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ÉTAT DE LA SCULPTURE EN ITALIE

Deuxième article (Voyez page 44.)

Une villedel'Italie, dont la sculpture est bien autrement avancée, est Florence. Mais elle y a un caractère tout autre qu'à Rome et. à Naples. L'ombre de Michel- Ange plane toujours sur elle. Florence est le pays de la régénération, c'est la Rome du moyen-âge. On n'y voit point l'école littéraire divisée en classicisme et en romantisme. Le journal, l'Anthologie, destiné à représenter l'opinion publique, était une œuvre de philosophie, il marchait dans le progrès et appartenait à la nouvelle école. Le Dante et Michel-Ange, voilà les deux grands modèles qu'il proposait. La littérature exerce une puissante influence sur les beaux-arts : aussi M.Pampelani ne trouble-t-il le repos, ni d'Hercule, ni d'Ajax pour qui nous avons peu de sympathie; mais il va réveiller dans leurs tombes deux grands artistes, Arnolfodi Lapo, et Brunelleschi pour les placer à côté de la cathédrale de Florence, et montrer à la fois celui qui a bâti ce magnifique édifice, et celui qui a élevé dans les airs une coupole si élégante et si hardie.

M. Bartolini a sculpté une Madone avec le Christ

sur ses genoux, conception do Michel-Ange, dont Milizia a fait une juste critique en disant que le fds lui paraissait plus âgé que la mère. Parmi les autres ouvrages, on remarque une Charité avec deux enfans d'une beauté peu commune. Cet artiste a fait son début en France, et son talent a pu être apprécié par ceux qui ont vu au dessus de la porte du Musée du Louvre la tête colossale de Napoléon , que remplaça celle de Louis XVIII, œuvre du plus mauvais goût.

Plusieurs siècles se sont écoulés depuis le moment où il a été prouvé que la terre tourne, et Florence n'avait pas encore exposé à l'admiration publique les traits decelui qui découvrit cette Importante vérité. Le grandduc s'est chargé de réparer cette omission, et la statue de Galilée sera bientôt inaugurée dans la salle de l'Académie du Cimento, au milieu des instrumens avec lesquels le philosophe déchirait le voile de la nature ; elle est due au ciseau de M. Costoli: le travail en est tout-à-fait remarquable. Ce même artiste a fait aussi un Jérémie, et quoique les connaisseurs ne veuillent y voir qu'un Isaïe, toujours est-il qu'on le reconnaît pour un prophète, et qu'il y a de l'inspiration dans cet ouvrage. Dante, l'Homère du christianisme, n'a pas été aussi heureusement traité. La littérature et la sculpture semblaient s'être entendues pour le rappeler à la vie, et le dédommager, par des honneurs publics , de sou exil, de ses malheurs, de l'oubli où l'avait jeté l'ignorance. Mais M. Ricci a défiguré sa personne, comme des pédans ont défiguré sa poésie : il l'a sculpté sur son tombeau , demi-nu, et avec des muscles fortement indiqués', comme un lazzaroni de Naples.

La ville de Pise vient d'ériger une statue à Léopold Ier, grand-duc de Toscane. Cette cité, déjà favorisée par la nature, s'est signalée entre toutes les autres en réveillant les étincelles de savoir qui s'échappaient de l'Orient, et en répandant ensuite la lumière dans les régions occidentales. Son université a joui d'une brillante renommée : Léopold, ce prince qui a fait le bonheur de son pays par sa modération et son amour pour le progrès social, y envoyait ses fils pour leur apprendre à se familiariser avec leurs sujets, en même temps qu'ils s'éclaireraient par la culture des sciences et des lettres. Il était trop juste qu'on élevât une statue à un tel prince, pour rappeler aux souverains les exemples qu'on leur a donnés.

La réforme de la sculpture , après avoir commencé en Toscane, sera achevée à Milan par un artiste que son génie et son habileté d'exécution mettent bien au dessus des autres. J'entends parler de M. Pompeo Marchesi que la nature semble avoir placé à l'extrémité de l'Italie comme pour donner à cette contrée l'empire des beaux-arts , qui avait appartenu si longtemps au pays du centre , à Rome et à Florence. Milan n'a pas de monumens qui rappellent l'histoire du pays et excitent l'enthousiasme artistique. Rien n'y annonce la grandeur passée ; mais tout y respire l'aisance actuelle. Les richesses sont répandues à peu près dans toutes les classes, et les citoyens sont égaux devant la loi. Les maisons étant au même niveau , la splendeur d'un palais n'insulte pas à la misère d'une maisonnette voisine. C'est la seule ville d'Italie où le talent trouve des ressources , et où il soit profitable ; l'instruction étant très répandue dans les familles, il se voit accueilli partout avec distinction. Où le génie de M. Marchesi pouvait-il se montrer avec plus d'é-

clat ? Si vous entrez dans les maisons, vous y trouverez des statues sorties de ses mains, la Flore, la Vénus, Y Innocence, la Madeleine, qui font l'ornement des escaliers et des salles. On en voit plusieurs chez la marquise Visconti d'Aragona, chez la princesse Belgiojoso , et chez le duc de Litta ; mais c'est dans son atelier que l'artiste brille de toute sa gloire. Son imagination originale, s'affranchissant desentraves de l'imitation, s'est frayé une route nouvelle. Il emprunte à la mythologie les noms, mais non pas les personnages. Sa Flore et sa Vénus ont tout-à-fait le caractère de l'époque actuelle. Les plaisirs y sont spiritualisés, et on y remarque quelque chose d'intellectuel qui , dans les statues des Grecs et de leurs imitateurs, ne perce pas au travers de l'enveloppe matérielle. Sa Psiché elson Innocence sontle symbole de deux âmes qu'il appartient au christianisme seid de définir. C'est surtout dans les sujets sacrés que M. Marchesi a déployé son beau talent. On admire dans son Jeune Nazaréen préchant aux docteurs une connaissance parfaite delà marche que suit la nature depuis l'enfance jusqu'à l'âge de trente-trois ans; on y devine la physionomie du Christ peint par Léonard de Vinci. L'accord du moral avec le physique, l'ame d'un dieu se développant dans le corps d'un jeune garçon, y ressortent d'une manière frappante. Nous ne saurions donner ici le catalogue des ouvrages enfantés par l'imagination de ce grand artiste. Son atelier en renferme, ou plutôt en renfermait une foule. Ici l'argile se transformait en statue, là le marbre s'animait sous

les coups du marteau qui faisait retentir la voûte

Hélas! un si bel atelier n'existe plus! l'Envie, qui, la torche à la main, fait la guerre au Génie, a incendié le temple de la Sculpture. L'artiste a pleuré cette perte cruelle; mais bientôt, semblable au phénix, il est sorti avec une imagination plus fraîche et plus vigoureuse. Une souscription a été ouverte pour l'indemniser de la perte de sa fortune, et à son tour il indemnise les Milanais des chefs-d'œuvre qu'ils ont perdus. Le gouvernement lui a commandé un ouvrage immense et d'un prix considérable, pour être donné à la ville de Milan. Le génie de M. Marchesi s'y montrera dans ce qu'il a de plus noble et de plus élevé : c'est une mère conduisant ses enfans à l'église le jour du Vendredi-Saint, pour y voir représenter la mort de J.-C, et leur expliquer les mystères fondamentaux de la religion. Quel sujet sublime ! Quel groupe ? Y aura-til rien à lui opposer parmi les plus admirables morceaux de l'antiquité ? Le groupe le plus nombreux de Toro-Farnès est le monument d'une barbare vengeance: deux fds du roi de Thèbcs qui enchaînent à un taureau sauvage la rivale de leur mère.

Tout en s'élançant dans l'avenir de l'art, M. Marchesi ne néglige pas le passé, et favorise le penchant qu'ont généralement les Italiens à rendre hommage à la gloire des morts. Il a fait le buste du poète Monti; la statue du célèbre Beccaria que l'on voit dans le palais de Brera est aussi de lui. L'auteur degli Delitti c délie Pêne porte sur son visage la satisfaction d'avoir par la publication de son livre essuyé les larmes d'un grand nombre d'infortunés. En face de lui on voit le poète Parini qui, je ne sais pourquoi, a pris, sous le ciseau de Marchesi , l'expression d'un St-Jean l'Évangéliste.

On va élever une statue à madame Aguesi, célèbre mathématicienne, qui quitta les sciences pour les œuvres

de charité, et termina sa vie dans le pieux établissement deTrivulzi.Lcs dames de Milan font les frais de la sculpture. Ce sont elles qui brodèrent un tapis pour en faire cadeau àBellini. Ce sont elles encore qui ouvrirent une souscription en faveur du poète Grossi, et lui payèrent ainsi son poème 20,000 fr., somme colossale pour un auteur italien. Ces dames , remplies d'admiration pour le génie, d'un esprit cultivé, du caractère le plus aimable, sont encore les plus belles et les plus gracieuses de toute la Péninsule. Dans un tel pays , et au milieu de circonstances si favorables, la réforme de la sculpture doit se faire promptement et avec un plein succès. Elle se montrera sans doute dans l'arc dit du Simplon , qui, d'arc de triomphe, a été converti en arc de paix; elle paraîtra aussi dans cette cathédrale de Novara dont les chanoines , voulant que le gouvernement emploie leur argent pour le bonheur public, le consacrent aux beaux-arts. L'arc du Simplon et la cathédrale vont être comme deux lices où s'établira une lutte artistique entre M. Marchesi et les sculpteurs italiens les plus célèbres. En attendant, ce célèbre artiste s'est chargé de faire une statue de Charles-Emmanuel , roi de Piémont. Elle sera élevée sur la place de Novara en mémoire de l'assainissement de Malaria, dont ce prince fit dessécher les marais.

La France ne refusera pas d'applaudir à nos efforts pour la réforme de la sculpture ; elle en partage la gloire , et son petit danseur napolitain est, pour nous, bien au dessus de tous les faunes anciens. Le moyenâge et l'époque actuelle peuvent être représentés par les beaux-arts, sans qu'il soit nécessaire de les affubler d'un costume grec ou romain. Le pinceau sublime de Gérard a représenté Henri IV et Napoléon dans deux grands tableaux qui valent deux poèmes historiques ; mais on les y voit tels qu'ils se montraient devant leurs contemporains. Que la sculpture accomplisse aussi sa mission. Pas de tunique de héros sur un roi de Naples! Napoléon sur la place Vendôme est bien le petit caporal. Chaque homme est, pour ainsi dire, marqué d'un cachet particulier qui le distingue du reste de l'humanité. Quand l'empereur vit sa statue par Canova, choqué de son entière nudité, il ordonna qu'on la couvrît d'un voile. Canova avait imité les Romains ; et Napoléon , ce vaste génie qui tenta de régénérer l'humanité, donna en jetant ce voile le signal de la réforme.

Luigi C ....

RÈGNE ANIMAL

(Deuxième article.)

Nous avons parcouru , dans notre premier article , les divisions primaires et secondaires du grand Type des animaux vertébrés ; nous voici arrivés en présence d'une multitude incalculable de créatures qui, sans avoir de grandes analogies les unes avec les autres, ont du moins, pourêtre séparées des vertébrés , le caractère commun d'être privées de vertèbres. On a suivi long-tomps des méthodes irès-variées pour répartir les animaux invertébrés dans les cadres d'un système fondé sur l'uniformité des caractères extérieurs ou intérieurs. Lamarck, qui le premier distingua les animaux d'après leurs nerfs et leur squelette , subdivisa l'embranchement des invertébrés eu apathiques et en

sensibles. Dans le premier de ces groupes, il rangea les Infusoires , les Polypes , lesTuniciers, les Radiaires et les Vers; dans le second, les Insectes, les Arachnides, les Crustacés, les Annélides, les Cirrhîpèdes et les Mollusques. Cuvier sentit que les deux séries des vertébrés et des invertébrés étaient discordantes , et il essaya de répartir plus également le règnean itnal, en subdivisant le groupe des animaux invertébrés en Mollusques articulés et rayonnes, trois embranchemens quisortent , il est vrai, du même tronc de l'animalité, mais qui toutefois forment des souches diverses. Il existe en effet, entre chacun de ces embranchemens, de grandes lacunes, des interruptions qui rompent la chaîne des êtres et ne permettent pas de suivre l'organisation animale par des séries non interrompues de déettrsations successives, depuis l'homme jusqu'aux plus nuls et aux plus imparfaits des êtres. Telle est la fausse idée qu'on a voulu établir en proclamant que le règne animal se dégrade , et présente partout une unité organique modifiée par les circonstances extérieures , ou les milieux ambians ; théorie mensongère qui , resserrant la puissance créatrice dans de misérables limites , attente à sa grandeur en l'accusant de stérilité dans ses plans et dans ses moyens.

Il serait injuste d'accuser les naturalistes modernes des écarts où se sont laissé entraîner quelques esprits, dans les systèmes qui ont pour but de subordonner les corps de la nature les uns aux autres, d'après l'analogie progressive qu'ils offrent à l'observateur. Rien ne séduit et n'attache comme les rapprochemens ; et cette idée des analogies se retrouve dans les premiers travaux tentés sur les êtres de la nature: On doit remarquer pourtant cette différence, entre les anciens et les modernes., c'est que , moins sages que leurs devanciers, ces derniers embrassent toute la création, dans le vaste système de l'unité organique, et que, non contens de passer des minéraux aux végétaux, parles schistes ou Pamianthe; des végétaux aux animaux , parla sensitive, ou mieux encore, les conferves, les zooearpées, et les bacciliaires, etc.; ils remontent l'échelle du règne animal , des polypes aux méduses, des vers aux mollusques, des mollusques aux reptiles, des reptiles aux poissons (par les têtards des grenouilles), des poissons aux oiseaux (par les trigles et les exocets) , des oiseaux aux mammifères (par les chauves-souris et les ornithorynques), et des mammifères à l'homme (par les singes), sans tenir compte du vide immense que laissent entre l'homme et le plus perfectionné des autres animaux la liberté et la conscience de soi-même.

Ainsi que nous l'avons déjà exposé, il n'y a pas de gradation à établir entre les quatre embranchemens du règne animal, il n'y a pas plus de moyens de passer d'une huître à une mouche, et d'une araignée à un polype, que d'une carpe à un colimaçon. Ces quatre types primordiaux ont chacun une valeur absolue , et une importance spéciale, qui en fait des tous complets en eux-mêmes, et réglés par des lois qui leur sont propres.

Chaque embranchement est riche en variations d'êtres et de propriétés; mais tout est mesuré pour des rapports nécessaires ; car la nature a des moyens trop féconds, pour avoir besoin d'en être prodigue; elle ne passe à une combinaison secondaire , qu'autant que son type primitif et ses modifications deviennent insuffi-

sans, et jamais elle n'ajoute un organe que lorsque de nouvelles circonstances exigent des moyens particuliers. Ainsi, loin de trouver dans la série animale, depuis l'homme jusqu'aux monades , la décursation successive dont a parlé Linné, et une série non interrompue de perfectionnemens gradués par les nuances les plus imperceptibles, on trouve au contraire de grandes lacunes et des interruptions , soit que nous ne connaissions pas tous les anneaux qui rattachent entre elles les productions animées ; soit que les révolutions du globle aient détruit une foule de races intermédiaires dont on rencontre des vestiges parmi tant de débris fossiles; soit plutôt que le grand arbre de la vie n'ait pas poussé une

tige unique , mais bien un grand nombre de rameaux plus ou moins divergens , et toutefois conservant entr'eux des adhérences fraternelles. En effet , si comme nous l'avons vu, on descend, sans trop d'efforts, de la structure du mammifère à celle de l'oiseau, et de là au reptile, au poisson, parce que tous ces vertébrés sont constitués sur un modèle commun , la chaîne au delà est brusquement interrompue: ni les mollusques, ni les insectes, ni les crustacés, bien moins encore les animaux rayonnes ou les zoophites, ne se rattacheront aux vertébrés.

Faisons maintenant l'histoire du second embranchement du Règne animal.

2e TYPE,

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