L. DELi'LANQUE
SAMUEL R1CHARDS0N,
BOMANCIER ANGLAIS.
Samuel Richardson nous apparaît en quelque sorte comme le patriarche des romanciers, et il doit ce caractère au but moral, non moins qu'à l'étendue de sesécrits.On saitqu'ilnaquiten L689,dansle comté de Derby, où son père exerçait l'état de menuisier; mais on ignore le nom du village où le hasard plaça son berceau. « Les premières années de sa jeunesse, a dit M. Villemain, furent obscures et pauvres; l'essor de son talent fut tardif. Cependant ce talent était reconnaissable dès son enfance; mais, retenu d'abord par les soins d'une profession laborieuse, celle d'apprenti imprimeur, il attendit, au milieu d'un travail modeste et lucratif, l'âge de cinquante ans pour écrire et pour mériter cette réputation, qui porta son nom dans toutes les parties de l'Europe. »
Voici ce qu'il raconte lui-même dans une lettre : « Je me souviens que, dès mon jeune âge, on remarquait en moi le don de l'invention ; je n'aimais pas à jouer comme les autres écoliers ; mes camarades me nommaient le Sérieux et M. Gravité. Cinq d'entre eux surtout se plaisaient à sortir avec moi, soit pour nous promener, soit pour aller chez leurs pères ou chez le mien, et ils me demandaient de leur conter mes histoires, comme ils disaient. Je leur en contais quelquefois de vraies que j'avais lues, et d'autres que j'inventais, et qui souvent les touchaient beaucoup... Toutes mes histoires, je suis fier de le dire, étaient d'une excellente morale. » Ce qui peut-être y dérogeait un peu, c'était la fonction de secrétaire qu'il remplissait auprès de quelques jeunes filles, en se chargeant d'écrire pour elles à leurs amants: ainsi se forma le futur secrétaire de Paméla, de Clarisse et de Grandisson.
« Quoi qu'il en soit de cette première éducation de son enfance, ajoute le critique déjà cité, ce fut surtout par la méditation, par une sorte de taciturnité réfléchie particulière aux Anglais, que Richardson amassa ce trésor de connaissances, d'idées et de nuances morales, qui font le charme et l'intérêt de ses livres. Sa condition pauvre, à une époque où la haute
société anglaise était encore fière de ses privilèges, et très-séparée du reste de la nation, devait l'éloigner du monde; mais une circonstance particulière le rapprocha d'un des modèles les plus originaux et les plus scandaleux que pouvait offrir cette société brillante, qui lui était interdite. Imprimeur, Richardson se trouva engagé à publier les pamphlets politiques du duc de Wharton, intrigant plein d'audace et de talent, affichant scandaleusement le mépris de tous les principes, homme d'esprit au plus haut degré, depuis peu tombé du pouvoir, et alors écrivant.
» Le duc de Wharton était, sous quelque rapport, s'il faut en croire les contemporains, digne de servir de modèle à ce héros de l'esprit et de la corruption que la main de Richardson a tracé avec de si vives couleurs, et dont le nom est devenu, pour ainsi dire, une personnification du vice élégant. Richardson, pour prix de ses communicationsavec lord Warthon, se trouva judiciairement poursuivi comme imprimeur; cependant il ne perdit pas sou brevet, et, dans la suite, sir John Onslow, président de la Chambre des communes, auquel le mélancolique Young a adressé tant de dédicaces flatteuses, chargea Richardson de l'impression, beaucoup plus paisible et moins compromettante, des procès-verbaux de la Chambre des communes. »
A force d'imprimer les ouvrages d'autrui, Richardson jugea le temps venu d'occuper la presse pour son propre compte. Il avait cinquante ans : en trois mois il écrivit le roman de Pamcla, dont le succès dépassa ses espérances. Du haut de la chaire, un prédicateur célèbre en recommanda la lecture à ses paroissiennes. Cependant la critique n'épargna ni le livre ni l'auteur. Pour se venger des railleries que Fielding lui avait prodiguées dans Joseph Andrew, Richardson publia Pamcla in high life, que l'on est convenu d'appeler en France Pamcla mariée. Mais sa réputation souffrit plus de la vengeance que de l'attaque. Aubout d'un silence de huit ans, il fit paraître les deux premiers volumes de Clarisse, que les huit autres suivirent à distance. Jamais la curiosité, ou pour mieux dire la sympathie publique, n'avait été si vivement excitée. Tant que la destinée de Clarisse demeura incertaine, Richardson reçut une multitude de lettres, dans lesquelles on le suppliait de lui sauver l'honneur, ou du moins la vie : Lovelace même inspirait les réclamations d'une pitié passionnée. Selon l'heureuse expression de M. Villemain, Richardson fut inflexible, et son chef-d'œuvre complet. La Harpe a bien jugé Grandisson, qui parut après Clarisse, en disant que c'était un roman de beaucoup de mérite et de peu d'effet. Telles sont, indépendamment de quelques autres écrits sans importance, les œuvres d'un homme en qui le génie avait suppléé l'éducation : Richardson ne possédait aucune des langues qui sont la clef de l'antiquité classique.
Entre le dédain superficiel de Voltaire et l'enthousiasme fanatique de Diderot pour le même livre, l'intervalle est grand sans doute : toutefois, dans cette circonstance, la vérité se trouve plus près de Diderot que de Voltaire. C'est l'auteur de la Religieuse qui a dit : « Tout ce que Montaigne, Charron, » La Rochefoucauld, INicole ont mis en maximes, » Richardson l'a mis en action... Que de fécondité
» dans la création des personnages! que de variété » dans la peinture des caractères ! mais ce qui con- » fond d'étonuement, c'est que chacun a ses idées, » ses expressions, son ton, et que ces idées, ces ex- » pressions, ce ton, varient selon les circonstances, » les intérêts, les passions, comme on voit sur un » même visage les physionomies diverses des passions » se succéder. Dans ces tableaux immortels, comme » dans la nature au printemps, on ne trouve point » deux feuilles qui soient du même vert. »
Comme tous les grands écrivains, Richardson est resté inimitable et intraduisible. Il est mort le \ juillet 1761. (Ephcmcrides.) E. M.
POMPES.— SYPIIONS.
Il y a trois espèces de pompes : la pompe aspirante* la pompe foulante, et la pompe à la fois aspirante et foulante. Je vais d'abord décrire le premier de ces instruments.
Il se compose d'un corps de pompe AB, dans lequel se meut le piston CD. Au bas du corps de pompe est un long tuyau EF, que l'on nomme tuyau d'aspiration, et qui plonge dans l'eau. A l'endroit où le corps de pompe se joint au tuyau d'aspiration, est une soupape qui s'ouvre de bas en haut, et qu'on appelle soupape dormante; dans le piston est une autre soupape qui s'ouvre de même de bas en haut. Lorsque le piston est au plus bas point de sa course, la soupape dormante est fermée par le piston qui pèse sur elle, et la soupape du piston est ouverte. Lorsque le piston monte, le vide tend à se faire dans le corps de pompe, et fait fermer la soupape G, et ouvrir la soupape dormante. Lorsque le piston est arrivé au point le plus élevé, l'air contenu dans le tuyau d'aspiration s'est répandu également dans ce tuyau et dans le corps de pompe. Lorsque le piston redescend, l'air contenu dans le corps de pompe, se trouvant comprimé, fait fermer la soupape dormante et ouvrir la soupape G, par laquelle il s'échappe. Lorsque le piston est redescendu, la quantité d'air qui était dans le tuyau d'aspiration avant le premier cou]) de piston se trouve diminuée, et ne faisant plus équilibre à la pression atmosphérique, une partie de l'eau la remplace et monte dans le tuyau, jusqu'à ce que la force de ressort de l'air contenu dans ce tuyau, plus la hauteur de la colonne d'eau, fassent équilibre à la pression atmosphérique. Puis, lorsque le piston remonte, une nouvelle quantité d'air rentre dans le corps de pompe, s'échappe lorsqu'il redescend, et une nouvelle quantité d'eau monte dans le tuyau. Lorsqu'enfin ce tuyau est entièrement purgé d'air, et rempli d'eau, à un autre coup de piston, l'eau entre dans le corps de pompe, lorsque le piston descend, et lorsqu'il remonte, va sortir par une ouverture ménagée en haut du corps de pompe.
Si on se rappelle ce que nous avons dit de la pression atmosphérique dans notre article sur le baromètre, que cette pression équivaut au poids d'une colonne d'eau de 32 pieds, on concevra que la pompe aspirante ne pourra élever l'eau que de la hauteur de 32 pieds ; car une fois que l'équilibre serait rétabli, l'eau cesserait de monter. La pompe ne devra même avoir guère que 28 pieds, car quand elle est plus longue, si le baromètre baisse beaucoup, on court risque de manquer d'eau, parce que, dans ce cas, l'at-
mosphère, plus légère, ne fait plus équilibre à la même colonne d'eau.
Dans la pompe foulante, le corps de pompe est plongé dans l'eau ; il est fermé par le bas, et ouvert par le haut. Dans le piston est une soupape H qui s'ouvre de haut en bas; à la partie inférieure du corps de pompe, est un tuyau qui doit monter l'eau, et à l'origine duquel est une soupape I, qui s'ouvre du dedans au dehors du corps de pompe.
Lorsque le piston est au plus bas point de sa course et qu'on le remonte, le vide tend à se faire dans le corps de pompe, et fait fermer la soupape I, mais le poids de l'eau qui pèse sur la tête du piston fait ouvrir la soupape II, et l'eau pénètre dans le corps de pompe. Lorsque le piston redescend, l'eau se trouve comprimée, fait fermer la soupape II, ouvrir la soupape I, et pénètre dans le tuyau d'ascension. Lorsque le piston remonte, le poids de l'eau contenue dans le tuyau fait fermer la soupape I, et une nouvelle quantité d'eau entre dans le corps de pompe, pour pénétrer dans le tuyau, lorsque le piston descendra. Le même effet se répète, jusqu'à ce que l'eau sorte par l'extrémité supérieure du tuyau d'ascension.
Passons maintenant à la pompe la plus en usage, la pompe aspirante et foulante. Ainsi que son nom l'indique, elle participe des deux dont je viens de décrire la construction.
Elle ressemble à la pompe aspirante, si ce n'est que le piston K est plein, et qu'au bas du corps de pompe est un tuyau L, semblable à celui de la pompe foulante. Lorsque, par le mécanisme de la pompe aspirante, l'eau est arrivée dans le corps de pompe, le
piston, en redescendant, la foule dans le tuyau, et la fait sortir par son extrémité.
C'est encore sur le phénomène de la pression atmosphérique, qu'est fondée la théorie du syphon, instrument dont on fait grand usage dans les arts.
Le syphon simple est un tube recourbé M N, dont une des branches est beaucoup plus courte que l'autre. Si, bouchant avec le doigt la plus courte branche, on remplit le tube par l'ouverture de la plus grande, et qu'on renverse la plus courte dans un vase plein d'eau, l'écoulement commence par l'extrémité N, tant que l'extrémité M plonge dans l'eau contenue dans le vase. Voici comment s'explique ce phénomène. La pression atmosphérique empêche l'eau de redescendre dans la plus courte branche, mais l'adhésion du liquide pour lui-même, aidée de la pression atmosphérique qui agit de bas en haut, empêche la colonne de se diviser; mais comme la plus longue colonne est plus pesante que la plus courte, elle entraîne cette dernière, et l'écoulement a lieu.
On peut au moyen du syphon produire un petit jet d'eau, en recourbant la plus longue branche, et en la terminant par un tube effilé O.
C'est à l'aide de cet instrument que se fait l'opératioa du soutirage. Seulement le syphon PQR S employé à cet usage a les branches plus écartées, et est muni d'un petit tuyau R S, couché sur l'une des deux branches, et communiquant avec elle vers son extrémité inférieure : c'est à l'aide de ce tuvau additionnel que, par l'aspiration, on opère facilement le vide dans le syphon.
Ernest Breton.
( Pompas. — S yplions.)
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