BEFFROI DE BERGUE8-SAINT-W1NOC
Le nom primitif de la ville de Bergues était Groen- Bcrç, c'est-à-dire la Montagne Verte; les Morins, peuples grossiers et sauvages, occupaient ce territoire. Vers la (in du vne siècle, Winoc, prince breton, se rendit en France, et vintse soumettre à ladiscipline du monastère de Saint-Berlin; bientôt il prit possession du Grocn-Bcrg, accompagné de plusieurs religieux; là, ils élevèrent une petite chapelle, et convertirent au christianisme tous les petits seigneurs ,
et les chefs féodaux de cette partie de la Morinie. Winoc mourut le 6 novembre 717. Son tombeau donna lieu à des miracles comme ceux de Saint- Onier et de Saint-Berlin ; il attira la dévotion des peuple.':, et contribua aux accroissements de la cité à laquelle il a laissé l'empreinte ineffaçable de son souvenir. Le culte de saint Winoc devint célèbre dan, la Morinie; les habitants de Bergues, à toutes les époques,, ont témoigné une profonde vénération pour leur fondateur ; jadis la châsse du saint, d'une grande magnificence, se voyait au-dessus du maîtreautel de l'abbaye ; son chef reposait dans un buste d'argent qui fut brisé à la révolution, et envoyé à la Monnaie.
Quand le voyageur s'arrête un moment dans l'un des nombreux vestibules de lTIùtel-de-Ville, il y découvre, parmi divers objets précieux pour les arts, un tableau figurant une lente navigation delà châsse de saint Winoc dans un cercueil de plomb, sur les eaux paisibles de la Colme, en présence d'une multitude de chrétiens accourus sur les bords de la rivière. On raconte à ce sujet maintes traditions qui subsistent encore, et voici la version la plus accréditée. La fille unique d'un bourgeois opulent était tombée dans la Colme ; ses parents avaient tenté des moyens inou'is pour la sauver ou pour recouvrer son corps; tout avait été infructueux; soudain une voix inconnue s'écrie : « Adressez-vous à saint Winoc. » Le père désolé se rend à l'abbaye ; il supplie l'abbé de faire placer sur les eaux les dépouilles du saint; les moines y consentirent, et à peine les reliques étaientelles plongées dans la Colme, que la jeune fille reparut pleine de vie. Telle est la cause donnée à l'immersion annuelle de saint Winoc, qui a procuré si longtemps à son monastère d'immenses bénéfices. A travers les narrations des miracles et des pieuses légendes conservées dans les archives monastiques, il est certains faits qui peuvent s'expliquer. Les Flamands avaient pu mettre la navigation de la Colme sous la protection de saint Winoc, comme les Anglais avaient placé le passage du détroit sous les auspices de sainte Marguerite. Les saints au moyen âge produisaient un enthousiasme égal à celui des héros dans l'antiquité; c'est la même conviction formulée d'une autre manière, le même penchant à immortaliser ceux qui ont dévoué leur vie ausalutou au bienêtre d'autrui.
Dans le xive siècle, la ville de Bergues, qui s'était déclarée pour les Anglais, fut prise d'assaut et incendiée par l'armée de Charles VI ; quelques années plus tard elle renaissait de ses ruines, et devenait plus forte qu'avant son désastre; de notables embellissements y fuient faits. Le maréchal de Termes s'en empara en 1558, et toute la population fut massacrée; la ville et l'abbaye furent réduites en cendres. Philippe H, roi d'Espagne, releva les fortifications de cette place ; en 1667, Louis XIV s'en rendit maître, et, par le traité d'Aix-la-Chapelle, elle est demeurée à la France. Parmi les monuments de Bergues-Saint- Winoc, on distingue spécialement l'Hotel-de- Ville et le beffroi. L'Hôtel-de- Ville est un monument trèsremarquable; sa construction tlate de 1664; l'architecture en est gracieuse, et l'on ne trouverait peutêtre pas dans tout le département du Nord une salle plus vaste et plus majestueuse que celle réservée aux
séances du conseil d'administration. Cette salle attire l'attention générale par son magnifique aspect, comme les pièces voisines frappent l'œil du voyageur par leurs belles collections de tableaux. Avec quelques réparations, cet Hôtel-de-Ville ressemblerait à un joli palais des anciens gouverneurs des Pays-Bas. Plusieurs des tableaux sont attribués à Rubens; son portrait par Van-Dyck mérite surtout d'être mentionné. Cette riche collection, ainsi que la bibliothèque, proviennent de l'abbaye de Saint-Winoc, débris précieux qui prouvent, connue ceux du monastère de Saint-Bertin, l'influence exercée dans ces contrées par les moines, sur les travaux industriels, les sciences et les arts.
Le beffroi, haut de 150 pieds, est l'édifice le plus curieux deBergues; sa construction est d'une grande hardiesse, sa forme d'une élégance recherchée. L'origine de ce beffroi est espagnole; l'architecte, diton, ne comptait guère sur la solidité de son œuvre, et l'on raconte qu'à sa sortie il se retourna plus d'une fois avec inquiétude pour s'assurer si le monument était toujours debout. On y posa deux belles cloches; la première, qui avait un son éclatant, fut suspendue le 25 novembre 1C43 ; il y a quelques années, le carillon se faisait encore entendre, et retentissait chaque fois que la grosse cloche sonnait. Le 23 février 1805, un orage affreux éclata sur la ville ; la foudre pénétra avec explosion dans le beffroi, et mit
le feu à la toiture. Le beffroi est une tour carrée, ornée de plusieurs rangs de cannelures et flanquée à son sommet de quatre guérites ; le carillon est surmonté d'une flèche dont |la girouette est armoriée aux armes de la cité. Les archives municipales gisent éparpillées dans une salle de la tour.
Mais la merveille de la ville de Bergues, c'était l'abbaye de Saint-AVmoc dont la destruction est déplorée par ceux qui l'ont vue dans tout son éclat ; le chœur de l'église était d'une grande magnificence, enrichi de marbre et d'or; des milliers de volumes, débris de la bibliothèque du monastère, garnissent aujourd'hui les dépôts littéraires de Dunkerque et de Bergues. L'abbaye de Saint-Winoc, renversée de fond en comble en 1558, n'avait jamais été complètement rétablie; elle portait encore les traces des guerres féodales, lorsque la révolution française l'anéantit. Abandonnée en 1791, elle fut démolie deux ans plus tard, et les ruines vendues ; deux tours seules furent ivservées pour servir de phare aux marins. Le 9 mars 1812, à six heures du soir, la Tour blanche s'écroula avec un fracas épouvantable; on l'a rebâtie en même temps que la Tour ùleue, si utile aux navigateurs (1).
(I) La plupart de ces détails sont extraits des recherches de M. Piers, bibliothécaire de la ville de Saint-Onier, l'une des capacités départementales les plus laborieuses et les plus fécondes.
(Beffroi de Bergues-Saint-Winoc.
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(Ancien château de Courtrai.)
S'il faut en croire divers auteurs, Lille devrait son origine à un château bâti par Jules César. On ignore où était ce château ; plusieurs le placent aux environs de l'église Saint-Maurice ; il paraît plus vraisemblable qu'il a été où est présentement le cirque ; son élévation et les fossés qui l'entourent désignent .encore l'emplacement d'une antique forteresse; sa position dans une île formée par la Deùle ;aura vraisemblablement donné le nom de Lille, Illa, à la ville qui s'est formée autour d'elle. Cette ville fut ensuite la demeure des châtelains que les Romains laissaient dans les pays qu'ils avaient conquis, «St enfin des forestiers qui gouvernèrent la Flandre Sôus les rois de la première race jusqu'aux comtes de Flandre. Baudouin IV, dit à la belle barbe, sixième -comte, trouvant que la ville, qui s'était bâtie autour du château, pouvait faire un poste de résistance, la '.fit entourer de murs en 1030 ; son fils continua l'ouvrage ; en 1047, il termina l'enceinte, y fit percer •quatre portes, et obtint le surnom de Lille, à cause »des grands établissements qu'il fit dans la cité.
En 1128, Lille soutint un premier siège contre Louis le Gros, qui fut obligé de l'abandonner. Philippe-Auguste en fit le deuxième siège, en 1213, et s'en empara ; le roi reprenait la route de sa capitale, lorsque les habitants se révoltèrent et chassèrent les troupes qu'il y avait laissées ; Philippe-Auguste revint sur ses pas et réduisit la ville en cendres; l'incendie fut «i violent que le terrain marécageux s'en- Toms tv. — Septembre 183"?
flamma. C'est cependant à ce désastre que Lille doit son premier agrandissement ; la cité fut rebâtie ; elle s'accrut de la paroisse Saint-Sauveur; elle eut alors six portes. Après Baudouin et la comtesse Jeanne, nul souverain n'a plus favorisé Lille que Louis XIV, sous son règne la ville s'est fortifiée; aussi au-dessus de la porte de Paris on voit le buste du grand roi couronné par la Victoire. On s'est occupé récemment à restaurer une partie des ornements de la porte de Paris ; c'était justice, surtout à l'égard des deux statues de Mars et d'Hercule qui furent dénoncées comme aristocrates en 1793, et à qui onavait coupé latète. Pendant plus de trente ans, ces deux infortunés figurèrent dans cet état; mais le jour de la justice étant arrivé, Hercule et Mars durent avoir part aux restitutions, et on leur remit la tête sur les épaules Que n'a-t-on pu en faire autant à bien d'autres victimes?
La défense de Lille a été complétée par Vauban. La citadelle est une des plus belles qu'il y ait en Europe ; elle est séparée de la ville par une vaste esplanade, dont une partie est plantée de plusieurs allées d'arbres et forme une promenade agréable, la seule qui existe à Lille. La position de cette forteresse est telle qu'on ne peut l'attaquer qu'après la prise de la cité, ce qui ajoute beaucoup à sa force et à son importance. Vauban n'a rien négligé pour lui donner le degré de perfection que savait atteindre son génie; les fossés sont larges, profonds, bien en-
tretenus ; toute la garnison, en cas de bombardement, peut s'abriter sous des casemates ; les dehors sont couverts, d'un côté par un grand retranchement en forme de digue, de l'autre par un fossé rempli d'eau. Au-dessus de la porte d'entrée, vers l'esplanade, on lit une longue inscription latine en l'honneur de Louis XIV : une seconde porte donne sur la campagne, et ne s'ouvre qu'en temps de siège. Enfin, Lille, qui compte une population de soixante-dix mille âmes, rivalise, comme place forte, avec les plus formidables cités de la France et de l'Europe ; c'est aussi une des plus importantes villes du royaume, et la plus considérable de tous les départements du nord. De la force matérielle passons à la force morale, de la citadelle aux églises. La plupart des paroisses de Lille possèdent quelque chose digne de remarque. L'église Saint-André est une des plus belles; elle a été dévastée dans les mauvais jours de la révolution, mais depuis on l'a restaurée avec soin; sa façade, ornée de colonnes, est d'une élévation imposante. — L'architecture de l'église Sainte-Catherine est simple et noble ; comme presque tous les vieux monuments, elle a le défaut d'être encadrée dans de grossières constructions; il y a dans le chœur un magnifique tableau de Rubens, représentant le martyre de Sainte -Catherine. La haute tour qui s'élève au-dessus de l'église porte le télégraphe de Lille. — L'église Sainte-Madeleine, couronnée par un gracieux belvédère, se distingue par sa coupole élégante des autres édifices religieux de la cité. — L'église Saint-Sauveur possédait une belle flèche gothique qui servit de point de mire aux Autrichiens lors du fameux
siège de 1792; cette flèche fut renversée par les boulets ennemis, ftifin, l'église Saint-Maurice, vénérable édifice du xne siècle, est le plus antique, le plus vaste des monuments de la cité, remarquable par l'élévation de ses arceaux et le nombre de ses chapelles. La grosse tour qui menaçait ruine a été abattue depuis plusieurs années.
L'ancien château fie Courtrai, à Lille, avait été construit en l'année 1300, par Jacques Châtillon, d'après les ordres de Philippe le Bel, maître depuis peu de la cité, et qui n'avait pas lieu de compter sur le dévouement des habitants. En effet, Jacques Châtillon fut expulsé deux ans plus tard, et la ville se retrouva au pouvoir de Jean de Namur, fils du comte de Flandre. En 1577, le château de Courtrai fut démoli par ordre des états -généraux assemblés à Bruxelles, ainsi qu'on l'avait fait de la plupart des citadelles des Pays-Bas, afin d'ôter aux insurgés l'occasion de s'en emparer et de s'y maintenir. Philippe II ratifia cette mesure, et accorda à la ville le terrain avec les matériaux provenant des démolitions-; une partie des fossés qui entouraient le château subsiste encore; cet emplacement, ainsi que le faubourg de Courtrai, a été enclavé dans Lille par l'agrandissement fait en 1617. Le palais de Rihour fut bâti en 1430; Charles-Quint et Philippe IV, son arrièrepetit-fils, l'ont habité; ce dernier le céda, en 1660, aux magistrats, et il sert aujourd'hui d'hôtel-de-ville. L'aile droite, avec ses tours à créneaux et ses croisées gothiques, date du xve siècle ; l'aile gauche est moderne, un incendie l'ayant consumée il y a plus de cinquante ans.
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