‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 162 sur 242 · LA NUIT DE NOËL · texte numérisé non relu

LA NUIT DE NOËL

Tandis que les flots du torrent Inondaient la forêt par l'hiver dépouillée, Une mère, à côté de son fils expirant,

Prolongeait sa triste veillée.

Muette et pale de douleurs,

Dans sa cabane solitaire,

Elle pleurait... et sur la terre Nul mortel n'a daigné s'informer de ses pleurs.

Saûs se plaindre à l'Être suprême,

Elle a vu fuir tous ses amis :

Pauvre mère ! peut-être il faudra qu'elle-même Du funeste linceul enveloppe son fils ; Son fils !. .. Elle succombe à ses tristes pensées- Tout à coup du hameau les cloches balancées Vers le temple dcsrchants appellent les mortels ; On célébrait alors, au pied des saints autels,

Cette nuit chaste et fortunée Qui vit naître l'enfant délices d'Israël ;

Et, de rayons purs couronnée, L'étoile de Jacob se montrait dans le ciel :

Sa miraculeuse lumière, L'airain qui retentit de moments en moments,

Dans le cœur navré d'une mère, Font naître par degrés d'heureux pressentiments.

Hélas ! à force de tourments Elle avait oublié jusques à la prière.

Faible, le front couveit de deuil, Confiant à son Dieu l'objet de ses alarmes, De sa triste cabane elle passe le seuil, Et bientôt les autels sont baignés de ses larmes.

« Toi ! dont le secours est promis

» Au chrétien souffrant et fidèle, » Épouse du Seigneur, écoute-moi, dit-elle ; » J'abandonne pour toi la couche de mon fils.

» De tes demeures éternelles

» Daigne descendre dans ce lieu ; » Tu sentis comme moi les craintes maternelles, » Tu tremblas pour ton fils, et ton fils était Dieu.

» Contre la tempête inhumaine » Protège un lis mourant qui n'a plus de soutien ;

» Mon enfant commençait].! peine

» A prononcer le nom du tien.

» Ne m'en sépare pas ; je l'entends qui m'appelle; » De son lit de douleur je reprends le chemin ;

» Adieu, je reviendrai demain » Déposer sou berceau dans ta sainte chapelle. »

Elle dit, et déjà ses pas Se sont tournés vers sa chaumière ; Mais, au retour de la lumière, Dans l'église rustique elle ne revint pas. Les cierges des morts s'allumèrent, Et devant le temple attristé, Le soir, h leur pâle clarté, Deux cercueils inégaux passèrent.

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