LE SULTAN, REDACTEUR. EN CHEF
Nos lecteurs savent que le Grand-Seigneur a dissous le corps des janissaires, et discipliné son armée suivant les règles européennes ; ils savent aussi qu'il étudie avec beaucoup de zèle l'art militaire, qu'il boit du vin et porte à merveille l'habit français; mais ce qu'ils ignorent sansdoute, c'est que le Grand-Seigneur est journaliste.
Quoi de plus intéressant que la feuille hebdomadaire Tekwlmi-fVekai ou Tableau des evénemens, imprimée en arabe et en français, rédigée par les intimes du sultan, et sous sa direction ! Quand le Moniteur ottoman, car c'est ainsi que s'appelle la partie française du journal, parut pour la première lois ( 5 novembre i83i), les Turcs ne voulurent pas croire qu'on pût prendre plaisir à une semblable feuille de papier, sur laquelle on ne voyait ni gravures, ni dorures. Assoupis par le tabac et le café, ils l'honorèrent à peine d'un regard; les plus hardis se moquèrent de Mahmoud et de son journal. Mais le Grand-Seigneur s'est noblement vengé de celte indifférence; il a su se faire lire avec intérêt d'abord, ensuite avec rage, avec frénésie; et voici par quels moyens.
Chaque pacha fut invité à souscrire pour un certain nombre d'exemplaires en faveur des habitans de sa province; puis le texte ottoman, qui ne correspond pas toujours au texte français, contenait des critiques si mordantes, des éloges si flatteurs des premiers personnages du pays, que ceux-ci s'empressèrent bientôt de régler leur conduite d'après l'esprit île cette publication, s'abandonnant tour à tour à une gaîté folle ou à un chagrin profond, selon que le Tableau des événè* mens avait été plus ou moins bienveillant à leur égard.
En outre, on eut soin de faire lire à haute voix cettt gazette dans les lieux publics, cafés, cabinets de lecture, etc.; ceux qui connaissaient la langue écrite n'eurent rien de si empressé, que de s'en conslituerles in-
terprètes vis-à-vis de leurs compatriotes, et de parler en quelque sorte par la bouche du sultan. Aujourd'hui encore cette lecture se fait souvent à haute voix. C'est une solennité qui diffère essentiellement de la manière dont les Ottomans se racontent les fables et anecdotes, car, à cette dernière occasion , le conteur se trouve souvent interrompu par les acclamations ou les éclats de rire de l'assemblée qui l'entoure, tandis qu'un recueillement profond préside à l'explication des pages imprimées. De temps à autre seulement, ce silence est interrompu par les cris : Jns hallali ( si Dieu le veut) ! ou Hallah kerim (Dieu est grand) !
Il faut dire aussi que le sultan est enthousiaste de M. O'Connel. Les discours les plus révolutionnaires de l'agitateur d'Irlande se trouvent reproduits dans son journal avec une exactitude scrupuleuse; et, quand il y a quelques omissions, on peut être sûr qu'elles ne portent que sur des passages d'intérêt de localité ou de circonstance. En général le choix des morceaux extraits des journaux étrangers est fait avec goût et discernement.
Il est curieux de voir quel soin prend le gouvernement pour exciter la curiosité des orientaux et poulies intéresser aux affaires publiques. L'organisation de l'armée, les mouvemens de la flotte, le bulletin des batailles, l'administration civile, les événemens dans les provinces, tous ces sujets sont traités dans la feuille officielle. On y trouve de temps à autre le budget, spécifiant toutes les dépenses et les revenus de l'État. Il est inoui, dans l'histoire de l'empire ottoman, de voir un souverain rendre compte à ses contribuables de l'emploi des deniers publics. L'industrie, les arts et métiers, les inventions utiles, la littérature , tout ce qui peut contribuer enfin au bien-être matériel et intellectuel a paru au grand journaliste de Constantinople digne de sa sollicitude. En un mot, le Moniteur ottoman est l'expression d'un prudent réformateur; c'est le verbe frais et énergique d'un prophète de bonne foi, qui lutte avec gloire contre les revers que la destinée lui a préparés.
LES VEGETAUX MARINS.
Isolé au milieu de l'Océan indien, souvent un navire battu des vents, désolé par la famine, est sur le point de périr. Tout à coup, le pilote aperçoit des forêts àe fucus qui s'élèvent du fond de la mer; leurs feuilles rondes et larges sont criblées de trous qui laissent passer l'onde salée, mais leurs tiges et leurs racines offrent un mets aussi précieux que salutaire. A cet aspect, l'équipage sent renaître ses forces; il cueille ces végétaux que la Providence lui présente. Son courage se ranime; l'espérance renaît dans tous les cœurs, et, grâce à une faible plante , déjà il se dirige vers sa patrie bien-aimée.
L'Océan n'est pas seulement orné de forêts; il a aussi ses jardins et ses fleurs. C'est au milieu des coquilles de nacre et des arbres de corail que s'élèvent modestement les feuilles jaunes de la violette marine et le rosier des eaux qui se couronne de fleurs comme le rosier des jardins. Mais, parmi les brillans végétaux qui embellissent l'empire des ondes, rien n'est plus magnifique que ces fucus gigantesques, dont les tiges
semblent mesurer les gouffres qu'ils ombragent. Quelquefois la tempête brise, arrache et pousse ces forêts entières, avec tous leurs habitans, au milieu des grandes eaux. Alors, semblables à des filets, ils entraînent tout ce qui se trouve sur leur passage. Enveloppés dans ces îles de verdure, les poissons, les coquillages, les insectes, sont entraînés dans les mers étrangères, où ils fondent de nouvelles colonies. Antiques habitans de ces vastes labyrinthes, ils se promènent sous les mêmes feuillages, reposent dans les mêmes retraites, où ils reçurent le jour, et voyagent, pour ainsi dire, sans quitter leur patrie. L. Aimé-Martin.
Les dames romaines avaient des robes transparentes comme du verre; bientôt nos élégantes parisiennes pourront être aussi pudiquement vêtues. On nous écrit de Milan: « M. Olivi, de Venise, vient d'apporter, dans une découverte déjà ancienne, des perfectionnemens dont l'industrie pourra être appelée à recueillir de grands avantages : c'est l'art de tisser le fil de verre. Le procédé dont M. Olivi est l'inventeur diffère des essais qui ont été faits en d'autres pays, en ce que le verre prend toutes les nuances transparentes ou opaques; il s'assouplit au point de pouvoir être tissé et tordu, à peu de choses près, jusqu'au nœud parfait. Ainsi manipulé, le verre conserve sa souplesse et résiste à l'action du feu. En voyant les échantillons de ce travail , on est frappé de la beauté et de l'éclat des couleurs qu'on a su lui donner. »
REGNE ANIMAL
(Premier article.)
Par le partage des productions de la nature enRègnes, Classes, Ordres, Genres et Espèces, on a fixé à chacune de ces divisions et des propriétés générales peu nombreuses destinées à les faire distinguer, et des dénominations exprimant ces propriétés. Par ce mécanisme, qui constitue les systèmes et les méthodes , on arrive à ordonner, à ranger régulièrement les plus nombreuses productions, à donner de leurs divers groupes une idée assez précise, et à faciliter l'étude en faisant descendre des notions générales qui embrassent un plus ou moins grand nombre de corps, aux notions particulières qui appartiennent à chacun d'eux. L'ensemble de ces divisions et de ces distinctions fondées sur des propriétés constantes qu'on nomme caractères , compose un tableau en quelque sorte représentatif de tous les objets créés et les lie entre eux par des rapports invariables.
Les Tableaux Méthodiques tiennent à la fois aux arts et aux lettres ; aux arts, par leur disposition qui facilite singulièrement l'étude mnémonique ; aux lettres, par une énonciation raisonnée des faits qu'ils embrassent ou des doctrines qu'ils présentent.
La Zoologie enseigne que tout être organisé , formant un ensemble dont toutes les parties se correspondent mutuellement, aucune ne peut changer sans que les autres changent aussi. « Par exemple, dit Cuvier , si les intestins d'un animal sont organisés de manière à ne digérer que de la chair récente, il faut que ses mâchoires soient construites pour dévorer une proie; ses griffes pour la saisir et la déchirer; ses dents pour la décomposer et la diviser ; le système entier de se* organes du
mouvement pour la poursuivre et pour l'atteindre ; les organes des sens pour l'apercevoir de loin; il faut même que la nature ait placé dans son cerveau l'instinct nécessaire pour savoir se cacher et tendre des pièges à ses victimes , etc.»
Il résulte de là que la forme d'un seul organe ou même d'un seul os de mammifère , par exemple , étant bien connue, on peut, à la rigueur, en s'appuyant sur les données fournies par l'Anaiomie Comparée , déterminer quels sont les animaux auxquels ressemble le plus l'espèce dont il s'agit, et, par conséquent, connaître en grande partie ses formes et ses habitudes. Or, comme les intestins, les dents et les pieds sont dans un rapport plus direct avec ces mêmes habitudes, ils fournissent des caractères qui remplissent plus facilement le même objet.
Lorsqu'on cherche à classer les animaux d'après les modifications qu'on remarque dans les appareils les plus importans à la vie *et d'après l'ensemble de leur organisation, on voit qu'ils peuvent tous se rapporter à quatre Types principaux. Ainsi dans la méthode de Cuvier, que nous suivrons ici , le Règne animal est divisé en quatre grands embranchemens, savoir : les Animaux Vertébrés, les Animaux Mollusques , les Animaux Articulés et les Animaux Rayonnes.
tronc; les membres manquent quelquefois; et d'autres fois , il n'y en a que deux; mais, dans l'immense majorité des cas, leur nombre est de quatre, et jamais il ne s'élève plus haut. Le système nerveux est très-développé, et se compose, entre autres parties, d'une moelle épinière et d'un cerveau situés au dessus du canal digestif, et logés en partie dans la tète et en partie dans le tronc. Les globules du sang sont toujours rouges, et ce liquide circule dans un système vasculaire complet. Le cœur est musculaire et se compose de deux cavités au moins. Enfin, l'appareil digestif est très-compliqué. Il existe toujours deux mâchoires impaires et placées l'une au dessus ou au devant de l'autre; des glandes salivaires, un foie, un pancréas, une rate et des reins.
Le Type des Vertébrés a été partagé en quatre classes parfaitement isolées les unes des autres par l'organisation des êtres qui composent chacune d'elles. La subordination des caractères est si nette et si palpable, que l'on peut décider, à priori, des mœurs et des habitudes instinctives d'un animal , d'après la forme générale de sa structure, et surtout d'après les proportions que conservent entre eux tels ou tels appareils de sa vie.
pr TYPE. — VERTEBRES.
Oh H
I" Classe. MAMMIFÈRES, o Ordres.
2e Classe.