‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 16 sur 242 · CANTON DE GLARIS · texte numérisé non relu

CANTON DE GLARIS

VALLÉE DE KLONTHAL.

Après une rude et difficile ascension de deux heures, on arrive au pied du mont Glarnisch, et, en traversant le hameau romantique deRiedern et un pont couvert, on recommence à monter à une petite distance de la Lôntsch, qu'on entend gronder et bouillonner au fond d'une effroyable gorge. Là , une transition soudaine et singulière a lieu. Au spectacle de la désolation succède un charmant paysage, et les yeux se reposent agréablement sur une des vallées les plus délicieuses des Alpes , la vallée de Rlonthal. Le brillant miroir des eaux du lac, ses rives couvertes d'une riche verdure, les petites habitations répandues çà et !à et qu'ombrage le feuillage touffu de l'érable et du bouleau ; tout enfin donne, dans la belle saison, une idée de l'Éden.

Le sentier, qui tourne à l'ouest et traverse le torrent, conduit aux riches prairies de Teufen-Wiukcl , arrosées jusqu'à Glarnisch par une foule de ruisseaux. Là on voit inscrit sur un immense bloc de granit le nom de Gcssner, avec des éloges de la part de deux de ses compatriotes, ses justes admirateurs. Un groupe d'arbres étend son feuillage sur ce roc; les cascades et les torrens font entendre leur bruissement dans les environs; aucun lieu enfin ne pouvait être mieux choisi et n'était plus convenable pour élever un monument à celui qui, comme poète et comme peintre, a chanté dans un langage si passionné les beautés de la nature et les bienfaits de la Divinité.

Au milieu du berceau de la liberté, le villaue de Nâfels est un lieu de pèlerinage, un second Morgarten, où les intrigues de l'étranger échouèrent de nouveau, et où le courage des patriotes fut mis à une rude épreuve; car ils eurent à lutter tout à la fois contre la trahison au dedans, contre le despotisme au dehors.

En i388 , "VVesen , près du lac de Wallenstadt , appartenait à Glaris , et était gouverné avec une rare modération; et néanmoins leshabitans, loin d'avoir réellement pour leurs maîtres l'attachement qu'ils affectaient, désiraient rentrer sous l'autorité autrichienne, et prenaient en secret leurs mesures pour effectuer cette réunion. Afin de parvenir à leur but , ils avaient réussi à introduire, dans des futailles ou par d'autres moyens clandestins, un détachement de soldats autrichiens, qu'ils cachèrent dans leurs caves ou dans d'autres lieux retirés ; et tout cela sans que Glaris en conçût le moindre soupçon : pour que la trahison fût mêr.«e complète, ils demandèrent un renfort de cinquante hommes qu'on leur envoya. Alors, la veille de la Saint- Mathieu, les Autrichiens, ainsi que cela était convenu, se rassemblèrent, au nombre de six mille hommes, et se dirigèrent sur Wesen , les uns par le lac, les autres par terre; pendant ce temps, dans la ville qui jouissnit du calme apparent, les soldats et les citoyens qui étaient du complot attendaient le signal pour se jeter sur la garnison qui ne se doutait de rien, et pour la passer au fil de l'épée.

Au moment où les assaillans eurent concentré leurs forces sous les murailles, le signal du massacre fut donné : des torches furent placées à chaque fenêtre, et la ville illuminée en un instant; des citoyens armés, arborant les aigles de l'empire, se précipitèrent dans les rues, les portes furent ouvertes de force, et, à chaque entrée dans la ville, le sang coula des deux côtés. Conrad d'Au, citoyen d'Uri, commandant la garnison suisse, fut tué sur le lieu même, ainsi que trente de ses hommes, tandis que les autres ne purent éviter la mort qu'en se précipitant des murs de la ville dans le lac , et en se sauvant à la nage. La nouvelle de cette trahison et du carnage qui s'en était suivi parvint à Glaris avec la rapidité de l'éclair, et excita l'indignation des confédérés. Une poignée de ces hommes intrépides, ayant à leur tête l'étendard de la liberté, volèrent aux frontières, vers lesquelles les Autrichiens s'étaient déjà avancés avec toutes leurs forces. Là, les bergers de Glaris les attaquèrent; et, par des escarmouches continuelles, les tinrent pendant quelques jours en respect. Cependant, comme, les neiges commençaient à intercepter les communications dans les montagnes, et que les patriotes ne recevaient aucun renfort de Schwvz, ils se virent forcés de faire des

propositions de paix. Elles furent accueillies avec tant de hauteur, on voulait imposer des conditions si humiliantes aux confédérés, que ceux-ci se déterminèrent, quel que fût leur petit nombre, à lutter jusqu'au dernier, et à ne jamais acheter la paix par la perte de leurs anciens droits.

Alors, deux cents hommes de Glaris, commandés parAm-Buel, se portèrent près de Nafels, attendant l'attaque de l'ennemi qui s'approchait au nombre de six mille hommes, c'est-à-dire dans la proportion de trente contre un. Voyant l'infériorité des moyens qu'elles avaient pour défendre le pays, les autorités de Glaris, préparées à tous les malheurs, envoyèrent dans les montagnes les femmes et les enfans, et dépêchèrent en même temps des messagers à Schwytz et à Uri, pour réclamer assistance. Dans l'intervalle, les Autrichiens réussirent à forcer les retranchemcns de Nafels, et Am-Buel, dont les forces s'élevaient alors à cinq cents hommes, se retira vers la montagne de Ruti, qui protégeait son arrière-garde , tandis qu'un terrain montueux mettait son front à couvert de la cavalerie ennemie. Le désordre commençait à se mettre parmi celle-ci, par l'effet de la chute des fragmens de rochers que les patriotes faisaient rouler du haut de la montagne, et qui, en portant la confusion dans les rangs ennemis, mettaient les patriotes à même de maintenir une lutte si inégale. Néanmoins, les Autrichiens continuèrent d'avancer vigoureusement ; et, plus les

obstacles croissaient, plus ils redoublèrent d'efforts pour les surmonter. Enfin , un grand cri, qui parut ébranler la montagne elle-même, causa parmi eux une terreur panique. L'infanterie et la cavalerie, se mêlant dans le plus grand désordre, quittèrent le champ de bataille sans reconnaître aucune autorité, et cherchèrent leur salut dans la fuite. Le cri qui avait produit un effet si favorable aux Suisses, venait d'un petit détachement de trente volontaires de Schwytz, qui, en arrivant au secours de Buel, avaient annoncé leur approche et l'appui qu'ils venaient apporter à la cause de la patrie. Restés maîtres du terrain, les hommes de Glaris poursuivirent l'ennemi et en firent un grand carnage, rappelant aux fuyards, lorsque ceux-ci tombaient sous les coups de leurs lances et de leurs bâtons ferrés, le massacre de Wesen et le meurtre de Conrad. Plus de deux mille cinq cents Autrichiens périrent sur le champ de bataille, ainsi que dans la plaine des environs, en fuyant. Beaucoup se jetèrent dans la Linth et y trouvèrent leur tombeau. Le pont de Wesen se rompit sous le poids des fuyards, et une foule de fantassins et de cavaliers périrent dans le lac. Cette bataille fut livrée le 9 avril 1 388 ; et, actuellement encore, les habitans de Glaris célèbrent l'anniversaire de leur victoire le premier jeudi du même mois, et on proclame les noms de ceux qui périrent sur le champ de bataille , et de ceux qui survécurent à cette lutte sacrée en faveur de la liberté.

Laitier de la Vallée de Klonthal.

Les Bureaux cl' Abonnement et de Vente sont rue des Grands-Âuguslins , 20."

Imprimé par la presse mécanique île C1\LT£ , à Cuibeil.

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