ARLES (BOUCHES-DU-RHONE
Jules César a parlé le premier de la ville d'Arles ; sa fondation paraît due aux Marseillais ; ils y établirent un comptoir après que Marius leur eut cédé le canal qu'il avait fait creuser pour la libre navigation du Rhône. César, trouvant le pays couvert de bois, y fit construire douze galères pour bloquer le port de Marseille, et, après la reddition de cette dernière ville, il envoya à Arles le questeur Tiberius, pour y créer une colonie tirée de la sixième légion. Arles est donc la seconde colonie fondée dans la province romaine, et, à ce titre, elle fut investie de divers privilèges. César forma de tous les pays qu'il avait enlevés aux Marseillais ou à leurs alliés, une souspréture, dont le siège fut établi à Arles. La nouvelle colonie, enrichie d'un côté par les dons de César, favorisée de l'autre par son heureuse situation et par la déchéance de Marseille, grandit et prospéra. Cependant,toutesles fois que les empereurs tournèrentleurs regards vers la Gaule méridionale, ils répandirent leurs bienfaits à Nîmes plutôt qu'à Arles : cette dernière ville, pendant trois siècles, resta dans le rang moyen que César lui avait assigné.
La révolution opérée dans l'Empire par Constantin changea et éleva les destinées d'Arles. Ce prince y avait déjà séjourné, lorsqu'il faisait ses préparatifs contre Maxence. Fausta, sa seconde femme, y accoucha d'un fils; il fut baptisé par saint Marin, et fut nommé Arles. Après sa victoire sur Maxence, Constantin porta ses affections sur la ville d'Arles ; il y convoqua un concile le 1er août 314, dans lequel les Donatistes furent condamnés, et où fut assuré le triomphe de la religion chrétienne. Constant, troisième fils de Constantin, fit de cette ville la capitale de ses Etals ; il y renouvela les jeux dans les arènes; plusieurs autres empereurs, entre autres Théodore et Honorius, y fixèrent leur séjour. Enfin, depuis Constantin jusqu'à l'invasion desWisigoths, Arles fut considérée comme la capitale des Gaules; indépendamment de ce haut rang politique, elle éclipsa Marseille par son commerce et ses richesses. Durant cette période de deux siècles, la ville d'Arles avait beaucoup plus d'étendue et de population qu'aujourd'hui. La partie qui est sur la rive droite du Rhône, réduite maintenant au faubourg de Trinquetaille, s'étendait alors jusqu'au petit Rhône; on a trouvé des fondations de maisons à plus de 600 mètres du quai de Trinquetaille.
Sousia domination des Goths et des Mérovingiens, Arles son tint plusieurs sièges, éprouva plusieurs désastres ; mais elle conserva son rang et son influence. Si les monuments romains furent mutilés et abattus, elle vit s'élever sur leurs ruines des temples chrétiens et des édifices religieux. Toute l'autorité passa aux archevêques qui se constituèrent les défenseurs du peuple sous le règne de Boson et de ses successeurs, et qui devinrent, sous les premiers comtes de Pi ovence, les lieutenants des empereurs d'Allemagne. Arles avait tant à se louer de la domination romaine, qu'après la chute des Césars, elle ne voulut point se
séparer des successeurs de Charlemagne qui avaient hérité de l'empire romain , elle se constitua en république sous la protection immédiate des empereurs d'Allemagne. L'existence orageuse de la république d'Arles influa tristement sur sa population ; les troubles civils la firent refluer dans les pays situés à l'est de la Crau qui appartenaient aux archevêques. La partie située au delà du fleuve fut presque abandonnée, et la partie en deçà, déjà entourée de remparts, fut encore divisée intérieurement en plusieurs quartiers également fortifiés et flanqués de tours. Toutes ces constructions, résultat de la crainte et de la méfiance, se firent aux dépens de ce qui restait encore des anciens monuments élevés à des temps paisibles. Charles d'Anjou parvint à rallier au reste de la Provence cette ville qui n'avait pu soutenir son indépendance; et depuis cette époque, Arles, déchue du haut rang qu'elle avait si longtemps et si glorieusement occupé, a joui du moins d'une existence tranquille, qu'embellissent encore les souvenirs d'une antique illustration et les ruines imposantes de sa grandeur passée.
La ville d'Arles est située un peu au-dessous de l'angle du delta que le Rhône forme par sa division en deux branches. Elle est assise sur un banc de rochers qui domine la rive gauche du grand Rhône, en penchant doucement vers les bords. Les rues, sans être parfaitement alignées, ont en général une certaine régularité. Les places sont en petit nombre et peu spacieuses; on n'en compte guère que trois : la place Royale, autour de laquelle sont l'hôtcl-de-ville, les prisons, le musée, la façade de l'église Saint-Trophime, et ayant de plus, pour principal ornement, l'obélisque antique dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs ; la place du Plan de la Cour, et la place des Hommes. Ces trois places sont parfaitement régulières. La première sert de marché, de promenade d'hiver et de cirque pour la course des taureaux et les jeux gymnastiques ; la seconde estfréquentée dans l'été, parce qu'elle est exposée au nord et presque toujours à l'ombre ; enfin la troisième, qui est plantée d'ormeaux et entourée des principaux hôtels et des plus beaux cafés, sert de point de réunion en toute saison et à toute heure, soit aux étrangers, soit aux habitants de la ville. Les dehors d'Arles sont extrêmement riants ; toute la partie méridionale forme une longue promenade appelée la lice, plantée de trois allées d'arbres ; celle du centre, plus large que les deux autres, sert de grand chemin. Cette belle promenade est bordée extérieurement dans toute sa longueur par le canal de Craponne, au delà duquel sont des jardins et des prairies. Dans la partie septentrionale, sur le chemin de Tarascon et sur les bords du Rhône, estime autre promenade plantée de superbes ormeaux. Les Eliscamps, anciennemeut les Champs-Elysées, peuvent être considérés aussi comme une promenade, agréable par la variété des sites et des paysages, imposante par les méditations qu'elle provoque.
Les débris grandioses d'antiquités décorent la ville d'Arles ; son amphithéâtre est un des plus majestueux. Cette sorte de monument est celle où se déploie de la manière la plus frappante la magnificence romaine. Etonnant par son immensité, imposant par l'avantage de sa situation, l'amphithéâtre d'Arles
domine la ville et appelle l'œil du voyageur; c'est l'objet qu'il remarque d'abord, c'est celui qu'il est empressé de connaître. La longueur de son grand axe est de 140 mètres du nord au sud, sa largeur ou l'étendue de son petit axe est de 103 mètres de l'est à l'ouest. Il a dû avoir quarante-trois rangs de gradins et contenir vingt-quatre mille spectateurs. Il a deux ordres d'architecture, comme l'amphithéâtre de Nîmes, et comme lui aussi, il est percé de soixante arcades ; mais ses dimensions sont un peu plus fortes, son étendue plus considérable, son architecture plus élégante. Le premier étage est en pilastres d'ordre dorique, le second était en colonnes d'ordre corinthien ; la preuve incontestable de ce fait se trouve à la porte du midi, où la colonne de gauche conserve encore son chapiteau. Toutes les autres sont tronquées, et la partie supérieure de l'édifice est démolie jusqu'aux bandeaux des arcades. Cette circonstance de la démolition à peu près uniforme du haut de l'édifice avait induit en erreur quelques antiquaires, notammentle célèbre Scipion Mafi'ei, et leur ayait persuadé qu'il était toujours demeuré imparfait. Maffei assure n'avoir pu trouver dans l'enceinte aucun vestige de gradins ; tout le monde peut reconnaître le contraire ; trois gradins sont encore visibles presque vis-à-vis la chapelle Saint-Genest ; un quatrième existe au haut de l'édifice, derrière la colonne que nous avons citée de la porte du midi; peut-être en trouverait-on d'autres sous les masures qui encombrent l'intérieur de la circonférence. D'ailleurs, les historiens parlent des jeux célébrés dans l'amphithéâtre d'Arles; des inscriptions font mention de ceux qui en étaient chargés; il n'est donc pas possible de douter que cet édifice n'ait été fini. La décoration seule était restée imparfaite; les feuillages du chapiteau resté debout ne sont qu'ébauchés, et dans tout ce qui est visible, les bases des colonnes sont à peine dégrossies.
Aux extrémités des axes étaient quatre portes; la principale est celle du nord ; elle est belle quoique sans ornement, d'une grandeur imposante et d'une forme majestueuse. Le corridor par lequel elle introduisait dans l'arène est d'un aspect magnifique. Sous cette porte est l'entrée d'un étage souterrain, qui est la partie la plus singulière et la plus curieuse de l'édifice; sa construction est d'une forme proportionnée à l'énormité du poids qu'il devait soutenir. Outre que les pierres en sont, comme dans le reste de l'édifice, d'une prodigieuse grosseur, la voûte est renforcée d'arcades très-rapprochées ; elle paraît bâtie pour l'éternité. A droite et à gauche sont les entrées des subdivisions de l'étage souterrain; on a cru y reconnaître les loges des bêtes destinées aux combats ; des canaux en poteries descendent des étages supérieurs; ils servaient à l'écoulement des eaux, portées sans doute par des égouts dans le Rhône. Au vin" siècle l'amphithéâtre d'Arles fut changé en forteresse ; on bâtit des tours sur les quatre portes ; deux de ces tours existent encore; c'est pour les construire et pour boucher l'ouverture des arcades que l'on détruisit la partie supérieure de l'édifice. Cette destinée fut celle des grands monuments romains , en France comme en Italie : les arènes de Nîmes eurent le même sort.
Le théâtre antique d'Arles est un de ces monuments qui, par des singularités en quelque sorte in-
explicables et des caractères contradictoires, niellent en défaut la critique et confondent le jugement de l'observateur. Ce théâtre offre des parties dignes des pins beaux temps de l'art, et d'autres qui ne peuvent appartenir qu'à l'architecture coi rompue des derniers âges de l'Empire. Nous ne voulons pas parler des superbes statues découvertes dans son enceinte. Un édifice, construit dans un temps où l'art était dégénéré, a pu être orné de figures plus anciennes; mais ce qui surprend, ce qu'on a de la peine: à concevoir, c'est la réunion dans le même tout de parties si dissemblables ; c'est le contraste frappant de la décoration barbare de l'enceinte avec ces somptueuses colonnes qui ont fait partie de la scène et dont la sculpture est si admirable encore dans son état de dégrada-
tion. L'édifice, bâti à une époque où l'on savait travailler le marbre avec tant de perfection, a-t-il été réparé deux siècles après, ou l'architecte chargé de le construire vers le déclin de l'Empire a-t-il dérobé à un monument plus ancien les ornements dont il voulait le décorer? Il faut choisir entre ces deux suppositions. Deux portions de la décoration extérieure du théâtre d'Arles sont encore visibles ; elles sont directement opposées. Celle du noid n'a plus que l'arcade du rez-de-chaussée; celle du midi, engagée dans le mur de la ville, conserve ses trois étages : c'est ce qu'on nomme la Tour de Rolland. Cette tour, défigurée par les changements qu'ont nécessités les convenances d'une habitation moderne, conserve néanmoins un aspect pittoresque: elle est belle de
(Amphithéâtre d'Arles.)
masse, et riche de couleur. On a extrait du théâtre d'Arles de magnifiques statues de danseuses, des fragments d'auires Ggures, et une immense quantité de débris de frises, de corniches, d'architraves, tous d'un beau marbre et d'un excellent travail. Une seule fouille, entreprise dans la vue de creuser une cave, a produit, dit-on, ce trésor etd'autres fragments, cette Vénus d'Arles surtout qui a été pendant un siècle un des principaux ornements delà galerie de Versailles. Une mine si féconde avait été longtemps abandonnée ; l'administration a ordonné de nouvelles fouilles : elles se poursuivent avec activité.
Arles renferme plusieurs églises. Celle qui tient le premier rang est Saint-Trophime ; elle fut bâtie par saint Virgile au commencement du vne siècle, sous l'invocation de saint Etienne, et prit le nom de Saint-Trophime lorsqu'en 1 152 les î cliques du saint
évêque y furent translatées. Dans son état actuel, cetlc église est une des plus remarquables du département. La seconde paroisse est celle de Notre-Damede-la-Major; sa fondation remonte au m» siècle. C'était, à ce qu'on croit, le temple de Cybèle. Le fameux autel de la déesse, conservé dans le Musée d'Arles, fut trouvé en 1758 sous le seuil de la porte de cette église. L'archevêque Ravenniusla lit agrandir en 453 ; le pape Jules III, en 1451, lui accorda un chapitre composé d'un doyen et de neuf ehanoines, qu'elle a conservé jusqu'à la révolution. L'église de l'abbaye de Saint-Césaire estdédiéeà saint Jean l'évangéliste. Saint Césaire avait fondé cette abbaye, en 508, dans les Champs-Elysées. Les dangers auxquels les religieuses étaient exposées parles excursions de l'ennemi furent cause qu'on les transféra dans la ville en 1359. Il y avait à Ailes, avant la révolution, un
grand nombre de couvents des deux sexes, qui avaient chacun leurs églises ; presque tous ont été vendus et ont reçu d'autres destinations. L'église de Sainte-Anne, qui était desservie par les Oratoriens, a été convertie en musée par décret du 9 janvier 1805. Dans le courant de l'année 1812, tous les restes d'antiquités épars dans la ville et le territoire, ou rassemblés déjà dans l'ancien Musée de Saint-Honorat, furent réunis dans le nouveau musée.
A une époque très-reculée, l'hôtel-de-ville d'Arles était situé dans le quartier de Charles- Chinet, iprès des arènes. Un arceau à plein cintre, de construction romaine, servant aujourd'hui d'entrée à plusieurs maisons particulières, indique encore l'emplacement de cet ancien hôtel-de-ville. En 1542, la communauté acheta le local occupé par le nouvel hôtel-deville, et onze ans après elle y fit construire la tour de l'Horloge. Enfin, sous le règne de Louis XIV, le 26 décembre 1665, on posa la première pierre de l'édifice actuel, construit sur les dessins de Mansard et terminé en 1673. La tour de l'Horloge fut conservée dans la nouvelle construction dont elle est devenue partie intégrante ; elle en augmente la beauté par son élévation et son élégance. Ce que l'on admire le plus dans cet édifice, c'est la voûte de son porche, remarquable par la hardiesse de la construction et le fini du travail. Les archives d'Arles sont d'un grand intérêt par la variété et l'ancienneté des actes et des titres qui les composent.
Après avoir parlé de la ville d'Arles et des principauxédifices qu'elle renferme, nous devons dire quelques mots du faubourg de Trinquetaille. Sous le règne de Constantin et de ses successeurs ce faubourg était plus grand que la ville, mais moins décoré; c'était là qu'habitaient les mariniers et les marchands. Cette partie de la ville avait des temples, des places et des bains publics dont on a trouvé les ruines en différents temps. On voit encore les restes d'un ancien cimetière fort vaste. A la chute de l'empire romain, la population du faubourg, exposée aux ravages des Barbares, passa en partie dans la ville, et les individus qui restèrent abattirent les maisons des quartiers extérieurs, et employèrent les démolitions à construire des remparts pour leur défense. Ce nouveau bourg, ainsi fortifié, prit le nom de Trencatallas, de deux mots latinisés à cette époque: truncare, faire des tranchées ou des retranchements, taillare, tailler, couper, réduire ; parce que ce fut au moyen de la réduction de l'ancienne enceinte qu'on forma les remparts. Le bourg de Trinquetaille fut compris dans les domaines de l'archevêché d'Arles; les archevêques l'inféodèrent à la maison de Baux vers le xie siècle. Les princes de Baux y bâtirent vin château fort, dont il ne reste que quelques fondations au haut du faubourg. L'ancienne église, dédiée à saint Pierre, était une dépendance de l'abbaye de Saint-Gilles : il en est question dans la bulle de Caiixte II, de l'an 11*20 : Ecclcsiam sanclî Pclri de Trincalcllas. Eu 1145, l'empereur Conrad III donna à Raimond de Baux et à Etiennette, sa femme, le privilège de faire battre monnaie à leur coin, à Arles, à Aix et au château de Trinquetaille. En 1300, Bertrand de Baux, comte d'Avelin, vendit cette seigneurie à Rostand, archevêque d'Arles ; enfin Syivius de Sainte-Croix, un de ses successeurs, la revendit à la communauté d'Arles, au
prix de 725 écusd'or, par acte du 7 septembre 1579. Il s'est conservé à Arles plus de traces des mœurs romaines que dans tout le reste de la Provence. Le costume des femmes, tel qu'il était avant la révolution, ressemblait en partie à celui que portaient les dames romaines du temps de la domination des Goths, et il n'était lui-même qu'une altération des vêtements romains plus anciens. Le costume actuel des femmes a été beaucoup modifié ; elles portent un justaucorps très-court, d'une étoffe noire, sur un jupon de soie d'une couleur tranchante. C'est de tous les pays de la Provence celui où les femmes apportent le plus de soin, de propreté et d'élégance dans leur habillement, tandis que les hommes semblent se négliger. Les Arlésiens, naturellement vifs, ont un grand amour de leur pays, qui inspire d'ailleurs tant d'intérêt aux voyageurs ; leur constitution est forte, et ils l'entretiennent par des exercices gymnastiques ; ils respectent tout ce qui tient à la religion et sont fidèles aux coutumes de leurs pères. On s'aperçoit facilement que les souvenirs delà grandeur romaine et de l'indépendance dans laquelle ils ont longtemps vécu sous la protection de l'Empire, ne se sont point totalement effacés ; ils influent non-seulement sur le caractère individuel, mais encore sur le mode de traiter les affaires générales qui intéressent la cité.
THERMOMÈTRES. — PYROMÈTRES.
Tous les corps de la nature, à de bien légères exceptions près, augmentent de volume quand on ajoute à leur calorique, et diminuent lorsqu'on leur en soustrait. Cette faculté est dans tous proportionnelle aux quantités de calorique ajoutées ou soustraites ; mais elle varie considérablement dans les différentes espèces de corps : bien grande dans les gaz, elle est moindre dans les liquides, et très-faible dans les solides. C'est sur cette propriété de dilatation des corps par la chaleur, et de contraction par le froid, qu'est fondée l'invention du thermomètre, instrument vulgaire dont on se sert habituellement pour mesurer la température. Il fallait d'abord choisir pour construire le thermomètre le corps le plus convenable. Si on eût pris un solide, la dilatation eût été si peu apparente, qu'on n'eût su comment l'observer ; si on eût employé un gaz, la dilatation eût été si grande, qu'il eût fallu des instruments énormes; on s'est donc arrêté aux liquides. Mais la plupart des liquides ont la propriété de se congeler, lorsque le froid arrive à une certaine intensité ; il a donc fallu en chercher un peu susceptible de congélation. On a choisi le mercure, ou vif-argent.
Voici quelle est la construction du thermomètre. Elle est soumise à un grand nombre de précautions. On prend un tube A ou E très-allongé, tiès-délié, et dont le diamètre soit parfaitement le même dans son étendue. A l'une des extrémités est soufflée une ampoule B ou F, terminée par tin tube légèrement évasé C ou G. A l'autre extrémité du grand tube est adapté un réservoir allongé en forme de cylindre D, ou arrondi en forme d'ampoule H. On emploie plus communément le tube CAD ; c'est aussi sur celui-là que nous allons opérer.
La principale difficulté pour construire un thermomètre est de l'emplir de manière à le purger d'air; car on conçoit que s'il restait la moindre bulle d'air, celui-ci, se dilatant beaucoup plus que le mercure, on ne saurait comment marquer les divisions. Voici le moyen qu'on emploie pouréviter cet inconvénient. On chauffe légèrement le tube ; la chaleur dilate l'air qu'il contient, et en fait sortir une partie; lorsqu'on juge qu'il ne peut en sortir davantage, on plonge dans un vase de mercure l'extrémité C. L'air contenu dans le tube se resserre en refroidissant et aspire une certaine quantité de mercure, qui entre dans la boule B; pour introduire ce mercure dans le réservoir D, on chauffe ce réservoir. L'air contenu se dilate, perce le mercure et sort en partie. Lorsque l'instrument est refroidi, la quantité d'air qui y était contenue étant diminuée, une certaine quantité de mercure tombe dans le réservoir. On recommence la même opération, jusqu'à ce que le tube soit plein. Lorsqu'il se fait une interruption dans la colonne de mercure, on chauffe le tube, et l'air sort au travers du mercure. Pour que le mercure puisse s'élever dans le tube, il faut nécessairement qu'à la température ordinaire il ne le remplisse pas entièrement. Il s'agit donc de déterminer la quantité de mercure qui doit entrer dans la composition de l'instrument. Le terme le plus élevé que doive marquer le thermomètre est la température de l'eau bouillante. On plonge le tube plein de mercure, dans l'eau bouillante; le mercure échauffé se dilate, et sort en partie dans l'ampoule B. Lorsqu'il est arrivé à la température de l'eau bouillante, il cesse de se dilater et de sortir du tube. Alors on sépare ce qui est tombé dans l'ampoule, en penchant un peu l'appareil. On chauffe encore un peu le réservoir, de manière à faire encore sortir quelques gouttes, afin d'être gêné pour les divisions. On fond ensuite à la lampe l'endroit où la boule B se joint au tube, et on sépare la boule. Mais l'extrémité du tube A reste toujours ouverte; pour la fermer, on met le réservoir légèrement au-dessus du feu; sitôt que quelquesgouttes de mercure paraissent à l'ouverture, on plonge cette ouverture dans la flamme d'une chandelle. Comme cette extrémité est très-fine, cette flamme suffit pour la fondre, et sitôt qu'on éloigne le réservoir du feu, elle se ferme. Une reste plus qu'à graduer le thermomètre. On a pris pour termes fixes la glace fondante et l'eau bouillante. En plongeant le mercure dans l'eau bouillante, il se dilate, et le point où il s'arrête est le terme de la chaleur. On le plonge ensuite dans la glace fondante, et le point où il descend est le terme fixe du froid, marqué par zéro. On divise cet intervalle en cent parties égales, et le thermomètre prend alors le nom de thermomètre centigrade. On peut le diviser aussi en quatre-vingts parties, et on l'appelle thermomètre de Réaumur, parce que cette division était celle adoptée par ce physicien. Le thermomètre de Fahrenheit dont on se sert en Angleterre est divisé en cent quatre-vingts parties. Au reste, la plupart des thermomètres ne marquent pas la chaleur de l'eau bouillante, parce qu'on n'en a pas besoin pour les usages ordinaires. On les gradue dans ce cas, par comparaison avec un thermomètre déjà construit.
Le thermomètre offre deux sortes de dilatation : la dilatation apparente, et la dilatation réelle. En
effet, la dilatation réelle doit être plus grande que la dilatation apparente; puisqu'en même temps que le liquide se dilate, le tube se dilate aussi. Ce n'est donc que sur la dilatation apparente qu'on se fonde pour graduer le thermomètre.
La meilleure manière de graduer le thermomètre est de marquer les degrés sur le tube même avec un diamant ; on peut encore les marquer sur une plaque de cuivre ; dans les thermomètres communs, on se contente de les indiquer sur une planche.
On peut encore faire des thermomètres avec de l'esprit-de-vin, ou de l'acide sulfurique. Dans ce cas, on les colore en rouge avec de l'orcanette. Comme la dilatation de ces corps est beaucoup plus grande que celle du mercure, on a soin de prendre un tube beaucoup plus large par rapport au réservoir.
L'esprit-de-vin bout à 75°, d'où on pourrait conclure qu'il ne peut marquer le terme de l'eau bouillante ; il peut cependant l'indiquer. La partie supérieure du tube est complètement privée d'air; sitôt que l'alcool commence à bouillir, le vide du tube se remplit de vapeurs, qui, dès qu'elles sont formées, pressent l'esprit-de-vin, et empêchent la formation de nouvelles vapeurs.
L'alcool a un avantage sur le mercure, c'est qu'il se congèle beaucoup plus difficilement. Le mercure se congèle à 40° au-dessous de zéro ; de sorte que lorsqu'on a à mesurer des froids extrêmement intenses, on doit employer le thermomètre à esprit-de-vin. Tous les thermomètres sont comparables entre eux ; en effet, les degrés sont proportionnés à la grandeur de l'instrument, et la même température fait marquer à tous le même nombre de degrés.
Rutherfort a inventé deux instruments au moyen desquels on peut voir quelle est la température la plus élevée ou la plus basse, à laquelle le thermomètre est parvenu dans l'espace d'une nuit, même après qu'il est remonté ou descendu.
Le premier de ces instruments se nomme thermomètre à maximum. Il se compose d'un tube thermométrique I rempli de mercure comme pour un thermomètre ordinaire, mais dans lequel on a eu soin d'introduire un petit morceau de fil de fer K, qui doit servir d'index. On le fait glisser à la surface du mercure, au moyen d'un aimant qu'on approche du tube. Le mercure, en montant, pousse devant lui l'index, et lorsqu'il se retire, l'index n'ayant pour le mercure aucune affinité, reste à sa place, et marque ainsi la plus haute température à laquelle le thermomètre soit monté. Il ne faut pas oublier de placer cet instrument dans une position horizontale ; car si on le mettait dans la position verticale, le poids de l'index le ferait retomber à la surface du mercure. La même précaution est nécessaire pour le thermomètre à minimum, qui est semblable au premier, si ce n'est que le liquide est l'alcool, et que l'index est d'émail. Cette matière a une grande affinité pour l'alcool ; aussi lorsque celui-ci monte, l'index y étant plongé entièrement reste à sa place ; mais lorsque l'alcool descend, l'index le suit dans le tube, et marque ainsi le degré le plus bas où soit parvenu le thermomètre. Bullani a composé un instrument qui réunit le maximum et le minimum. Voici quelle est sa construction : on a un tube recourbé LMNOPQ terminé par. un fort grand réservoir R ; le réservoir et
MACÎASIN UNIVERSEL.
le tube jusqu'au point P sont remplis d'alcool; le tube, depuis le point P jusqu'au point M, est plein de mercure, et le reste du tube, terminé par un entonnoir, est rempli d'alcool. Aux points P et M, à la surface du mercure, sont deux index d'émail. Lorsque l'alcool se dilate dans le réservoir R, l'index M monte dans le tube, et lorsque le mercure se retire, il reste à sa place, et indique ainsi le maximum. Lorsque au contraire l'alcool du réservoir se resserre, l'index P remonte dans le tube, et restant à sa place, marque le minimum. Cet instrument peut se mettre dans la position verticale, parce qu'on a soin d'adapter aux index un cbeveu frisé qui, par sa force de ressort, suffit pour l'empêcher de redescendre.
Un mot encore sur un instrument qui sert à mesurer de très-grandes chaleurs. La construction du pyromètre inventé par M. Brongniart, de Sèvres, est fondée sur la dilatation des solides. 11 se compose d'une tige de platine ST fixée solidement dans le fouirai point S. Lorsque cette tige est violemment chauffée, elle se dilate, et, glissant librement dans le support U V, elle pousse l'extrémité T d'une barre de 1er TX fixée par son milieu sur un axe Y, et l'extrémité X montant lorsque la tige se dilate, descendant lorsque la tige se resserre, mai que les degrés sur un quart de cercle gradué. Tel est l'instrument dont en général ou se sert aujourd'hui pour mesurer de
grandes chaleurs, telles que celles d'un feu de forge ou d'une machine à vapeur ; il a presque entièrement remplacé celui qui était autrefois en usage, et qui, du nom de son inventeur, se nommait pyromètre de Wegwood.
La chaleur en général dilate les corps; mais il y a certains corps composés qui perdent par l'action du feu un de leurs composants, et qui par conséquent se resserrent. On appelle cette contraction retrait. C'est sur le retrait de l'argile qu'est fondée la construction du pyromètre de Wegwood. On a une barre métallique Z, assez épaisse, dans laquelle est pratiquée une rainure qui devient de plus en plus étroite, à partir de l'une de ses extrémités ; sur les côtés de cette rainure, sont tracées des divisions. On prend un peu d'argile de Cornouailles, qui est un composé d'alumine, de silice et d'eau. On en fait un petit cylindre d'une grosseur telle, qu'à une température de 600', il entre à l'ouverture de la rainure, où l'on a marqué le 0 de la division. En chauffant encore le petit cylindre, il se retire, et entrant davantage dans la rainure, il marque ainsi les degrés. Pour que cet instrument soit plus portatif, on prend ordinairement une plaque de métal, ou on divise la rainure en deux, comme on le voit dans la figure W.
Ernest Brf.ton.
(Thermomètres. — Pyromètrcs.)
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Pari», imprimerie de DECOURCJIANT, rue d'Erfurlh, t, près de l'Abbaye. — Presse mécanique.