Mâcon, qu'il brûla en partie. Une charte de Louis le Jeune apprend que sous son règne la ville de Mâcon fut détruite et rasée par la malice de certains traîtres et déloyaux : Pcrfîdorum hominum ma~ lignitate vaslata, et solo fuit œquala urbs Matisconensis. Le motif de cette dévastation, ainsi que le nom des peuples qui la commirent, sont inconnus ; il est probable que ce furent les Brabançons, les mêmes qui, conduits par Guillaume, comte de Châlons, pillèrent Cluny, et, dans un vieux martyrologe, il est fait mention de plusieurs chanoines tués à Mâcon per Barbantioncs. « Cette misérable ruine de Mâcon exténua tous les habitants, et les rendit fort longuement si pauvres, qu'ils furent plusieurs ans avant que de se pouvoir résoudre à la réédifier. Toutefois, prenant courage, sur la fin du règne de Philippe-Auguste, la ville de Mâcon fut construite de nouveau et close de murs, et y furent faites six portes desquelles la première, qui et ùt celle du Pont, appartenait à l'évêque, qui y députait des portiers ; les portes de Bourgneuf etde la Barre étaient en la garde des hommes de l'évèque. La porte de la Citadelle et la porte Guichard-Vigier (depuis murée) furent en la garde du comte; enfin la sixième, la porte Saint-Antoine, était commise à un prud'homme agréé par le comte et le chapitre. »

Quelques années après cette reconstruction de Mâcon, on vit surgir de nouveau certaine vermine d'hommes, comme le dit un chroniqueur, gens nés au dommage d'autrui, qui prirent licence de piller, saccager etbrûlerles églises et les monastères. Cependant les troubles que ces péndards et ennemis d'un cha-

cun avaient suscités ayant pris fin,et1 es principaux chefs punis, les affaires des églises de Màcon demeurèrent en quelque tranquillité, mais non toutefois si durable qu'elle n'ait été encore interrompuepardesinfoitunes et inconvénients prodigieux. « Etsous le règne du roi Louis XI, les chanoines de Saint-Pierre, ayant souvenance des misères jadis souffertes, se résolurent de se mieux assurer; pour ce, ils firent ceindre leur monastère de forts murs, quatre grosses tours aux quatre coins et quatre autres sur les flancs, lesquelles, avec les tours de deux superbes portails à ponts-levis, faisaient une forteresse de furieux aspect. Mais, voici ce qu'il advint : Ledit roi Louis XI étant venu faire la guerre au duc de Bourgogne, les gens de son armée eurent grande envie de tourner visage contre Màcon, et de fait, leurs coureurs en approchaient souvent fort près. Les Maçonnais étant donc en attente du siège, il arriva qu'un chanoine de Saint-Pierre, qui avait la conduite de l'horloge, monta de nuit au clocher pour y rhabiller quelque chose; mais d'autant qu'il portait une lanterne, les Maçonnais se dirent qu'il avait intelligence avecles ennemis loges es environs, et qu'il leur était allédonnersignalavec son feu. Ce bruit de ville échauffa si fort les esprits des soldats et de la populace, que d'une fureur (à laquelle l'autorité du gouverneur ne put résister ) ils envahirent ce monastère, et y exercèrent leur rage avec si grande animosité, que tous les meubles furent pris et enlevés, les bâtiments ruinés et abattus en trois jours, tellement quecebeau etsomptueux monastère fut réduit en masure et amas de ruines, l'an 1470, environ carême prenant. Cette désolation étonna grandement les chanoines qui furent contraints de se retirer séparément chez leurs parents; mais, ajoute le moine chroniqueur dans son indignation, si jamais en quelque part le proverbe ancien s'est trouvé vrai :

Jamais chien le verrou d'église n'a rongé Qu'il n'ait senti le fouet, ou ne soit enragé,

c'a été par rapport à Màcon, car de tous ceux qui ont envahi jadis le bien de l'Eglise, nul n'en est enfin demeuré impuni.»

Pendant les guerres de religion, au xvie siècle, la ville de Màcon fut prise et reprise plusieurs fois par les troupes des deux partis. Le siège le plus remarquable qu'elle ait soutenu est en 1567, contre les troupes royales. Après plusieurs jours de famine, les habitants, n'en pouvant plus, et craignant un assaut, demandèrent^ capituler. Le duc de Nevers,chef de l'armée, assembla un conseil de guerre, dans lequel furent admis les gentilshommes maçonnais qui servaient dans son armée; presque tous opinèrent pour que les évangélistes fussent passés au fil de l'épée; mais l'esprit de modération du duc de Ne vers repoussa ce moyen extrême, et on accepta la capitulation, qui fut signée le 4 décembre ; la garnison déposa les armes et se retira à Genève. Toutefois, au milieu de ces calamités, il s'ensuivit encore la ruine des églises de Màcon , « et chose singulières» eut à déplorer, même l'église cathédrale, laquelle fut dépouillée de toutes ses bellesses et ornements, mêmement des sièges du chœur, qui étaient bien des plus riches et singuliers de France, tous peints et historiés de personnages du Vieil et Nouveau Testament avec un art incroyable, elïi-jic sur certaine pâte quasi toute

recouverte d'or et azur. » Cette église, dontnous donnons la gravure, fut rebâtie quelques années plus tard; on la flanqua de deux grosses tours, et les décorations intérieures étaient de toute magnificence. Elle a été dévastée de nouveau en 1793, et maintenant elle est bien déchue de son antique splendeur.

Màcon est une ville agréablement située, dans une contrée fertile, sur la rive droite de la Saône. Elle est bâtie sur le penchant etau piedd'un coteau, et comme toutes les anciennes cités, ses constructions sont irrégulières, ses rues étroites, mal percées, pavées de cailloux roulés qui rendent la marche pénible ; les places sont propres, mais petites et sans ornements. Toutefois les constructions modernes dont cette ville s'embellit chaque jour, sont grandes et de bon goût. Depuis la démolition de ses remparts, elle est entourée de boulevards, d'où la vue se repose avec plaisir sur les jardins et les maisons de campagne qui l'environnent. Le quai qui longe le cours de la Saône est large, élevé, d'une vaste étendue, bordé de jolis hôtels et de cafés élégants; il offre une promenade très-fréquentée, formée de belles allées d'arbres qui se prolongent au-dessus et au-dessous de la ville, le long de la rivière. Quoique dans une situation excentrique, à l'extrémité septentrionale du département de Saône-et-Loire, Màcon en est le cheflieu ; ses principaux édifices sont l'hôpital, commencé en 1758, et achevé douze ans plus tard sur les plans du célèbre Soufïlot ; la maison de la Charité dont l'établissement date de 1680, et l'hôtel de la préfecture, bâti en 1618, par Gaspard Dinet, évêque de Mâcon, sur l'emplacement de l'ancienne citadelle, et qui était, avantla révolution, la résidencede l'évêque. Un pont de douze arches, au-dessous duquel la Saône forme une île d'un gracieux aspect, réunit la ville au bourg de Saint-Laurent qui appartient au département de l'Ain. On voit au milieu la colonne qui limite les deux départements. Ce pont est ancien, mais on ignore l'époque précise de sa construction ; il passe dans le pays pour avoir été bâti par César : cette assertion est inexacte, car il est constant qu'il n'existait pas, même au milieu du xe siècle. Lès le règne de Charles le Chauve, les Juifs avaient été reçus à Màcon; on leur traça une enceinte dans laquelle ils durent demeurer, et qui prit le nom de Sabbat. Ils construisirent, au nord de la ville, un pont qui a retenu le nom de Pont-Jud, Pons Judœorum, et qui vient d'être démoli.

Mâcon était anciennement l'un des premiers sièges de justice, et des quatre bailliages généraux du royaume ; la sénéchaussée de Lyon dépendait du bailliage de Mâcon ; et quoique les ducs^ de Bourgogne, au faîte de leur puissance, se soient emparés du Maçonnais, jamais il n'a été sous leur juridiction absolue, et les rois de France s'y sont toujours réservé un siège pour leurs baillis; lesquels, expulsés de Mâcon par les armes des ducs Philippe le Bon et Charles le Téméraire, se réfugièrent àSaint- Gengoulx, pour cette cause nommée depuis, Saint- Gengoulx-le-Royal. « Le roi Louis XII était coutumier de dire qu'il avait quatre villes, sinon semblables, du moins fort pareilles en situation, Blois, Mâcon, Château-Thierry et Joigny. Et de vrai toutes quatre sont exposées à l'orient, se relèvent petit à petit jusqu'au sommet d'un terrain, lequel s'étend eu

plaine fertile et de bonïapport ; chacune flanquée de sa grosse rivière, avec son pont de pierre, son grand fau- Lourgau bout, et sa belle prairie. Mais comme Mâcon est entre les quatre la moins élevée, aussi est-elle la moins pénible à gravir ; ce qui fait conjecturer que si les rois de France avaient pris coutume de la fréquenter, le séjour y eût été aussi somptueux et agréable qu'en aucune des autres. »

Mâcon eut jusqu'en 1250 des comtes héréditaires. Les chroniques des couvents rapportent l'anecdote suivante du comte Girard, qui se montra toujours grand amateur des biens ecclésiastiques. L'abbaye de Tournus avait à Louans un port, lequel rapportait un profit considérable en sel, qu'on distribuait chaque année aux pauvres dans la première semaine du carême. Girard, de sa propre autorité et sans aucune cérémonie, en établit, un beau jour, un autre à trèspeu de distance. Les moines lui représentèrent en vain l'injustice de cette entreprise; il ne tint compte de leurs remontrances. Longtemps après, il vint à Tournus avec une grande suite, et entra dans l'église de Saint - Philibert ; comme il s'y promenait en triomphe, il arriva par hasard qu'il s'arrêta seul devant l'autel de saint Philibert pour se mettre en oraison. Pendant qu'il y était, un moine tenant une crosse en mains, descend de derrière l'autel, et se posant devant le comte, lui dit : «Comment as-tu été si hardi d'entrer dans mon monastère et dans mon

église, toi qui ne crains pas de m'enlever mes droits et mes revenus ? » Après ces paroles, il prit le comte par les cheveux, le renversa par terre et lui donna force coups de crosse avec vigueur. Le pauvre comte, tout ébahi, promit avec serment d'abandonner son nouveau port : il tint parole; et non content de cette concession, il envoya à l'église de Tournus un riche tapis de soie cramoisi tissu d'or, et plusieurs autres présents, telles que chapes, dalmatiques, et aumusses, enrichies de diamants et pierreries. L'an 1239,1e comte Jean et Alix sa femme, se voyant sans enfants, vendirent le comté de Mâcon au roi saint Louis pour la somme de 10,000 livres, et 1000 livres de pension viagère ; à leur mort, saint Louis réunit ce pays à la couronne. Un siècle plus tard, et presque jour pour jour, le dauphin Charles, régent du royaume pen- - dant la prison du roi Jean, donna le comté de Mâcon, en augmentation d'apanage, à son frère le duc de lierry. Le comté de Mâcon rentra au domaine après le décès de ce prince. L'an 1435, par le traité d'Arras, il fut octroyé à Philippe le Bon, duc de Bourgogne, puis réuni de nouveau à la couronne par Louis XI. François Ier, prisonnier à Madrid, le céda à l'empereur Charles-Quint ; mais par le traité de Cambrai, conclu en 1529, on arrêta que le comté de Mâcon serait rendu au roi, ce qui fut confirmé à Crépi en 1544. Depuis cette époque il n'a cessé de faire par lie de la monarchie de France. A. Mazuy.

(Ancienne cathédrale de M;Uop.)

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Paris, imprimerie de DECOLP.CHAM , lue d'Elfurth, . , près de l'Abbaye. — Presse mécanique.

m.J^> m. fia»«jOT

MONUMENTS DE PARIS

(Hôtel des Invalides.)

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