EXPERIENCES GALVANIQUES REMARQUABLES
FAITES SDR LE COUPS n'uN PENDU.
L'action du fluide galvanique sur le cadavre des animaux, lorsqu'il est appliqué peu de temps après leur mort, et qu'il est produit par une forte batterie, esl si remarquable, les mouvements qu'il détermine ont tant de ressemblance avec ceux qui sont le résultat de la volonté pendant la vie, qu'il est facile de s'expliquer l'intérêt qu'inspirèrent les premières expériences du galvanisme. On crut presque aussitôt avoir trouvé, sinon la source mystérieuse de la vie, au moins un moyen énergique de la diriger, de la réparer, de la rélahlir même peut-être lorsqu'elle serait tout à fait éteinte. Quoique cet enthousiasme se soit beaucoup refroidi, aujourd'hui que l'on n'a obtenu presque aucun des merveilleux résultats que l'on en attendait, cependant le récit des expériences faites dernièrement à Ricbmond, capitale de la Virginie, nous semble bien fait pour intéresser encore j nous laisserons parler l'auteur luimême.
« Le nègre Ben, âgé de vingt-six ans, était fort et bien constitué; le développement du système musculaire indiquaitqu'il était doué d'une très-grande force; il resta suspendu à la potence pendant trente-cinq minutes, et dixminutes après qu'il eut été descendu, son cadavre fut remis par le shériff et transporté immédiatement dans la salle, où tout ce qui était nécessaire pour les expériences se trouvait disposé.
» La batterie galvanique que nous avions à notre disposition était composée de deux cents paires de plaques de Wollaston, disposées dans quatre auges qui communiquaient entre elles par des plaques d'étain ; mais, d'après la méthode d'isolement adoptée dans la construction de cette batterie, elle avait la force d'une batterie de trois cents à trois cent cinquante paires, construite comme on le fait ordinairement.
» Aussitôt qu'on fut assuré que le corps allait arriver, on versa le mélange acide dans les auges, et quand le cadavre eut été étendu sur une table, on remarqua que l'expression de la face était presque naturelle; elle n'offrait aucune trace des violentes convulsions que l'on observe ordinairement chez les suppliciés.
» Un habile anatomiste ayant mis à découvert un nerf important du cou ( le nc-rf de la huitième paire, celui qui fournit l'influx nerveux aux poumons, à l'estomac et au cœur ), une longue aiguille d'argent, semblable à celle que l'on emploie pour l'acupuncture fut
introduite de manière à ce qu'elle pénétrât dans le tissu même du cœur. Cette aiguille devait indiquer si le cœur conservait quelque irritabilité, et servir à la solution d'une ques'ion encore indécise : savoir si le cœur est susceptible d'être excité par le fluide galvanique. Le pôle positif de la batterie -ayant alors été mis en communication avec le nerf, et le pôle négatif avec l'aiguille d'argent, on n'observa pas le plus léger mouvement dans le cœur, ce qu'il eût été facile de voir par les mouvements que le cœur aurait communiqués à l'aiguille ; mais l'action sur les autres parties fut bien
évidente. Les muscles du cou et de la poitrine présentèrent des mouvements convulsifs d'une grande violence. On eût dit que le sujet avalait avec une grande gloutonnerie.
» Une aiguille fut introduite alors dans le tendon du diaphragme ( muscle intérieur de la respiration ), et le pôle positif appliqué sur le nerf de la huitième paire; aussitôt de légers mouvements convulsifs s'étendirent sur la poitrine et l'abdomen, et semblèrent prendre plus d'intensité à mesure que l'acide paraissait agir avec plus de force sur la batterie. Le fil positif ayant ensuite été approché d'une aiguille implantée dans le nerf phrénique (nerf qui se distribue au diaphragme et joue un rôle très-important dans la respiration ), le résultat se trouva être presque semblable à celui de l'expérience précédente ; seulement les mouvements communiqués à la poitrine se rapprochaient davantage de ceux que détermine le hoquet.
» L'aiguille portée sur un nerf qui passe derrière les sourcils ( sus-orbitaire ) détermina un mouvement des deux paupières parfaitement semblable au clignement des paupières que l'on fait pour éviter le contact d'un corps étranger, dirigé du côté de l'œil; en même temps la joue du même côté offrait une agitation semblable à celle qu'éprouvent les personnes qui souffrent d'une névralgie de la face, du tic douloureux, ou bien encore au mouvement que nous faisons lorsqu'une mouche s'est posée sur la joue, et que nous voulons l'en chasser sans prendre la peine d'y porter la main.
* L'expérience suivante fut faite sur le nerf faciès (celui qui donne le mouvement à une grande partie de la face); quelques légers mouvements dans la plupart des muscles de la figure en furent le résultat. Ou remarqua surtout une contraction et une distension des narines qui ressemblaient beaucoup à l'expression du dédain; mais on n'observa que faiblement exprimés, ces jeux si remarquables delà physionomie, lorsque les traits sont animés par la violence de la passion ou par l'émotion du plaisir.
» L'un des résultats les plus curieux fut celui que l'on observa au moment où le nerf qui se rend à la langue (le grand hypoglosse) fut touché par le pôle positif. Cet organe éprouva à l'instant même un mouvement de vibration d'une grande rapidité, qui fut comparé à celui qu'exécute la langue d'un serpent que l'on vient d'exciter ; en même temps les muscles qui sont à la base de la langue furent aussi agités de vibrations rapides, et l'on distingua le craquement des dents qui frappaient les unes contre les autres. L'aiguille ayant ensuite été portée sur les muscles qui serrent les lèvres et ferment la bouche, on crut voir une personne qui se parle seule et à voix basse. Celle expérience, qui produisit le résultat le plus naturel, causa une vraie surprise parmi les spectateurs.
» Les dernières expériences furent dirigées sur les membres ; les résultats obtenus furent en raison du volume et de la force des muscles qui leur servent de leviers. Ainsi, l'un des principaux nerfs du bras (le nerf médian) ayant été mis à découvert et en communication avec le pôle positif de la pile, tandis que le pôle négatif était appliqué à urte aiguille qui pénétrait dans le petit doigt, le bras, qui était dans la position horizontale, se leva avec tant de violence qu'il fallut employer une grande force pour le retenir en place. Il fit de nombreux efforts, absolument comme si le sujet eût été vivant, pour se retirer de la main de l'opérateur qui te serrait avec force; et quand enfin ce dernier l'eut lâché, il vint frapper avec violence contre la poitrine; on eût dit le bras d'un pugiliste prêt à se défendre contre l'attaque d'un adversaire. Pendant toute cette expérience la main s'ouvrait et se fermait alternativement, le bras fléchissait et s'étendait successivement, à peu près comme le fait un laboureur occupé à semer du grain dans son champ. L'avant-bras présentait, outre ces grands mouvements, une espèce «le frémissement continuel, semblable à celui qu'éprouvent les membres d'un animal qui vient de recevoir un coup sur la tête. La même expérience, répétée sur un autre nerf du bras (le nerf radical), produisit un effet différent, les doigts éprouvèrent un mouvement rapide tout à fait particulier, et qui fut comparé à ceux qu'exécute un joueur de flûte, ou plutôt un violoniste quand il touche les cordes de son instrument.
» Ces deux expériences furent les plus remarquables, et démontrent plus qu'aucune autre le pouvoir presque magique de cet argent merveilleux qui pourrait produire des phénomènes aussi surprenants et absolument semblables à ceux qu'ont exécutés les membres d'une personne jouissant de toute l'intégrité de la vie.
» Les expériences sur les membres inférieurs fournirent des résultais beaucoup moins remarquables; le corps était déjà presque froid à l'intérieur, et l'irritabilité semblait presque épuisée. D'ailleurs, la force de la batterie avait considérablement diminué, et ne permettait plus d'attendre des effets aussi énergiques qu'au commencement de l'expérience. »