‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 232 sur 242 · LES HOLOTHURIES · texte numérisé non relu

LES HOLOTHURIES

Parmi les divers zoophytes, les plus curieux sont incontestablement les holothuries; nous donnons aujourd'hui la gravure d'une espèce récemment découverte. Les voyageurs ne se sont point encore assez attachés à l'étude de ces animaux; il est vrai qu'il ne suffit pas de les recueillir, il faut encore les dessiner dans leur épanouissement et avec leurs couleurs; car une fois racornis dans une liqueur conservatrice, on ne peut plus en tirer aucun parti pour la détermination des espèces. Nous remarquerons qu'il résulte de plusieurs recherches sur un assez grand nombre d'individus que tous n'ont pas la même organisation, qu'il y a des différences assez notables dans les viscères, dont on ne peut cependant pas trop se servir pour la classification de ces êtres, laquelle doit plutôt être prise des formes extérieures, et surtout des tentacules qui entourent la bouche. Les principales fonctions de ces appendices sont de porter dans l'orifice buccal les particules nutritives qui peuvent se trouver à leur portée. A cet effet, lorsque tout le disque est épanoui, chacun d'eux se recourbe et s'enfonce dans la bouche pour en ressortir promptement et faire place à un autre. Il est rare que deux agissent à la fois. Les holothuries ont encore un autre moyen de se nourrir, c'est d'avaler une grande quantité de sable, parmi lequel se trouvent quelques animalcules ; leur long intestin en est toujours rempli, et c'est tout au plus si ces délicates membranes peuvent en supporter le poids. Toutes les espèces ne sont pas dans l'habitude de rejeter leurs viscères, lorsqu'on les touche ou qu'on les tourmente ; celles, par exemple, qui sont coriaces ou cartilagineuses, ne le font pas. La rade du port Jackson en donne de cette nature qui se tiennent à une assez grande profondeur, sans qu'on les voie jamais ramper sur le rivage; le plus grand nombre se tient sur les bords sablonneux; il en est même, comme l'holothurie noire, qui se recouvrent en partie de sable, à l'exception des points du dos où se trouvent ce que nous nommons les spiracules, qui sont à nu. D'autres fuient la lumière et se tiennent constamment cachés sous les pierres.

Une bonne monographie des holothuries serait à désirer, car il n'estpas certain que toutes celles, en assez i»rand nombre, qu'on trouve mentionnées dans les auteurs, soient des espèces bien distinctes. A l'époque où plusieurs d'entre elles furent décrites, on ne tenait pas assez compte des couleurs et des formes diverses qu'elles sont susceptibles de prendre. Les mêmes peuvent très-bien à cause de cela avoir reçu des noms différents ; leur histoire est donc à faire, en se servant avec précaution des matériaux qu'on possède. Ceux qui ont été^ fournis dans ces derniers temps, et qui sont relatifs aux holothuries étrangères, ont en général plus de correction, quand on a tenu compte des caractères que donnent les tentacules, la disposition des suçoirs et surtoutla forme de l'animal. L'étude de ces zoophytes n'est pas toujours des plus faciles, surtout dans les voyages de circumnavigation où l'on est obligé d'opérer rapidement. Il en est

en effet qui sont d'une lenteur désespérante à se développer, ou qui, en se contractant, perdent leurs viscères et leur forme naturelle. Les pays chauds contiennent un bien plus grand nombre d'holothuries que les pays froids; elles font encore l'objet d'un certain commerce avec la Chine, car l'habitude de manger des holothuries se maintient toujours dans ces contrées et dans les Moluques; c'est là une branche d'industrie peu considérable, quoiqu'elle s'étende jusqu'aux îles Marianes, qui envoient leurs produits à Manille. Il suffit, pour la conservation de ces zoophytes, de les vider, de les plonger dans l'eau bouillante un instant, puis de les faire sécher au soleil. Certaines espèces sont seules recherchées comme comestibles, mais c'est par préjugé qu'on rejette les autres qui paraissent de même nature ; tôt ou tard on finira par les prendre toutes. Nous regrettons que le travail de M. Mertens n'ait pas encore paru. Les recherches sur les holothuries de ce laborieux et savant naturaliste, trop tôt enlevé aux sciences, sont pour les moindres détails d'une exactitude et d'un fini précieux, dont on apprécie tout le mérite en songeant aux difficultés qu'il lui a fallu vaincre.

Fig. 1. Holothurie ananas.

Fig. 6. Intestins de l'holoturie ananas, Fig. 3 et 4. Diverses parties appartenant à la même espèce.

Cette espèce d'holothurie est la plus grande ; elle atteint près de 2 pieds de longueur ; elle est aplatie en dessus, en dessous, un peu sur les côtés et aux extrémités. Son dos est coriace, recouvert de larges replis de la peau formant des demi-cercles et des couronnes à la tête et à la queue. Ces corps sont autant de spirales creux communiquant avec l'intérieur ; leur couleur est d'un rouge-brun mélangé de noir à leur base. Les espaces compris entre ces replis sont piquetés de jaunâtre et de rouge-brun. Le ventre, d'un joli rouge-clair, est parsemé de suçoirs irrégulièrement disposés. Cette espèce se trouve au havre Carteret de la Nouvelle-Irlande ; elle vient rarement sur la plage ; on la rencontre aussi à une assez grande profondeur, sur un seul point de l'île des Cocos; les naturels la mangent. Les habitants d'Amboine la connaissent sous le nom d'ananas, et ce nom lui a été conservé.

En ouvrant les holothuries on trouve presque toujours leur cavité pleine d'eau, de sorte que tous les viscères flottent dans ce liquide. Son introduction ne paraît point se faire par la bouche, car, dans un grand nombre d'individus, les intestins sont entièrement remplis de sable ; elle parvient par les spiracules du dos et peut-être par les suçoirs ; ces ouvertures sont constamment béantes et assez grandes pour que de petits crustacés de 3 à 4 lignes de diamètre puissent y pénétrer et y vivre. L'holothurie ananas est de celles qui rejettent leurs intestins avec l'eau contenue dans le corps ; on n'a pu savoir encore combien elles pouvaient vivre de temps après cet accident. Il est surprenant de trouver les viscères de cet animal aussi bien colorés ; l'eau dont son ventre est rempli peut donner lieu de penser que celle qu'absorbent les tubes doit avoir un but : elle sert peut-être à une sorte de circulation particulière dont la marche n'a pas encore été bien observée.

§ II. — Fig. 1 et 5. — Holothurie épineuse.

Cette espèce a la forme ovalaire d'un petit concombre, pointue à l'extrémité anale, présentant plusieurs dentelures à l'opposée. Son enveloppe coriace a la dureté de celle des ananas; une rangée latérale d'épines distingue encore cette holothurie qui a neuf ou dix tentacules de couleur rougeâtre sur tout le corps, avec une tache brune à la base de chacun d'eux. La bouche est festonnée et d'un rouge plus intense dans son contour ; les suçoirs et les spiracules n'ont point de dispositions régulières. Indépendamment de ces formes extérieures, voici ce que l'organisation plus intime de ce zoophyte présente. La partie intérieure est tapissée d'une membrane jaunâtre, unie à l'enveloppe cartilagineuse par de nombreuses fibres. Le tube digestif peut avoir trois ou quatre fois la longueur du corps ; il est jaunâtre, et d'un diamètre à peu près uniforme dans son étendue, sans accroissement stomacal. Cette holothurie conserve toujours sa forme, et ne change que trèspeu dans l'esprit-de-vin. Ne pouvant pas se contracter, elle ne rejette point ses viscères. On la prend en assez grand nombre et par plusieurs brasses de profondeur, dans la rade de Sydney, au port Jackson ; jamais on ne la rencontre sur le rivage.

§ III. — Fig.7. — Poisson parasite de l'holothurie ananas.

Nous terminerons cet article par une citation de MM. Quoy et Gaimard, sur le poisson parasite de l'holothurie ananas. La chose la plus surprenante que nous ayons vue, écrivent ces savants naturalistes, a été de trouver dans la grande holothurie ananas un poisson vivant, long de six pouces, du genre Fierasfer. Cette circonstance n'était point due au hasard, car elle s'est reproduite plusieurs fois, et au retour de notre voyage, nous avons vu dans les beaux travaux de M. Mertens sur les holothuries, qu'il avait rencontré la même chose dans d'autres lieux que nous. Ce poisson, tiès-allongé, un peu aplati, ne saurait par sa grosseur loger dans l'estomac ; comme de sa nature il n'y voit que fort peu, et fuit la lumière, lorsqu'il donne au milieu des tentacules épanouis de ces grandes holothuries, il s'introduit par la bouche, et demeure entre les viscères et l'enveloppe extérieure, probablement au milieu de l'eau qui a dû s'introduire avec lui, ou que les spiracules apportent. Nous avons quelquefois rencontré deux de ces poissons parasites à la fois, sans que rien indiquât leur présence et que l'animal parût en souffrir.

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