‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 181 sur 242 · ALBINOS · texte numérisé non relu

ALBINOS

Albinos (zool.), de l'espagnol albino, blanc. L'usage impose un grand nombre de dénominations particulières aux produits des mélanges des principales races humaines: c'est ainsi qu'on appelle mulâtre le produit d'un blanc européen avec une négresse; métis-mestices ou mest-indiens, le produit d'un blanc avec une indienne ; zambi, labos, caribocos ou cafusos, le produit d'un nègre avec une américaine, etc., etc.; et l'on voit les générations qui succèdent à ces mélanges, former des variétés permanentes, et recevoir aussi des dénominations spéciales. Il n'en est point ainsi des Albinos de l'Afrique, des cagots des Pyrénées et des crétins du Valais : ce ne sont pas des races, mais de simples variétés accidentelles, qui doivent être considérées comme des affections maladives.

La singularité des Albinos consiste en ce que ces individus, nés de parents de couleur cuivrée ou noire, au lieu d'avoir la peau fortement colorée, ne présentent sur toute la surface de leur corps qu'une teinte pâle, d'un blanc mat et fade comparable au lait, au papier, au linge ou à la cire blanchie. Leurs cheveux, leurs sourcils, les cils et les poils peu abondants qui composent leurs barbe, offrent aussi une teinte blanchâtre, soit qu'ils les aient soyeux et fins, soit que, suivant leur race, ils les aient plats ou crépus. Leurs yeux larmoyants et très-sensibles à la lumière ont l'iris ordinairement rose ou rouge ; leur prunelle est d'un rouge de feu, ce qui fait ressembler les yeux de ces individus à ceux des perdrix ou des lapins blancs. Les Albinos ne peuvent supporter une lumière constante ; l'iris a une transparence trop grande. Le pigmentum noirâtre, matière qui enduit une des membranes de l'œil, lui manque; cette membrane laisse passer les rayons lumineux les plus excentriques ; ceux-ci, après avoir frappé la rétine, se réfléchissent sur les parois internes du globe oculaire, dont la choroïde est rosée; et, réfléchis à leur tour sur mille angles variés, ils jettent une confusion inextricable dans la peinture des images au fond de l'œil. Aussi, voit-on les Albinos préférer l'obscurité au grand jour, et ne se retirer que rarement des cavernes où ils demeurent; circonstance qui leur a valu le nom d'hommes nocturnes. La stature des Albinos est peu élevée; leur constitution est ordinairement grêle ; ils vivent dans un état de misère, de malpropreté déplorables, et sont l'objet d'une repu-

«nance et même d'une animosité générales. Leur caractère moral et leurs facultés intellectuelles sont extrêmement faibles; ceux qui habitent parmi les nègres sont en butte à leurs mauvais traitements; et, attrapés par eux, ils sont vendus comme objets de curiosité. On a vu pourtant des Albinos doués d'une assez grande intelligence ; tel était l'Allemand Sachs, qui publia un essai d'histoire naturelle sur sa propre personne, et sur sa sœur qui était dans le même état que lui.

De tous les animaux, l'homme n'est pas le seul exposé à l'albinisme : une infinité d'autres offrent cette altération pendant toute leur vie, ou pendant une période plus ou moins longue de leur existence ; tels sont les chameaux, les furets, les chats, les souris, les mouettes, les lièvres, les lapins, les écureuils, les singes, les cochons d'Inde, les taupes, les rhinocéros, les buffles, les éléphants, les corbeaux, les merles, les perdrix, les poules, les paons, les canards, les alouettes, les ortolans, etc. Dans toutes ces espèces d'animaux, l'albinisme est devenu, par la succession des produits, une seconde nature; et cette déviation organique, qui tient à la non-sécrétion du pigmentum de la peau, de l'iris et de la choroïde, est transmissible par la voie d'hérédité comme tous les autres états organiques, et ne peut être modifiée ou détruite que par le croisement successif des races, ainsi que l'ont démontré les belles expériences de Bacwel. ■

Les Albinos sont donc congénitalement affectés d'une maladie incurable. Maintenant peu importe que cette maladie soit ou la lèpre blanche dont a parlé Mo'ise, leprosus quasi nix, ou une cachexie, suivant Blumenbach; les malheureux qui sont atteints de l'albinisme n'ont rien à attendre des ressources de l'art de guérir, et le médecin doit se borner à exprimer le vœu qu'une philanthropie plus éclairée s'occupe de les affranchir de l'oppression qui pèse sur eux, et qui les rend l'objet de toutes les dérisions et de toutes les mortifications possibles de la part des hommes qui vivent avec eux.

Les Albinos, qu'on trouve surtout vers le détroit de Panama, aux îles Moluques, aux bouches du Gange, à l'isthme de Darien, au Brésil, à Sumatra, à Rali, à Amboine, à Manille, à la Nouvelle-Guinée, dans l'île des Amis et dans celle de la Société, ne sont pourtant pas rares en Europe, et on en a vu en Danemark, en Angleterre, en Irlande, en Suisse, en Italie, en Hongrie et en France.

Les hommes de notre époque ont pu en voir à Paris ; il en existe un parmi les idiots de Bicètre, et Béclard en présenta deux en 1820 à la Faculté de Médecine.

Achille Comte.

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