‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 17 sur 242 · OCTOBRE ET NOVEMBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE ET NOVEMBRE

Le glorieux soulèvement de la Grèce durait depuis cinq ans avec des succès variés ; les sympathies du monde civilisé semblaient acquises à ces Hélènes Tome iv. — Octobre 1836.

qui mouraient en défendant la croix. Tant que le mouvement religieux s'était mêlé aux troubles politiques du Piémont, à la révolution d'Espagne, il y avait eu hésitation parmi les puissances , et le congrès de Véronne avait même repoussé avec une sorte de dureté diplomatique les prières de la Grèce; mais, à la mort de l'empereur Alexandre, il éclata dans l'empire russe une si violente sympathie pour les Grecs , qu'il eût été impossible à l'empereur Nicolas, son successeur, de comprimer cet élan qu'imprimait une commune

croyance. Le cabinet de Saint-Pétersbourg déclara donc à l'Europe qu'il était décidé à prêter secours à la Grèce; et l'Angleterre, qui voyait avec méfiance l'accroissement que l'influence russe prendrait sur la Méditerranée, si la Russie seule intervenait, consentit , de concert avec la France, à un traité spécial qui fut signé à Londres , et dont l'objet était de mettre un terme aux malheurs des Grecs.'On y stipulait l'indépendance des Hellènes, la limitation de la Grèce; et, comme dernière clause , on déclarait que la Porte-Ottomane serait contrainte à accepter les articles arrêtés parles trois puissances.

Tandis que le Grand-Seigneur faisait toutes ses dispositions pour annuler ou éluder les effets de l'intervention , les puissances qui s'en étaient chargées réunissaient des forces navales , destinées à la faire respecter. Elles envoyèrent dans la Méditerranée , chacune une escadre de quatre vaisseaux de ligne, quatre frégates , et quelques bâtimens légers , dont les commandans , le vice- amiral Codrington pour la Grande-Bretagne, le contre-amiral de Rigny pour la France, et le comte de Heiden pour la Russie, se concertèrent sur les mesures à prendre afin d'amener une suspension d'armes, ou d'empêcher les hostilités entre les forces grecques et ottomanes. Un officier anglais était allé en Egypte pour prévenir le pacha des arrangemens pris, et l'inviter à suspendre le départ de l'expédition préparée dans le port d'Alexandrie ; mais le pacha, à qui l'on avait si souvent supposé des projets d'indépendance, avait déclaré sa résolution décidée de suivre les ordres et la fortune du Grand- Seigneur, son suzerain. Aussi, quelles que fussent toutes les représentations des envoyés de la France, de l'Angleterre et de la Russie, l'expédition turco-égyptienne , composée en tout de 92 voiles , sous les ordres d'Ibrahim et du capitan Tahir-Pacha , sortit du port d'Alexandrie , échappa aux croisières des puissances alliées, et entra, le 9 septembre i 827 , dans le port de Navarin.

Cherchons , dans une analyse rapide, à pénétrer la cause , jusqu'à ce jour peu connue , qui amena le brusque conflit entre les forces navales d' Ibrahim et des alliés.

L'amiral anglais , informé le premier de l'entrée de la flotte turco-égyplienne à Navarin , se mit en croisière devant ce port, en attendant l'arrivée des escadres française et russe. Le 19 septembre, Ibrahim fit partir Tahir-Pacha avec une division de sa flotte , dans l'intention de savoir comment se conduirait l'amiral anglais, qui croisait seul depuis quelques jours devant Navarin; mais aussitôt que sir Edouard Codrington vit sortir lesbâtimens turcs, il envoya une frégate auprès de Tahir-Pacha, pour lui annoncer qu'il fallait qu'il retournât à Navarin, ou qu'il emploierait la force pour l'y contraindre. « Cette notification, répondit le commandant turc , me paraît fort étrange, et je dois en informer Ibrahim , mon général en chef. » Ibrahim, à peine instruit de ces menaces , déclara à l'amiral anglais qu'il ne commencerait pas les hostilités , sans en avoir reçu l'ordre formel de la Sublimi -Porte; qu'en conséquence il avait donné l'ordre; au capitan-pacha de rentrer à Navarin. « Mais , ajouta-t-il , je sortirai moi-même avec toute ma flotte, si mon plan de campagne l'exige; et, sans égard aux forces combinées qui voudraient s'y opposer, je m'exposerai plutôt à tous

les dangers, quelque grands qu'ils soient , afin de remplir le devoir d'un général d'armée, qui ne doit pas interpréter les instructions de son gouvernement. »

Le 21 au matin , l'escadre française rallia la division anglaise devant Navarin. Le 23 , les deux amiraux demandèrent une audience à Ibrahim qui la leur accorda. « Nous avons reçu de nos cours, lui dirent-ils, l'ordre formel de faire cesser l'effusion du sang, et de contraindre par la force, celle des deux parties belligérantes qui s'y refuserait ; les Grecs se sont soumis à celte résolution ; si vous voulez continuer seul les hostilités, vous mettrez votre flotte dans le plus grand danger, en sacrifiant les intérêts de sa Hautesse, intérêts que vous devez protéger et défendre. »

Les deux amiraux s'efforcèrent de faire comprendre à Ibrahim l'insuffisance des moyens de résistance de la Porte, contre la volonté des puissances alliées. Ibrahim les écouta avec autant de sang-froid que d'attention : « Serviteur de la Sublime-Porte , répondit-il, j'ai reçu des ordres pour pousser la guerre en Morée; cependant, le cas qui se présente n'étant pas prévu , je vais expédier des courriers à Constantinoplc et en Egypte , et , jusqu'à leur retour , j'assure sur l'honneur qu'aucun bâtiment de ma flotte ne sortira de Navarin.»

Cette assurance ne tarda pas à être violée. L'escadre anglaise s'était dirigée surZante, et l'escadre française sur Milo, pour y refaire leurs vivres; elles avaient laissé chacune une frégate, le Darmouth et l'Armide, devant Navarin , pour observer les mouvemens de la flotte ottomane. A peine l'amiral Codrington avait-il mouillé à Zante, qu'un signal lui apprit que trente navires turcs, au mépris de l'armistice , étaient sortis de Navarin , aussitôt il reprend la mer, va droit à l'amiral turc, se plaint, du manque de foi et lui déclare qu'il est prêt à s'opposer par la force à son passage. De son côté, M. de Rigny, prévenu en même temps que le commandant anglais, reprit avec son escadre la route de Navarin. Les forces russes étant enfin arrivées , les trois amirauxse réunirent : « Et , dit le bulletin officiel publié sur cette entrevue, considérant la violation de la suspension d'armes consentie par Ibrahim Pacha , la continuité du système d'extermination poursuivi par ses troupes dans la Morée, l'inutilité des représentations qui lui ont été faites , nous avons arrêté de prendre position avec nos escadres dans le port de Navarin , pour renouveler à Ibralrim des propositions évidemment dans l'intérêt de la Porte elle-même. »

Cette résolution prise, le commandement fut déféré, aux termes des instructions, au plus ancien des trois amiraux. C'était le vice-amiral anglais, sir Edouard Codrington, lequel arrêta les dispositions nécessaires. Le 20 octobre à midi , les trois escadres se mirent en ligne de bataille. La flotte turque se composait de trois vaisseaux de ligne , un vaisseau rasé , dix-neuf frégates, vingt-six corvettes, douze bricks et cinq brûlots. Les forces alliées consistaient en dix vaisseaux de ligne, dix frégates et quelques bâtimens légers.

Le signal donné pour forcer l'entrée du port, l'amiral anglais prit la tète de la ligne avec les vaisseaux de sa division. L'escadre française se plaça immédiatement après lui, ayant en tète la Sirène, sur laquelle était le pavillon de l'amiral de Rigny. Les Russes , au nombre de quatre vaisseaux et de quatre frégates, formaient l'arrière-garde. Les six bâtimens de tète passèrent à portée de pistolet des batteries de Navarin,

'Il

sans en être inquiétés; font semblait annoncer qu'il ne serait pas brûlé une amorce clans cette journée. Toutefois , la frégate le Darmouth , qui avait été détachée de l'avant-garde pour aller dire aux brûlots turcs de s'éloigner du mouillage occupé par les escadres alliées, vint jeter l'ancre près de ces bàtimcns et leur expédia quelques embarcations. Un coup de fusil parti de l'un des brûlots tua le midshipman à qui le capitaine anglais avait confié le commandement d'une de ces embarcations. Une vive fusillade s'ensuivit entre le Darmouth et les brûlots ennemis. Il était alors deux heures après-midi.

Sur ces entrefaites, un canot ayant été envoyé en parlementaire, par l'amiral Codrington , à bord du vaisseau amiral turc, le maître pilote anglais fut tué par un coup de fusil , tiré de ce vaisseau ; au même instant une fréjrate lança deux ou trois boulets sur la Sirène, celle-ci riposta par sa bordée de tribord, et en un clin d'œil la bataille devint générale sur toute la ligne. A sept heures du soir , la flotte turco-égyptienne avait cessé d'exister. Plus de cinquante bàtimens étaient brûlés ou détruits; aucun n'était tombé au pouvoir des alliés; tous ceux qui étaient hors de combat étaient brûlés par leurs propres équipages, et l'amiral turc fit sauter son navire avec banderolles déployées. ( Voyez la gravure à la fin du numéro ) « C'était , dit un témoin oculaire, le plus horrible et le plus magnifique spectacle à la fois , que de voir se succéder les incendies et les explosions , dans l'enceinte étroite où s'était livré le combat. » L'acharnement des Turcs fut incroyable; plusieurs bàtimens alliés engagés sous leur feu , à une portée de pistolet, furent si maltraités dans leurs mâtures et dans leurs gréemens, qu'il fallut les envoyer à Malte et à Toulon , pour être réparés. L'escadre française perdit quarante-trois hommes tués, dont vingt-un sur la seule frégate la Sirène, montée par M. de Rigny; elle eut soixante-six hommes blessés grièvement. Les Anglais comptèrent soixante-quinze tués et près de deux cents blessés. L'escadre russe avait un peu moins souffert, mais n'avait pas montré moins d'habileté dans ses manœuvres et de vigueur dans le combat.

Ces pertes étaient peu considérables, en comparaison de celles de la flotte ottomane, qu'on évalua à plusieurs milliers d'hommes, et cette différence fut expliquée par leur infériorité dans le service de l'artillerie. La plupart des explosions qui les décimèrent , furent le résultat du désordre qui régnait à leurs bords dans le maniement des poudres et de la maladresse de leurs artilleurs.

Dans les plus saintes causes, il y a toujours des accidens qui les dégradent. C'est une chose triste à dire au milieu des sympathies générales, les Grecs n'abandonnèrent pas leur vieux métier d'écumeurs de mer. La bataille de Navarin, qui avançait tant leur cause , ne les empêcha pas de continuer les déprédations dont le commerce européen souffrait depuis plusieurs années dans les mers du Levant; presque tous les bàtimens grecs , convertis en corsaires, attaquaient indifféremment les navires ennemis , neutres ou amis ; en cas de résistance , ils se livraient à des cruautés révoltantes envers les navigateurs, puis se partageaient impunément les bénéfices immenses de leurs pirateries. H avait été établi à Égine , et sur quelques autres

points , des commissions ou tribunaux chargés de prononcer sur la validité des prises ; mais les pirates y trouvaient moins des juges que des protecteurs, et souvent même des associés. Déjà des représentations énergiques avaient été faites à ce sujet ; les amiraux Codrington et de Rigny avaient écrit, au gouvernement d'Egine , des lettres qui ne laissent aucun doute à l'histoire sur ces odieuses pirateries exercées par les navires grecs, au moment où les flottes alliées venaient protéger la cause de leur patrie.

On trouve parmi les événemens de cette époque, un trait glorieux pour les annales de la marine, noble dévoûment digne des jours de l'antiquité. L'héroïque action de Bisson est un de ces épisodes qui déshonorent la régénération de la Grèce ; cependant, il serait injuste de faire subir à l'esprit général d'un peuple , toute la responsabilité d'un acte qui fut le fait seul de quelques pirates.

La corvette française la Lamproie , étant au mois d'octobre, encroisière sur les côtes deSyrie, s'empara du brick grec le Panayoti ayant soixante-six hommes d'équipage. Ce pirate, conduit d'abord à Alexandrie, y fut reconnu par plusieurs bàtimens qu'il avait pillés. On mit l'équipage à bord d'une frégate qui partait pour Smyrne, à l'exception de six hommes qu'on laissa sur le brick; l'enseigne Bisson et quinze marins français complétèrent l'armement de ce bâtiment. Tous deux faisaient route de conserve dans l'Archipel , lorsque le mauvais temps les ayant séparés dans la nuit du 4 novembre, la prise fut obligée de relâcher dans l'île de Stampalie.

Deux des prisonniers grecs restés à bord, s'étant jetés à la nage, parvinrent à gagner la terre : « Cette circonstance, dit M. de Rigny dans son rapport officiel adressé au ministre de la marine , cette circonstance conduisit M. Bisson , qui commandait la prise , à se mettre sur ses gardes; car, ayant servi long-temps dans la station , il n'ignorait pas que toutes les îles de l'Archipel fourmillent de pirates, qui maîtrisent partout quelques pauvres villages dont les habitans n'osent même les dénoncer, à cause de la solidarité et de l'organisation que tous ces forbans ont établies entre eux. M. Bisson et ses quinze hommes se préparèrent à une défense vigoureuse. Cet officier s'assurant de la détermination du pilote Trémintin qui lui servait de second, résolut avec celui-ci que le survivant ferait sauter le bâtiment si les pirates parvenaient à s'en rendre maîtres.»

A dix heures du soir, malgré l'obscurité occasionée par un temps lourd , on distingua deux embarcations doublant une pointe de rochers et se dirigeant sur le Panayoti, en poussant des cris de vengeance. C'étaient deux misticks grecs, chargés chacun de soixante à soixante-dix hommes. Aussitôt tout l'équipage du brick monta sur le pont , et chacun prit son poste de combat. Bisson s'installa sur le beaupré, pour mieux observer la manœuvre de ces embarcations , qui s'avançaient à force de rames. Bientôt elles arrivèrent à une petite distance ; Bisson ordonna à sa mousquetterie de faire feu. Les pirates ripostèrent par une vive fusillade et accostèrent le bord; ils abordèrent le brick par l'avant; après une opiniâtre résistance, dirigée par Bisson avec le plus grand courage, neuf des Français furent tués , et le pont envahi.

Bisson, quoique blessé, était parvenu à se dégager

des mains de quelques Grecs qui l'avaient saisi. Alors, passant sur l'arrière, il appelle Trémintin qui combattait encore, et, avec l'accent et le sang-froid du désespoir : « Pilote, lui dit-il, ces brigands sont maîtres du bâtiment, la cale et le pont en sont remplis; c'est le moment de terminer l'affaire. » Aussitôt il s'installe sur le tillac de l'avant-chambre qui n'était qu'à trois pieds au dessous du pont, et où se trouvaient les poudres. Il tenait une mèche cachée dans sa main gauche , et dans cette position il avait le milieu du corps au-dessus du pont. 11 donne l'ordre à Trémintin d'engager les Français qui survivaient à se jeter à la mer, et, serrant la main de son second , il s'écria : « Adieu, pilote, je vais tout finir.» Quelques secondes après ,le Panajoti sautait en l'air. Le lendemain matin on trouva gisans sur le rivage les corps de trois français , et soixante-dix cadavres grecs qui attestaient que la résolution héroïque de l'intrépide Bisson avait eu son plein effet.

Un dévoûment aussi généreux excita en France l'admiration d'un peuple sensible aux grandes actions, aux solennels sacrifices; cela fit contraste avec le caractère des pirates grecs, et consola un peu des barbaries dont ils souillaient la gloire de leur nom et la noble cause de leur patrie; aussi la reconnaissance publique se manifesta-t-elle avec enthousiasme; tous les journaux de la capitale et des départemens s'empressèrent de payer un juste tribut de louanges à la valeur de Bisson. La ville de Lorient fit frapper une médaille pour en éterniser le souvenir , et à Toulon une souscription fut ouverte pour élever un monument à la gloire de cet officier. Les lois et les réglemens qui régissent le service de la marine n'accordent de pension qu'aux père , mère , ou veuve des officiers. Bisson ne laissait qu'une sœur, et le roi, par une honorable exception, ordonna qu'une loi Serait présentée aux chambres pour faire allouer à mademoiselle Bisson une pension pareille à celle qui est accordée à la veuve d'un vice-amiral ^ quinze cents francs. )

Voici en quels termes, M. Hyde de Neuville, alors ministre de la marine, retraçait la fin tragique de Bisson dans le discours qu'il prononça à la chambre des députés, le 21 avril 1828: «Bisson se précipite dans la chambre où d'avance il a lui-même tout préparé ; il prend une mèche, met le feu aux poudres; le navire saute Le sacrifice de l'honneur et du patriotisme est consommé; un noble cœur a cessé de battre , et la France compte un héros de plus ! »

Bisson était né à Guémené, dans le département de la Loire-Inférieure , le 3 février 1796. Voué dès sa jeunesse au service de la marine, il avait à peine terminé ses premières études, lorsqu'en 181 1, il s'embarqua comme mousse sur la goélette la Vedette, qui était employée à la protection des convois. Après avoir navigué pendant environ huit mois sur ce bâtiment, il en débarqua pour entrer en qualité d'élève à l'école spéciale de Marine établie sur le vaisseau le Tou/ville, en rade de Brest. Pendant les quinze mois qu'il passa sur ce bâtiment, Bisson acquit une instruction solide sur la théorie et la pratique du métier dont il avait fait choix, en même temps qu'il y puisa cet esprit d'ordre et ces principes de discipline, qui font le véritable homme de mer et le bon officier. Laborieux , actif, intelligent , 1« sang-froid et la rapidité du jugement formaient la base de son caractère; aussi le commandant de l'école le désignait-il comme l'un dc6 meilleurs élèves,

Embarqué au mois de mars 1816, comme aspirant de première classe sur le brick le Huron , il fit à bord de ce bâtiment une campagne de dix-neuf mois consécutifs dans les Antilles. A son retour à Brest, en 1818, il passa en qualité d'élève de première classe, sur la gabarre la Zélée, avec laquelle il parcourut les mers de l'Inde, et visita les côtes de l'Afrique et de l'Amérique. Au mois de mars 1821, Bisson fut promu au grade d'enseigne de vaisseau; il l'était encore , lorsque six ans plus tard, eut lieu la catastrophe qui mit fin à sa vie.

Quant au pilote Trémintin , fidèle à son serment, il avait sauté avec le navire ; mais , plus heureux que son brave capitaine, il fut lancé sans connaissance sur le rivage, ayant un pied fracassé, le corps meurtri, mais enfin respirant encore. Il raconta qu'au moment où il touchait la terre, un des brigands échappé à ce désastre, lui mettant un poignard sur le cœur, le dépouilla de tout ce qu'il avait sur lui, et notamment d'une montre que lui avait confiée l'infortuné Bisson. Le roi, pour récompenser la conduite ferme et courageuse du pilote Trémintin, le nomma chevalier de la légion-d'honneur, avec le grade d'enseigne de vaisseau; le ministre de la marine lui remit , en outre, une épée d'honneur qui rappelle l'action glorieuse à laquelle il a si vaillamment concouru.

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