CHILI. — SANTIAGO
Santiago, capitale de la république du Chili, est situé au milieu d'une plaine unie et bien cultivée, couverte de plantations, et arrosée par deux rivières •et autres ruisseaux descendant des montagnes. La plaine est entourée de forêts, dont une partie a été -éclaircie pour faire place à des plantations. Le litre, qui est l'arbre upas du Chili, répand son ombrage sombre sur la plus grande partie de ces bois. Il est «d'une nature vénéneuse si singulière, que, quand on ile manie sans précaution, il affecte la peau d'une .espèce d'érésypèle, et à cause de cette propriété, il .est difficile de l'abattre. Les personnes qui font la sieste sous son ombrage s'éveillent avec des nausées «et des vertiges, et sentent leurs paupières si enflées, <que souvent elles ne peuvent continuer leur route sans guide. On dit que ceux qui dormiraient sous le <!kre pendant toute une nuit paieraient de leur vie .leur imprudence, surtout si la rosée tombait abondamment.
On aperçoit de plus de trente milles la ville remarquable par le nombre de ses clochers et de ses \ours blanches. Le fond de cet admirable tableau est formé par les Andes, qui s'élèvent majestueusement «en immense amphithéâtre, et diminuent singulièrement par comparaison la hauteur des montagnes qui s'élèvent entre elles et la vallée.
En entrant dans Santiago, on trouve les rues étroi- Tome iv.— Juin 1837.
tes et mal pavées; mais à mesure qu'on s'approche du centre de la ville, l'aspect change entièrement. On voit de larges rues, bordées de belles maisons et de trottoirs de dalles de porphyre. La Plaza Mayor est spacieuse et bien entretenue. Au milieu s'élève une belle fontaine de bronze, entourée d'un bassin en pierres de taille. Autour se presse sans cesse la foule des aguatcros, qui remplissent d'eau des barils qu'ils promènent à traveis les rues sur des mulets. Les édifices publics de Santiago, la cathédrale exceptée, sont tous bâtis en briques, et dans un trèsbeau style, surtout la Casa de Moneda. Cet hôtel isolé est situé sur une petite place, décorée d'une jolie fontaine. Il s'étend sur une superficie de deux cent cinquante pas environ, de chaque côté; il est haut de deux étages, et. contient trois cours et une chapelle, dans laquelle on célèbre journellement la messe.
Le Consulado, où siège une Cour qui décide toutes les questions commerciales, et où sont établis les bureaux de la banque nationale, est situé dans la Plazncla delà Campania, en face de l'ancienne église qui appartenait autrefois à la Société des Jésuites. Près de cet établissement on remarque le collège fondé par ces Pères. Il est maintenant occupé par de jeunes élèves chiliens, qui reçoivent de nouveaux maîtres une éducation toute différente. A un autre côté de la petite place est YAduana, grande maison de douane, dans les cours de laquelle chaque charrette arrivant du port est obligée de conduire les
marchandises qu'elle a amenées. En face est le Colisro, vilaine salle de spectacle, qui cependant est toujours pleine le dimanche et le jeudi.
Le palais du président, dans lequel se trouvent tous les bureaux publics et la trésorerie , est un beau bâtiment de brique, dont la façade est en porphyre rouge ayant des pilastres du même marbre. Cet édifice avec la prison, Carcel, qui est bâtie dans le même style, et dont il parait faire partie, forme un côté de la Plaza. On remarque encore la cathédrale, bâtie de pierres de taille, et le palais de l'évêque. Ce palais a été dernièrement converti en école pour les jeunes personnes. Là sont insti uiles lesfillesdes principaux habitants; les langues anglaise et française font partie essentielle de leur éducation.
Parmi les églises et les couvents de Santiago, on remarque S auto-Domingo., San-Francisco, et Santo- Agostino. Dans la soirée du jeudi saint, les églises sont resplendissantes. Toutes rivalisent entre elles, exposant à la vue, dans cette soirée, tous leurs ornemonts d'or et d'argent. Les custodias, ou châsses qui renferment l'hostie consacrée, sont surtout d'une magnificence extraordinaire. Elles sont faites d'or massif et richement décorées de perles et de pierres précieuses. L'une d'elles appai tenant à la cathédrale, a, dit-on, coûté plus de 3u0,000 dollars; et il y a trois ou quatre châsses dans la ville qui ont à peu près la même valeur.
Pendant toute la semaine de la Passion, mais plus particulièrement dans la soirée du jeudi saint, on voit se promener par les rues beaucoup de pénitentes, portant des voiles noirs, et se déchirant les épaules nues à grands coups de discipline. Une autre pénitence encore plus rude, consiste à porter une lourde croix de bois sur ses épaules, à quelques-unes des principales églises, ayant les poignets attachés aux bras de la croix. Les dévots doivent être suivis par des amis qui se chargent du soin de les empêcher de tomber. On conçoit que cette précaution est indispensable, car leurs mains n'étant pas en liberté, il suffirait d'un faux pas pour leur occasionner de graves blessures. On a vu beaucoup d'hommes robustes s'évanouir sous cette croix. Quand on a délié leurs bras, on a soin de ne les abaisser que par gradation, car autrement ils ressentiraient des douleurs horribles.
Le Canada est la principale promenade publique de Santiago. Les églises dans le Canada sont belles et nombreuses, et les jardins, qui appartiennent à des particuliers, sont les plus étendus de la ville. Pendant les mois d'été, les musiques des différents régiments en garnison à Santiago jouent tous les jours jusqu'à une heure avancée, études garçons de café, portant toutes sortes de rafraîchissements suides plateaux, viennent demander les ordres du public. Les serenos, espèce de watchmen, font des patrouilles continuelles, qui permettent aux nombreuses sociétés de rester à la piomenade jusqu'à deux ou trois heures du matin.
Les serenos ne sont admis qu'après avoir fourni un cautionnement. Tous les propriétaires des maisons sont tenus de payer une somme proportionnée à la valeur de leurs immeubles, aux caporaux et aux soldats de cette garde, et de leur côté ceux-ci sont passibles de l'amende qu de l'emprisonnement, en
cas de négligence coupable. Les serenos sont obligés de crier l'heure et le temps tous les quarts d'heure ; ils se servent en outre d'un sifflet très-aigu pour appeler leurs camarades, ou pour leur annoncer leur présence. Il entre encore dans les devoirs de leur emploi de faire parvenir de nuit des messages à quelque partie de la ville que ce puisse être, quand il s'agit de demander un médecin ou un confesseur ; et cela a lieu en transmettant la demande de poste en poste, avec la fidélité, la discrétion, et presque la célérité d'une ligne télégraphique.