‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 186 sur 242 · LE DUEL · texte numérisé non relu

LE DUEL

Eh! quoi, toujours du sang pour laver une injure !~ Toujours la dague au poing, toujours la rage au cœur ! Homme, qui te dis grand, ô sauvage nature! A tuer de sang-froid trouve-t-on du bonheur?... Que tu semblés pe'it, quand, pour juger ton âme, Tu n'apportes qu'un fer, une puissante lame, Et que riant tu dis :

Voyez : elle est encore humide !...

Comme un éclair rapide, Elle scintille, et tu ris !

Ah ! ce rire inhumain qui me glace de crainte Bruit comme un funèbre accord, Comme le chant d'une âme éteinte Ou comme un glas de mort.

Homme, pauvre insensé, quand de la nuit profonde Ton âme s'envola, souffle de l'Eternel, Elle vint, parmi nous, aux chemins de ce monde, Pour marcher en pleurant, puis retourner au ciel. Le vrai sage qui croit suit, cette vieille route ; Ecartant de son âme et la crainte et le doute, H arrive en riant ; Et lorsqu'un insensé l'outrage, Il lui dit : A votre âge, Nous pardonnons, enfant ; Car, a dit l'Homme-Dieu, un désir de vengeance N'entre qu'en l'âme d'un damné.

Le juste pardonne l'offense Pour être pardonné!

Mais non, tu n'entends point cette sainte morale. Pour te venger, maudit, tu veux des ilôts de sang ; Tu veux tuer ton frère ! oh ! ta rage infernale S'assouvit-e)le donc en le frappant au flanc ?... Est-ce fini, dis-moi, quand tombé sur la terre, Ton ennemi vaincu, le front dans la poussière, Meurt en te maudissant?...

Non, non, pas sitôt!... En ton âme, Mystérieuse flaninie, Roule un remords sanglant !

En tout temps, en tous lieux, sï te suit, il t'obsède. Au jour qui passa sans repos, Une funèbre nuit succède Et fait suer tes os !

Qu'est ce farouche honneur dont tu fais ton idole? C'est l'ange révolté contre son souverain. Il a mis en ton cœur sa trompeuse pnrole, Et de toi, fils du ciel, il fait un assassin... Il te séduit, t'entraîne et te donne des armes, De ton ange gardien il fait couler les larmes, Car tu ne l'entends pas.' Tu cours où le démon te mène :

N'écoutant que ta haine, Tu voles aux combats!

O frère malheureux, écoute. Dans la nue, Gronde un foudre vengeur :

Aux cieux, la justice est rendue Par un Dieu créateur !...

Par un Dieu créateur ! entends-tu, pauvre atome! Par un Dieu créateur, immense, glorieux, Qui lit tout du néant ; les cieux, la terre et l'homme, L'espoir, l'amour, l'ivresse, accords mystérieux Qui révèlent à tous sa grandeur infinie, Comme des rayons d'or du plus puissant génie, Descendus d'un beau ciel !

Et toi né pour l'aimer, le craindre, En vain encore tu veux feindre Ton sourire éternel ! Pleure ; à genoux, maudit ! A Dieu demande grâce ! 11 attend peut-être ce jour Pour te pardonner ton audace :

Car son cœur n'est qu'amour !...

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