‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 192 sur 242 · FRANCE. — BEAUGENCY · texte numérisé non relu

FRANCE. — BEAUGENCY

Beaugency {Balgentiacum et Bugentiacum ) est une ancienne ville sur la rive droite de la Loire, à six lieues d'Orléans. Son antiquité est constatée par des médailles d'empereurs romains trouvées dans différents lieux de son enceinte. Jusqu'au xvie siècle, cette ville joue un rôle important dans les annales de la monarchie ; elle a été successivement prise par les Huns en 451, par les Saxons en 480, par les Normands en 854, et trois fois par les Anglais, en 1367, 1411 et 1428. Jeanne d'Arc la reprit en 1429. Beaugency avait réparé les pertes causées par ces invasions de Barbares, et les excès de l'étranger ; mais les guerres religieuses du xvie siècle lui portèrent un coup funeste, et depuis cette époque elle n'a jamais pu recouvrer sa puissance primitive. Elle était anciennement défendue par un cbàteau fort, qui passait pour être l'ouvrage des Gaulois ; plus tard, sur ses ruines, fut construit celui dont on voit encore les restes. Ce cbâteau relevait en partie de l'église d'Amiens, et en partie du comte deBlois. La première de ces deux mouvances était beaucoup plus ancienne que l'autre, si l'on s'en rapporte aux monuments de l'église d'Amiens, et voici ce qu'ils portent à cet égard : « Au commencement du vne siècle, le corps de saint Firmin, apôtre d'Amiens, ayant été découvert par saint Sauve, l'un de ses successeurs, la réputation du premier, presque ensevelie dans l'oubli, s'étendit bientôt au loin et attira de nombreux pèlerins à son tombeau. Le seigneur de Beau- Tome iv. — Juillet 1837.

gency, attaqué de la lèpre, fut du nombre des malades qui venaient demander leur guérison aux saintes reliques. L'ayant obtenue, il aurait soumis par reconnaissance une partie de son cbâteau et de ses dépendances à l'église d'Amiens, en lui faisant d'autres libéralités. L'évèque et les chanoines jouirent en commun de l'hommage de Beaugency, jusqu'au milieu du ixe siècle; mais dans la suite il aurait été réservé à l'évèque seul, qui donna en dédommagement d'autres biens à son chapitre. »

Ce récit ne repose sur aucun document authentique, n'est corroboré par aucune charte ; ce qui est certain, c'est que depuis l'établissement des fiefs, sous la troisième race, les évêques d'Amiens ont joui de l'hommage de Beaugency jusqu'en 1291. Alors, l'évèque, Guillaume de Mâcon, fit à Jeanne, comtesse de Blois; cession de tous les fiefs et arrière-fiefs qu'on nommait Vendômois ou de Saint-Firmin, parmi lesquels se trouvait Beaugency, à la charge d'offrir tous les ans un cierge de cent livres à l'église d'Amiens ; « ce qui avait encore lieu avant la révolution, disent les auteurs du Gallia Christiana; de là vient qu'en mémoire du miracle dont il a été parlé, la ville de Beaugency était tenue d'envoyer tous les ans , le 13 janvier, jour de Y Invention de saint Firmin, deux députés à Orléans , chargés d'offrir, par les mains du procureur de la nation picarde, un florin d'or à l'offertoire de la messe solennelle que cette nation faisait célébrer dans l'église de Saint - Pierre-ïe- Puellier. »

Beaugency était autrefois totalement entourée de murs flanqués de tours et de bastions; une partie

de celle enceinte est encore debout ; une autre partie a été détruite, et a fait place à des promenades. Les fortifications du château s'étendaient alors jusqu'à ce magnifique pont de trente-neuf arches jeté sur la Loire; elles ont été rasées en 1767. Le seul débris de l'ancien château de Beaugency, qui ait traversé les âges, est une tour massive, où le mauvais goût de l'architecture gauloise se révèle en son entier; sa longueur est de 72 pieds, sur 62 de large; elle était autrefois environnée de murailles ; sa couverture en plomb fut brûlée dans le xvie siècle, par suite de l'incendie d'une abbaye voisine. L'élévation de la tour de Beaugency était de 125 pieds ; mais en 1767 on a été forcé d'en démolir environ 10 pieds qui menaçaient ruine ; deux vedettes ou guérites étaient construites à ses deux angles supérieurs, et il régnait tout autour un rempart; les murs étaient d'une épaisseur de 8 à 9 pieds. La partie inférieure est séparée du reste du monument par des voûtes en pierre; elle est éclairée par des jours étroits; un puits s'y trouvait creusé. On arrivait aux étages supérieurs par un escalier dont il ne reste plus que quelques degrés, et par une communication établie entre le premier étage et le château. Des arcs à plein cintre reposant sur des colonnes , partagent intérieurement la tour en deux parties presque égales, depuis le premier étage ; ces arceaux et ces colonnes superposées soutenaient les planchers. Quatre corps de cheminée avaient été pratiqués dans l'épaisseur des murs ; ils servaient aux quatre étages supérieurs, et sont plus récents que le reste de la tour ; leur forme ne les fait pas remonter au delà de la renaissance. La tour de Beaugency, adossée à un monticule d'environ 30 pieds de hauteur sur 100 pieds de surface, offre encore aujourd'hui une masse imposante, qui fait apercevoir la ville de très-loin. L'hôtel-de~ ville de Beaugency est un des édifices les plus remarquables de la cité ; sa façade élégante et gracieuse est presque semblable, mais dans des dimensions plus petites, à celle de l'ancien hôtel-de-ville d'Orléaus. Cette façade est sculptée avec goût, ornée de basreliefs, de portraits et d'une salamandre, emblème du règne de François Ier.

Jusqu'à la fin du xme siècle, Beaugency a eu des seigneurs particuliers; il est difficile de suivre leur chronologie historique ; ce n'est qu'après de longifes recherches que nous avons pu obtenir un résultat. Ce résultat le voici. Lancelin, nommé aussi dans diverses chartes Landri Ier, paraît avoir été le premier seigneur héréditaire de Beaugency; il était, selon Bernier, allié à la maison royale de France, et vivait e» l'an KiCO. L'an 1033, au mois d'août, troisième année du règne de Henri Ier, il fit expédier une charte par laquelle il donnait à l'église de Saint-Euverte d'Orléans le village de Vesel : vïllain de Vesclo. C'étaient alors les beaux jours où le clergé recevait force donations. Le baron pillard, qui avait dévasté dans sa jeunesse abbayes et monastère:, avait le repentir au cœur sur la fin de sa vie; il se rendait auprès des chanoines du chapitre, et il leur accordait châteaux, gras pâturages, redevances en argent, afind'obtenirla rémission de ses péciiés, et que son corps fût admis sous le portique, ou dans l'un des caveaux de l'église abbatiale. C'est ce qui a constitué et maintenu dans le moyen âge l'immense force du clergé ; à toutes

les époques la force morale a dompté ia force matérielle. L'acte de concession fait par Lancelin est signé, d'après la coutume du temps, par trois chevaliers, un clerc et cinq autres témoins. Lancelin vivait encore en 1051 ; on ne connaît pas l'époque précise de sa mort.

Lancelin ou Landri II succéda à son père. L'an 1078, il amena des troupes au roi Philippe Ier pour l'aider à réduire Hugues du Puiset, lequel, fier de la protection de Guillaume le Conquérant, s'était révolté contre son suzerain. Mais il eut le malheur d'être pris par Hugues dans un combat, ainsi que le comte de Nevers, et l'évêque d'Auxerre. On ignore combien dura sa captivité. Voici ce que porte à son sujet le cartulaire de l'abbaye de Vendôme. Lancelin, par sa naissance, était illustre; quant à ses qualités privées, il était très-renommé par son habileté dans les armes, par son économie et le soin qu'il eut d'agrandir ses domaines, de sorte qu'il passait pour l'un des hommes les plus adroits dans le maniement des affaires. 11 acheva une église que la piété de quelques fidèles avait commencée dans le faubourg de son château, la fit dédier par l'évêque d'Orléans, puis il la donna aux moines de Vendôme. Les chanoines de Beaugency s'opposèrent à cette donation, sous prétexte que l'église était dans l'enceinte de leur cimetière. Lancelin termina cette querelle en présence de l'évêque, à Meung, et les chanoines furent obligés de céder. Raoul Ier, sire de Beaugency, après Lancelin II, son père, fut un des plus vaillants chevaliers de son époque. L'an 1090, il guerroya contre le comte de Vendôme, le fit prisonnier, et le contraignit de s'accommoder avec lui, aux conditions qu'il lui imposa. L'an 1096, il fit partie de cette brave noblesse qui suivit Godefroi de Bouillon à la conquête de la Terre-Sainte; il accomplit nombre de prouesses devant Antioche, et surtout au siège de Jérusalem. Depuis son retour, il eut avec Thibaut IV, comte de Blois, de violentes querelles qu'il voulut terminer par un combat singulier; il envoya le cartel de défi par un de ses hommes d'armes. Ives de Chartres, ami de Raoul, lui écrivit à ce sujet une lettre qui l'engagea non-seulement à se désister de ce défi, mais encore à se réconcilier avec son ennemi. La docilité de Raoul en cette circonstance fut d'autant plus louable, que son procédé contre Thibaut avait été approuvé par l'évêque d'Orléans. La réconciliation de Raoul avec le comte de Blois le fit un moment dévier de son devoir. Thibaut ayant formé en 1112 une ligue de plusieurs seigneurs contre le roi Louis le Gros, y entraîna le sire de Beaugency. Suger rapporte que dans la bataille qui se donna entre le monarque etles confédérés, Raoul, par sa valeur et son habileté, balança longtemps la victoire, avant qu'elle se déclarât pour le roi de France. L'an 1118, Raoul fui envoyé par le roi, avec Amaury de Montfort, vers Foulques le Jeune, comte d'Anjou, pour traiter avec lui de ses prétentions à la charge de grand sénéchalde France. La iiiénie année il rendit hommage à Fnguerrand d'Amiens, évêque de cette ville, pour une partie du château de Beaugency. On croit qu'il mourut en 1128.

Simon Ier succéda à Raoul son père ; sa vie est dénuée d'intérêt; l'an 1152, il reçut dans son château de Beaugency Louis le Jeune et la reine Eléo-

noie, sa femme, qui s'y étaient rendus pour faire prononcer la nullité de leur mariage par le concile assemblé dans cette ville. Lancelin III, son Irère, recueillit sa succession; de son temps, le pape Alexandre III, fut reçu dans Beaugency par les rois de France et d'Angleterre. Jean Ier, fils de Lancelin III, n'est remarquable que par les fréquentes donations qu'il fit aux clercs. En 1192, il rétablit l'école de Beaugency ; il fonda des prières dans l'abbaye, avec une lampe perpétuelle, pour le repos de l'âme de ses prédécesseurs, la sienne et celle de ses enfants ; il fit construire une chapelle dans l'église de Beaugency, pour être le lieu de sa sépulture, et y établit un chapelain à perpétuité. — Jean II hérita des biens de son père, Jean Ier; il fut un des chevaliers bannerets qui servirent avec le plus de zèle Philippe- Auguste ; l'an 1215, au mois de juillet, il vendit à ce prince tous les droits qu'il pouvait avoir sur le comté de Vermandois. Simon II lui succéda en 1218 ; il accompagna le roi saint Louis dans son expédition d'outre mer. On a de lui une chai te donnée à la Toussaint 1241 , par laquelle il renonce au droit qu'il avait de prendre une certaine quantité de verjus dans les vignes de ses vassaux. Raoul II fut le dernier sire de Beaugency. Sa vie est obscure. Se voyant sans enfants, il vendit dans le mois de mars 1292, au roi Philippe le Bel, la seigneurie de Beaugency, qui fut donnée plus tard en douaire à Clémence, veuve de Louis le Hutin. Après la mort de cette reine, Beaugency fut réunie définitivement au domaine. A. M.

RELIGION D'ODIN

(Etudes historiques. Deuxième article.) (Voir page 323.)

Les déesses sont Eira, savante dans la médecine; Gifione, déesse de la virginité ; Fulla, confidente de Frigga ; Freya, qui pleure toujours Osdrus son mari qui est absent, et ses larmes sont des gouttes d'or; Yara, déesse de la fidélité; Snotra, de la science; Gra, messagère des dieux. LesValkyries sont chargées de servir les héros dans le Vahasla, de choisir les âmes réservées à Odin, et de donner la victoire au parti protégé par ce dieu. La cour des dieux se tient sous le grand frêne, au sommet duquel est un aigle aux regards perçants et dont les racines sont dévorées par un serpent : la sagesse est cachée dans une fontaine qui coule au pied de l'arbre, et trois vierges l'arrosent continuellement avec l'eau puisée à la fontaine des choses passées. Ces trois vierges ont nom le passé, le présent, Yavenir, et elles dispensent les jours aux hommes.

Quant au système cosmogonique des Scandinaves, voici ce que nous en dit l'Edda : « Au commencement des temps il n'y avait rien, ni mer, ni rivage, ni fondement en dessous ; on ne voyait point de terre en bas ni de ciel en haut, un vaste abîme était tout (Volupsa); au nord est une contrée appelée le Nisthein, au milieu de laquelle coulent les fleuves suivants : l'Angoisse, le Séjour de la mort, le Gouffre, la Tempête, le Tourbillon, le Rugissement et le Hurlement, l'Abîme (Edda) : au midi, existait avant toutes choses un monde lumineux et ardent,

inhabitable ; Surtur le Noir y tient son empire : il viendra à la fin du monde pour combattre les dieux ( Volupsa). Les fleuves du Nisthein s'étant éloignés de leur source, le venin qu'ils roulaient se durcit comme les scories d'un fourneau refroidi, et les flots qui coulaient dessus formèrent des vapeurs glacées qui remplirent l'abîme : ces vapeurs, fondues parle vent du midi, formèrent, /ar la vertu de celui qui gouverne, un être nomme Ymer. Pendant le sommeil d'Ymer il naquit de lui un couple qui peupla la terre : race impie et perverse qui fut appelée Géants de la gelée, à cause de son origine. Cependant Born naquit, et ses fils furent Odin, Vile et Ve, dont les uns ont fait les trois fils de IS'oë et dans lesquels d'autres ont voulu voir la Trinité. Les fils de Born tuèrent le géant Ymer, et son sang causa une inondation où périt toute sa race, excepté un seul qui se sauva sur sa barque, ainsi que sa famille. Ensuite les fils d'Ymer traînèrent son cadavre dans l'abîme et formèrent la terre de ses chairs, la mer de son sang, et le ciel de son crâne que soutiennent les quatre nains, Est, Nord, Sud, Ouest. Après cela ils attachèrent des flambeaux à cette voûte pour régler le jour et la nuit, car, auparavant, le soleil ne savait pas où était son palais, la lune ignorait ses forces, les étoiles ne connaissaient pas la place qu'elles devaient occuper (Volupsa). Un jour les fils de Born trouvèrent sur le bord de la mer deux morceaux de bois dont ils firent le premier homme et la première femme, et ils appelèrent ce couple Aske et Emla.

Après une longue suite de siècles, viendra enfin le dernier jour du monde ou crepuscu'e. Ce jour sera précédé de plusieurs signes, dont voici les principaux: pendant trois hivers entiers (hiver pour année), le crime régnera sur la terre ; les guerres civiles diviseront ses malheureux habitants, et alors le jourfatal approche: le grand frêne est violemment agité; Surtur vient du midi rempli de prestiges trompeurs ; un soleil mobile rayonne sur son épée, les dieux se troublent, les hommes suivent en foule les sentiers de la mort, le ciel est fendu (Volupsa). Nous lisons dans saint Matthieu, chap. xrv : «Alors l'iniquité sera multipliéesurla terre ettoute charité ensera bannie;» et dans l'Apocalypse : « Les étoiles tombèrent sur la terre ; le ciel se retira comme un livre qu'on roule, et toutes les montagnes et les îles furent ébranlées» (chap. vi). Revenons à l'Edda; alors les génies passent à cheval sur le pont du ciel qui s'écroule ; le mauvais principe brise ses fers, et un combat terrible s'engage entre lui etles dieux. Nous voyons dans l'Apocalypse: «En ce jour il y eut une grande bataille au ciel: Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon et ses anges combattaient : mais ils furent vaincus, et leur place ne fut plus trouvée dans le ciel.» Zoroastre enseignait aussi que les combats d'Orosmane et d'Arimane dureraient jusqu'au dernier jour. Dans ce combat Odin est tué par le loup Fenris, qui dévore le soleil ; Thor tue le grand serpent, mais il recule de neuf pas et tombe étouffé par les flots de venin que vomit le monstre, et Surtur embrase l'univers. Mais bientôt la terre reparaît plus belle et le mal est désormais banni de sa surface. Le Dieu suprême, oublié jusque-là, reparaît pour juger les hommes : les justes vont habiter un séjour que la

Volupsa décrit ainsi : Un palais plus brillant que le soleil se découvre, son toit est d'or pur : c'est là que le peuple des bons habitera et se livrera à la joie durant tous les âges. Opposez à cette peinture le hideux tableau de la demeure des méchants. Il est une habitation éloignée du soleil, dont toutes les portes sont tournées vers le nord : le poison y pleut par mille ouvertures ; elle est composée de cadavres de serpents, et des torrents de venin y coulent, dans lesquels sont les parjures, les assassins et ceux qui ont violé la foi conjugale : un dragon ailé vole tout autour et dévore les cadavres des malheureux qui y sont renfermés.

Dans ce système l'on retrouve, quoique altérés, les principaux points du récit de Moïse : d'abord le chaos qui dans toutes les religions précède le monde créé ; l'homme formé par Dieu du limon de la terre, et la femme tirée de l'homme ; le péché ou le mal personnifié dans Loke; les géants si célèbres dans les mythes grecs et dont la Bible parle comme d'une race de stature colossale; puis le déluge couvrant la terre à la voix du Seigneur, et une seule famille échappant au désastre universel; la fin du monde prédite avec des traits si ressemblants à ce que nous en dit saint Jean ; le jugement universel, et le dogme d'une autre vie où la vertu sera rémunérée et le vice puni. N'est-il pas merveilleux de retrouver ces notions conservées dans toutes les traditions, précieux débris qui prouvent assez que tous les peuples eurent la même origine ?

« Comme tous les peuples naissants, les Scandinaves crurent à la magie, et, selon eux, Odin en était l'inventeur ainsi que des caractères runiques. Voici ce qu'en dit une ode très-ancienne :

» Odin, le souverain des hommes, se lève ; il selle son cheval Shipner, il le monte et se rend dans le séjour souterrain de Héla.

» Le chien qui garde le séjour de la mort court au devant de lui : sa poitrine et sa mâchoire sont teintes de sang ; il ouvre sa gueule avide de mordre et hurle long-temps à la vue du père de la magie.

» Odin poursuit sa route : son cheval fait retentir les cavernes souterraines : enfin il touche au profond séjour de la mort et s'arrête près de la porte orientale où est le tombeau de la devineresse.

»I1 lui chante des vers propres à évoquer les ombres; il regarde au septentrion ; il grave des caractères runiques sur son tombeau : il profère des paroles mystérieuses et demande qu'on lui réponde : enfin la devineresse vaincue se lève et parle ainsi :

» Quel est cet inconnu qui ose troubler mon repos, et m'arracher du sépulcre où je suis couchée depuis si longtemps, couverte de neige et arrosée par les pluies ? »

Aussi, pareils aux sauvages tribus qui errent sur les bords désolés de la mer de Baffin et que le capitaine Parry a vu entourer leurs prêtres ou sorciers en frissonnant de crainte, les nations d'origine Scandinave tremblaient devant leurs Proltcs qu'ils croyaient posséder tous les pouvoirs surnaturels que donne la magie.

Ils avaient aussi des géants, des nains, des fées qui dispensaient à leur gré le bonheur et le malheur à chaque homme, source féconde où les romans de la chevalerie moderne ont puisé tout le merveilleux dont ils sont remplis.

Parmi les devoirs imposés aux adorateurs d'Odin, le courage, l'hospitalité et le respect pour les vieillards, tenaient le premier rang : voici quelques sentences tirées du Discours sublime et qui nous donnent une idée de leur morale : « L'hôte qui vient chez vous a besoin d'eau pour laver ses pieds et de feu pour réchauffer ses membres. — Ne riez point des vieillards ni de votre vieux aïeul : des rides de la peau il sort souvent des paroles pleines de sagesse. — Soyez humain à l'égard du pèlerin que vous trouvez sur la route. — L'oiseau de l'oubli chante devant celui qui s'enivre et lui dérobe son âme. — La paix brille plus que le feu pendant cinq nuits entre de mauvais amis : mais elle s'éteint quand brille le sixième jour, et alors l'amitié se change en haine. » {La fin à un prochain numéro.)

FRANGE

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