‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 155 sur 242 · RECHERCHES SUR LES NAINS · texte numérisé non relu

RECHERCHES SUR LES NAINS

On doit entendre par nain un être chez lequel toutes les parties du corps ont subi une diminution générale, et dont la taille se trouve ainsi de beaucoup inférieure à la taille moyenne de son espèce ou de sa race. Celte définition, due à M. Geoffroy Saint- Hilaire, s'applique parfaitement à Mathias Gullias, ce nain de vingt-deux ans qui a été montré à l'une des dernières séances de l'Académie. Né de parents bien conformés, il a cessé de croître à l'âge de cinq ans. Sa tête est volumineuse, sa figure expressive et' régulière, sans apparence de barbe; la poitrine est large et bien développée ; la colonne vertébrale droite; les bras et les jambes proportionnés à sa taille de 3 pieds.

Les auteurs les plus anciens ont parlé des nains ; ils en admettaient des peuplades entières dans les régions les plus arides et les plus desséchées de l'Afrique. Mais cette hypothèse est sans fondement, et l'existence des Troglodytes dans l'Abyssinie n'est pas plus digne de foi que celle des Pygmées, petits hommes que les Grecs supposaient toujours en guerre contre les grues. Abstraction faite de ces nations imaginaires, et de quelques histoires particulières, telles que celle d'un poète nommé Philétas, si petit et si léger, qu'on était obligé de lui mettre des semelles de plomb pour l'empêcher d'être renversé par le vent, il est au moins incontestable que des nains ont été observés dans l'antiquité. Marc-Antoine en avait un dont la taille était de moins de 2 pieds, et auquel il donnait par dérision le surnom de Sisyphe. Domitien en fit rassembler un assez grand nombre pour pouvoir en composer une troupe de gladiateurs. Dans les temps modernes, on en voit sur le nouveau continent.

Lors de la conquête du Mexique, les Espagnols trouvèrent, dans le palais de Montézuma, plusieurs nains conservés pour l'amusement de ce prince. En Europe, la mode des fous de cour étant tombée vers la fin du xvie siècle, ce fut aux nains qu'on accorda le triste privilège de les remplacer. Catherine de Mé-

dicis en avait réuni un certain nombre des deux sexes, entre lesquels elle se plaisait à former des mariages, qui presque toujours demeuraient stériles. On cite aussi une électrice de Brandebourg qui ne put davantage léguer une race de ces petits êtres aux plaisirs de la postérité. Cependant cette règle a ses exceptions. Les journaux anglais annonçaient, ces jours derniers, la naissance à Londres d'un nain de 13 pouces et demi, et pesant 1 livre 4 onces. Malgré sa naissance à terme et sa conformation extérieure parfaite, il n'a pas vécu plus d'une heure. Ce qui rend surtout ce fait remarquable, c'est la taille des parents. Loin d'être d'une stature ordinaire, comme on l'observe chez tous ceux qui engendrent des nains, don Santiago de LosSantos et sa femme Anna Hopkins sont nains eux-mêmes. Don Santiago est né à Manille. Abandonné à dessein dans une forêt, il fut sauvé par le vice-roi, qui le vit à la chasse et en eut pitié. Son père a 6 pieds et demi, et sa mère est d'une taille moyenne. Mais lui n'a pas plus de 25 pouces de haut, et il est âgé de quarante ans. C'est à Birmingham qu'il a fait connaissance de sa femme, âgée de trente et un ans, et plus grande que lui de 13 pouces. Tous deux se sont aimés dès le premier instant, et leur union a été célébrée dans cette ville le 14 juillet 1832. Don Santiago est doué d'une bonne constitution ; il parle plusieurs langues, et aime la musique et les objets d'orfèvrerie. L'eau chaude est sa boisson habituelle ; les jours de fête il se permet seulement un peu de vin de France. Sa femme est remarquable par sa gentillesse; en un mot, c'est un ménage parfait.

Le nanisme peut n'exister que temporairement. M. Virey rapporte l'histoire d'un enfant nain, qui vers l'âge de quinzeans, se développa rapidement etne tarda pas à atteindre 5 pieds. D'autres fois des sujets nés avec les dimensions normales s'arrêtent bientôt dans leur accroissement général, et restent toute leur vie audessous de la taille de l'adulte : c'est le cas de Mathias Gullias. Enfin des enfants, remarquables par leur extrême petitesse en venant au monde, sont nains à toutes les époques de leur existence. Ces trois genres de cas comprennent toutes les anomalies par diminution de la taille.

Les nains sont en général irascibles et turbulents. Chez eux la circulation et les autres fonctions s'opèrent avec plus de rapidité, puisque le tour et l'espace sont plus circonscrits; ilsdeviennent donc plus tôt pubères, et le cercle de leur vie étant plus promptement parcouru, ils sont vieux et cassés de bonne heure. Quelques-uns meurent caducs et infirmes avant vingt-cinq ans ; d'autres poursuivent une longue carrière et conservent leur bonne santé dans un âge très-avancé. Les uns, comme le célèbre Bébé, sont presque idiots ; d'autres, comme Borwilaski, gentilhomme polonais, montrent au contraire une intelligence peu commune. Jeffery Hudson, favori d'Henriette de France, reine d'Angleterre, fit preuve de courage ; on sait qu'à la suite d'une querelle avec un nommé Croft, il ne craignit pas de l'appeler en duel. On se battit à cheval, au pistolet ; Croft fut blessé à mort au premier coup.

Les causes du nanisme ne sont pas entièrement connues. Cependant le rachitisme produit le plus ordinairement ces arrêts dans le développement général

que l'on voit survenir après la naissance, et, par analogie, on est porté à lui attribuer de même ceux qui surviennent pendant le cours de la vie fœtale. Celte opinion est d'ailleurs pleinement confirmée par ce fait que presque tous les nains ont, dès leur première enfance, les caractères de ce qu'on nomme la constitution rachitique. Le squelette de Bébé présente des courbures évidentes dans l'épine dorsale et les os des jambes. Mathias Gullias est mieux conformé. On ne remarque chez lui aucune trace de rachitisme ; son esprit est cultivé; il parle cinq langues : le croate, l'illyrien, l'allemand, le français et l'italien. Il monte à cheval, tire un fusil avec adresse, et cause agréablement. La puberté chez lui s'est déclarée à l'âge des autres hommes ; il songe à se marier avec une personne de sa taille, qu'il a rencontrée en Italie.

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