ESPAGNE
But*, de la Catalogne.- Ca.ues quuu.mienn&H rélat déplorable des auberges espagnol*; - Droits à paver rar les aubergistes aux villes , aux villages ou à drs; seignems pàrtiduli, rs. - Chaque habitant aubergiste à son tour. — Mépris dans V
q.H-1 est totnb.'e cette profession. - Tetit nombre de ro—n",
ToxiE^riI. — Octobre 1 835
Il faut avouer qu'aucun pays de l'Europe ne réunirait autant d'avantages que l'Espagne pour toutes les classes de voyageurs, si les routes étaient sûres et les auberges aussi bien tenues que dans les autres pays. Ceux que leur santé entraîne hors de leur patrie trouveraient dans quelques provinces de ce royaume une température telle qu'il n'en existe peut-être nulle part. Nous doutons que l'on puisse rien imaginer de comparable à l'air balsamique et doux que l'on respire l'hiver dans la plaine de Valence (Vega de Valencia ) , dans celle de Murcie , dans les environs de Séville, et dans quelques parties de l'Estremadure. On peut se baigner dans le fleuve Bétis (aujourd'hui Guadalquivir), jusqu'à la fin de février.
L'Espagne renferme des eaux minérales en plus grande quantité , et d'une qualité supérieure à celles qne l'on peut trouver dans toute l'Europe ; la plus grande partie d'entre elles n'a pas été analysée , mais celles qui l'ont été,, et qui sont fréquentées, produisent de tels effets, qu'elles son» les remèdes uniques à des maladies qu'il est difficile de traiter ailleurs parles plus forts médicamens; il en existe clans presque toutes le* provinces, et principalement dans l'Andalousie. Les fruits sont en Espagne d'une qualité au-dessus de tout ce que l'on connaît, et ne sont nulle part aussi variés. On a vu des guérisons extraordinaires uniquement opérées par le jus des cannes à sucre et les dattes.
En général , le climat est assez tempéré , et les étés n'y sont peut-être pas aussi chauds que dans certains pays du nord , à l'exception du plateau des Castilles et de quelques parties de l'Andalousie. Le reste du pays est garni de monagnes ou situé sur les bords de la mer, et rafraîchi par les vents de l'est et du nord ; il n'y règne point d'ailleurs de ces impressions atmosphériques qui causent des maladies en d'autres pays, et qui en détruisent tout le charme, tels que la Cativa Aria des environs de Rome, et les fièvres desCalabres, qui firent périr Virgile (Calabri rapuêre), et qui arrêtent encore aujourd'hui les progrès de la population, sont inconnues en Espagne.
Quel est le pays où les amateurs de l'histoire naturelle peuvent trouver plus d'objets intéressans? quant aux arts, aux souvenirs historiques et aux monumens de l'antiquité, ceux que ces études intéressent parcourront, en Espagne, les ruines deSagonte, de Numance, deTarragone, de Mérida , le théâtre des campagnes d'Annibal, des Scipions, des malheureux fils de Pompée ; ils se reposeront à l'ombre des antiques cyprès de la fontaine de Sartorius, et liront le nom de très èea sur les inscriptions , dans la patrie de Trajan et d'Adrien.
Les monumens que le peuple romain répandit avec profusion dans toutes les parties de l'empire ne sont pas les seuls en Espagne : un peuple moins puissant, quoique aussi célèbre, moins connu , quoique aussi digne de l'être, a laissé dans ce pays les seuls monumens qui existent peutêtre de sa grandeur. Les Arabes ont passé des siècles à broder, pour ainsi dire les murs de Grenade et de Cordoue, à les revêtir d'un ensemble d'ornemens dont la grâce , la légèreté des détails, égalent la noblesse dans les masses. Pendant que ces peuples voluptueux ornaient ainsi dans le midi, les bains, ks cabinets mystérieux de leurs sérails, les Golhs élevaient dans le Nord les sombres et austères monumens de leur culte. Des forêts de colonnes soutenant des voûtes pointues , éclairées par des vitraux de conteur tranchante; des griHes de fer immenses, chargées d'orneraens sculptés au marteau ; des mausolées de marbre jetant de longues ombres sur les inscriptions funéraires, offrent un autre genre de monumens plus solennels et plus historiques ;
enfin l'époque de la renaissance des arts dans le siècle des Médicis arriva sous le règne de Charles-Quint; et l'on peut croire que l'Espagne , qui à celte époque dominait le reste de l'Europe , ne lui fut pas inférieure dans ce genre de gloire.
L'Espagne est appelée à de hautes destinées; et les améliorations en tout genre qu'elle doit un jour éprouver, rendront les voyages encore plus intéressans et sans doute plus commodes. Les principales raisons qui jusqu'à présent ont éloigné les voyageurs , ce sont les inconvéniens sans nombre que l'on éprouve pour parcourir ce pays ; les chemins y sont rares, et sur la plupart des routes, les auberges sont mauvaises et les moyens de transport lents, chers et incommodes (i). Si l'on remédiait à ces trois inconvéniens, il n'y a point de doute qu'aucune contrée ne présenterait autant d'agrémens dans tous les genres. On traverserait pour s'y rendre les plus belles provinces de la France ; on suivrait d'un côté les bords de la Loire, de l'autre ceux du Rhône; on passerait les Pyrénées par des chemins commodes et faciles, sans rencontrer les tempêtes, les avalanches du mont Cenis, les debordemens des rivières du Piémont, etc. Les personnes que leur santé amène à Barrége n'auraient que quelques lieues à faire pour aller passer l'hiver le plus doux de l'autre côté des Pyrénées; mais il faut pour cela que les voyages soient plus faciles , et qu'aux troubles politiques qui désolent l'Espagne aient succédé le calme et le retour de l'action régulière du pouvoir.
Ce n'est point, disons nous , par les auberges que brille l'Espagne. Un cri général s'élève contre les difficultés que les voyageurs éprouvent dans ce pays, pour se loger, pour se procurer ce qui est nécessaire à leur nourriture , et contre les désagrémens des lieux destinés à leur fournir un asile. Les auberges n'y sont point communes; les bonnes auberges y sont encore plus rares; de mauvais cabarets en tiennent lieu en beaucoup d'endroits. Des maisons sales, dégoûtantes, où l'on ne trouve qu'un mauvais gîte, sont, dans la plupart des provinces , la seule ressource qui se présente.
Les maisons où l'on reçoit les voyageurs sont divisées en trois classes, les fondas, \esposadas ou casas deposada ou bien encore les mesones, et les ventas: les fondas et les posadas, ou casas de posada, ou mesones, sont toujours situées dans les villes ou les villages ; les ventas sont des maisons isolées , placées dans les campagnes, sur les bords des chemins, à une distance plus ou moins considérable des peuplades.
Les fondas sont de vraies auberges , où les voyageais trouvent tout ce qui leur est nécessaire, dans les autres, les voyageurs ne se réunissent point : chacun y est servi en particulier; les prix y varient selon la qualité et la quantité des alimens qu'on demande.
Dans les grandes villes, on distingue deux classes de fondas; les unes plus distinguées, les autres moins, et chères alors en proportion.
Les posadas sont des maisons répandues dans les villes et dans les villages : là, on ne donne que le gîte aux voyageurs, on ne leur fournit aucune espèce de vivres; ils doivent tout porter, et tout faire acheter, et l'on se borne à préparer les comestibles qu'ils fournissent au maître ou à la maîtresse de la maison; elles sont, en général, dégoûtantes; à peine y tronve-t-on des châlits, avec quelques vieux matelas d'une bourre qui tombe en poussière, recouverts de draps gros, mal blauchis, qui sont un peu plus grands
(i) Toy«z page 43 et 60, 2e anuée.
qu'une grande serviette; des bancs pour sièges; des plats graisseux , des cuillères d'étain ou de fer, encore empreints des restes de ceux qui s'en sont servis avant vous ; des lampes huilées; des hôtes ssles, peu attentifs, rudes , grossiers, brutaux. La manière d'y accommoder les mets y est détestable ; souvent même on ne trouve à s'en procurer d'aucune espèce dans les lieux où ces maisons sont situées.
Un voyageur qui n'est point muni des provisions nécessaires ne peut, en arrivant, s'y reposer des fatigues de son voyage; quoique excédé souvent de lassitude, il doit courir de maison en maison pour acheter, dans l'une du pain, dans l'autre du vin, dans une autre de l'huile, dans d'autres du sel , de la viande , des œufs ; il est encore heureux si , après avoir beaucoup couru , souvent dans les ténèbres , il peut parvenir à se p ocurer quelque chose.
Ces maisons de posada sont multipliées dans presque toute l'Espigne; on n'y trouve presque point d'autre asile; il n'y a des fondas que dans quelques villes un peu considérables ; on trouve même des grandes villes où il n'en existe point.
Il y a cependant de ces maisons de posada moins désagréables ; les unes ont des chambres assez bonnes, des lits passables , qui sont tenus plus proprement , dont les hôtes sont plus complaisans et plus attentifs ; mais elles sont fort rares, et l'on fait beaucoup de chemin sans en rencontrer; dans les autres, le voyageur trouve des personnes officieuses qui s'empressent de lui offrir leurs services, elqui moyennant quelque argent, se chargent d'aller acheter tout ce qui lui est nécessaire; les hôtes ne peuvent s'occuper de ce soin; souvent, il leur est expressément défendu de s'en mêler.
Dans les ventas , on est généralement aussi mal et aussi désagréablement que dans les casas de posada ; mais on y trouve souvent des provisions , peu recherchées, il est vrai, et en petite quantité. L'éloignement des peuplades force les hôtes des ventas à s'approvisionner pour fournir aux voyageurs ce qu'ils ne trouveraient point à acheter sur les lieux.
On ne connaît en Catalogne ni les casas de posada, ni les ventas; tout y est hostal, c'est-à-dire auberge. Les voyageurs ne doivent point s'y occuper des moyens de se procurer des vivres : ils en trouvent dans tous les lieux où ils vont loger. Il y a même d'assez bonnes auberges dans celte province.
Dans toutes les autres parties de l'Espagne, les fondas, ces maisons où l'on trouve les provisions toutes faites, où l'on est servi s'en s'embarrasser de rien, sont peu communes.
Plusieurs causes contribuent à maintenir en Espagne ces gîtes détestables qui font le tourment des voyageurs :
\a La plupart de ces maisons appartiennent à des villes , à des villages, à des seigneurs particuliers, qui en portent les affermes à des prix très hauts; on les assujettit en même temps à des impôts considérables. L'auberge- de Fraga, en Aragon, payait 16 f. S c. par jour pour l'afferme de la maison et le droit de tenir auberge, et 5,563 fr. 40 c. par an pour divers droits, redevances et impôts; ce qui monte tous les ans à une somme de H, 759 francs 75 cent. La casa de posada de Murcie, paie 7 francs 41 cent, par jour pour le prix d'affermé, et 185 francs 19 cent, par an pour le droit d'alcabala ; ce qui fait tous les ans 2,807 fr. 16 cent.
2° Presque partout, dans les provinces de la couronne de Castille, il est défendu aux hôtes des casas de posada de
tenir aucune espèce de vivres, ni même, en quelques endroits , de volailles vivantes.
3° Dans beaucoup de lieux , chacun doit tenir à son tour la casa de posada pendant un certain temps; on y est forcé; on ne peut s'en défendre jusqu'à ce que le terme fixé pour être remplacé par un autre soit expiré. Il en résulte qu'en faisant ce métier par force , on le fait de mauvaise grâce, on le fait mal; que le défaut d'habitude produit l'ignorance du métier et l'inaptitude pour l'exercer; que les nouveaux posaderos, étant pauvres, ne peuvent munir leurs casas de posada des meubles et autres objets qui y sont nécessaires.
4° Dans une grande partie de l'Espagne , le métier d'aubergistes et de posadero est regardé comme un métier vil et abject; ceux qui l'exercent sont généralement méprisés. Aussi ne doit-on pas s'étonner qu'on ait tant de peine à en trouver, et que ceux qu'on force à s'en charger l'exercent avec tant de répugnance et de dégoût; ceux qui, ayant amassé quelque argent , pourraient faire les dépenses nécessaires pour monter une bonne auberge, ne veulent point prendre ce métier qui les rendrait méprisables aux yeux de leurs concitoyens.
5° II y a généralement peu de voyageurs en Espagne. Les Espagnols se déplacent peu : il y passe peu d'étrangers ; la plupart de ceux qu'on y trouve y sont domiciliés et livrés au commerce, ou ont embrassé quelque profession; ils sortent peu des villes où ils ont fixé leur résidence. Les grandes auberges ne peuvent se soutenir que dans les grandes villes; elles nesubsisteraienl pas long-temps dans des
endroits moins populeux.