‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 201 sur 268 · FRANCE. — AUTUN · texte numérisé non relu

FRANCE. — AUTUN

Autun est du nombre de ces villes de France qui, loin de se développer avec le temps, d'accroître en même temps leurs revenus et leur population, ont vr diminuer successivement leur importance, et se trouvent, en i836, au-dessous de ce qu'elles étaient même du temps des Romains.

Si l'on en croit les antiquaires, Autun aurait été avant l'invasion romaine dans les Gaules, la capitale du pays des Eduens ; nous ajouierons, pour les amateurs d'érudilion, que, sous l'empire de ses nouveaux maîtres, cette ville prit le nom dUAugustodunum Autun gagna du moins quelque chose à la perte de si nationalité ; les Romains l'embellirent de beaux mo numents, d'habitations commodes, de construction! utiles, et aujourd'hui même ses habitants trouvent une espèce de consolation de leur décadence dans les ruine; curieuses qui attestent son ancienne splendeur.

Les curieux ne manquent pas d'aller visiter les trace: des anciennes murailles d'Autun, la porte d'Arroux e celle de Saint-André, espèce d'arc-de- triomphe construit sans ciment, et si frais encore que vous diriez qui les pierres ont été récemment posées par le maçon, e les ornements plus nouvellement encore achevés par h sculpteur. Les voyageurs ne manqueront pas non plu d'aller voir dans la ville les restes de deux temples con sacrés à Janus et à Cybèle, et hors de son enceinte, le ruines d'un amphithéâtre, le champ des urnes, et ai milieu une pyramide haute de soixante pieds, qui malheureusement n'est pas monolithe, et que les gens du pay appellent la pierre de Couars. Ces ruines romaines n sont pas, au reste, les seules richesses monumentale d'Autun. La cathédrale mérite aussi d'être visitée; l chœur et le maître-autel sont estimés des connaisseurs le tombeau de Brunehaut dans l'église de Saint-Martii est également à voir.

Jadis Autun était célèbre par ses écoles; il lui rest aujourd'hui, en fait d'institutions scientifiques, un co! lége communal, plusieurs bibliothèques, une modest collection de tableaux, de statues, de médailles, etc. une Société d'agriculture, et si nous ne nous trompon deux séminaires ecclésiastiques. Si Autun a perdu d sa richesse, ce n'est pas, certes, faute d'une certain activité commerciale et d'une belle position. Il y dans cette petite ville, de 10,000 âmes environ, des fi

briques de draps, de tapisseries et de divers tissus, des papeteries, des forges, des tanneries, etc., et quelques autres industries d'une certaine importance qu'il serait trop long d'énumérer. Située sur une hauteur près du confluent de VArroux et de la Creuseoaux, et dominée par de hautes montagnes, Autun possède de belles promenades ; et de son Champ - de - Mars planté d'arbres, on découvre une vue d'une certaine magnificence.

La cathédrale d'Autun doit à un tableau de M. Ingres, représentant le martyre de saint Symphorien, dont on a décoré ses murs, d'être visitée depuis quelque temps par un plus grand nombre de voyageurs étrangers. On jugera du désappointement de ces curieux

par le jugement qu'a porté l'un de nos plus spirituels écrivains sur celte exhibition.

« Autun, dit l'auteur de Paris à Naples, Autun av< c ses ruines romaines que je connaissais depuis longtemps, nous apparut vers huit heures, le soleil commençant apercer le voile obscur dont s'était couverte, pendant la nuit, la plaine de l'Arroux. Déjeuner était ce qui m'importait le moins, bien que le grand air m'eût parfaitement disposé à faire honneur à un bon repas. Ce que je voulais, c'était d'aller voir en place le Saint Syrnpliorien, ce tableau de M. Ingres, qui avait tant passionné la petite église de la peinture et la critique, pendant tout l'avant-dernier salon du Louvre. Je montai donc tout de suite à la cathédrale, où je trouvai,

(Vue de la cathédrale d'Autun.)

entre deux fenêtres, mal éclairé, trop haut surtout, l'ouvrage si diversement jugé à Paris, et que j'avais espéré de pouvoir examiner tout à mon aise ici, loin des préventions d'école et du tumulte des admirateurs ingristes. Quevis-je, hélas! les jambes avis des licteurs, et pas autre chose. Le saint n'était guère qu'une masse blanche, effacée de formes, dont l'expression du visage et la finesse de l'exécution disparaissaient tout à fait; une sorte d'apparition lumineuse, mais vague au milieu de l'obscurité. Quand M Ingres, se rendant à Rome, a passé par Autun, qu'il a dû souffrir ! que de temps, de soins et de talents perdus si le Saint Symphorien reste là ! C'est sacrifier une chose qui, après tout, et quelle que soit sa valeur réelle, méritait d'être traitée avec plus d'égards. A Autun, l'œuvre de M. Ingres est perdue;

elle ne peut servir à personne, quand même elle serait exposée le mieux possible; à Paris elle remplirait la mission pour laquelle elle a été créée.»

ÉPHÉMÉRIDES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Ier juin. — Treize condamnés à mort. Batai'le navale contre les Anglais. Les Français perdent sept vaisseaux de ligne, cinq mille prisonniers et trois mille tués.

3 juin. — Une députation de la commune de Sens vient annoncer à la Convention que les corps des pèr>* et mère de Louis XVI ont été exhumés du temple où ils avaient été déposés, et rappelés après leur mort a.

une égalité qu'ils n'avaient pu connaître durant leur

vie.

Trente-deux condamnés à mort, dont vingt-septsont le maire, 'es officiers municipaux et notables de Sedan. h juin. — Seize condamnés à mort.

5 juin. — Six condamnés à mort.

6 juin. — Vingt-deux condamnés à mort.

7 juin. — Vingt et un condamnés à mort.

8 juin. Célébration de la fête de l'Etre-Suprême. Robespierre s'était presque seul élevé contre les profanations d'Hubert et de Chaumette. Il songea à établir un culte nouveau, et parut choisir le déisme pur. La fête de l'Être-Suprême fut fixée au ao prairial.

Un peuple immense se rassemble au Champ-de- Mars. Toutes les autorités, c'est-à-dire les comilés révolutionnaires, le tribunal révolutionnaire, s'y rendent. Une troupe de femmes et de jeunes filles font entendre des cantiques; mais ces femmes, ces filles sont les furies qui, chaque jour, poursuivent de leurs cris et accablent de leurs outrages les victimes que l'on conduit à l'échafaud. La Convention s'avance ; Robespierre, qui s'est fait nommer président, est à la tète. Il porte des fleurs et des épis à la main. Sa hideuse figure s'est composée pour montrer la sérénité. Arrivé près de l'autel de la patrie, il s'adresse au peuple; et après de froides déclamations, il s'écrie : Que ce jour appartienne tout entier à la joie, au bonheur... et demain, demain, en reprenant nos travaux, nous frapperons avec une nouvelle ardeur sur tous les ennemis de la patrie. Il prend ensuite un flambeau et brûle un mannequin sur lequel est écrit athéisme.

9 juin. Vingt-trois condamnés à mort.

io juin. — Rapport de Cou thon sur une nouvelle organisation du tribunal révolutionnaire. Il propose et fait adopter l'épouvantable loi dite du 22 prairial. — Après une longue énumération de tous les délits qui peuvent amener un accusé devant le tribunal révolutionnaire, le rapport se termine ainsi: La peine portée contre tous ces délits est la mort. La loi donne pour défenseurs, aux /tatriotes calomniés, des jurés patriotes ; elle n'en accorde point aux conspirateurs. Le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconntdtre : il s agit moins de les punir que de les anéantir.

Treize condamnés à mort.

11 juin. — Vingt-deux condamnés à mort.

m juin. — Dix-sept condamnés à mort.

iZjuii. — Vingt-deux condamnés à mort.

14 juin. — Rapport d'Elie Lacoste sur la source de toutes les conspirations II invite la Convention à immoler tous les ro> alistes sur la tombe de Louis XVI et propose de traduire au tribunal révolutionnaire Ladrniral et la fille Renaud, comme assassins de Collot d'Herbois et de Robespierre, ainsi que trente-neuf autres individus, comme complices de la conspiration de l'étranger.

Trente-huit condamnés à mort, dont vingt-cinq membres du Parlement de Toulouse.

i5 juin. — Dix-huit condamnés à mort.

ibjuin. — Quarante-trois condamnes à mort.

17 juin. — Soixante condamnés à mort, parmi lesquels Ladrniral, la fille Renaud et sa famille, et un grand nombre de tètes illustres.

Soixante personnes, presque toutes étrangères les unes aux autres, furent enveloppées dans ce qu'on appelait la conspiration de la fille Renaud, ou du baron de Batz, ou du gouvernement anglais. Ladrniral ne cessa de déclarer qu'il n'avait nul complice. Le père et deux tantes de Cécile Renaud, avec lesquels elle v.vait, furent compris dans la condamnation à mort.

I g juin. — Dix-sept condamnés à mort. 20 juin. — Trente-huit condamnés à mort.

II juin. — Quarante condamnés à mort.

23 juin. — - Dix-neuf condamnés à mort. ll\juin. — Vingt-cinq condamnés à mort.

26 juin. — Décret portant que les grains de toute espèce et les fourrages de laprésenterécoltesont soumis à la réquisition du gouvernement pour les besoins de la république et des armées.

Quarante-huit condamnés à mort — BatailledeFleutus g ignée par les Français commandés par Jourdan.

27 juin. — Vingt-huit condamnés à mort, parmi lesquels Noailles de Mouchy, maréchal de France, «âgé de soixante-dix-neuf ans.

29 juin. — Rapport de Barrère sur la batnille de Fleurus. Il dit : Huit à dix mille esclaves jonchent le champ de bataille. Tous les routes ont été tués, pas un Anglais, atteint par les républicains, ne respiré.

Vingt condamnés à mort.

30 juin. — Vingt-quatre condamnés à mort.

ier juin. — La Convention décrète d'arrestation les députes d'Artigoyte, accusé d'effusion de sang et de dilapidations; Sergent, comme signataire de la circulaire qui invitait les départements à massacrer les prisonniers à l'imitation de Paris aux 2 et 3 septembre; Javoque, accusé d'avoir sacrifié à sa haine deux cents personnes de Monibrison, et d'avoir dit qu'il ne reconnaissait pour v/ais patriotes que ceux qi i, tomme lui, étaient capables de bo re un verre de sang ; Mallasmé, accusé d'avoir arraché aux fi 1 les leurs croix d'or et d'argent, sous prétexte que c'étaient des signes de fanatisme; d'avoir mis en réquisition tout ce qui lui plaisait pour sa table et ses autres besoins, et n'avoir jamais rien payé, pas même les postillons et les chevaux de poste qui le conduiraient ; d'avoir créé des tribunaux d'assassins; Lejeune, accusé d'avoir fait périr beaucoup d'innocents sur l'échafaud, et d'avoir fait construire une petite guillotine avec laquelle il coupait le cou de toutes les volailles destinées à sa table; il s'en servait même pour couper les fruits; souvent, au milieu des repas, il se faisait apporter cet instrument de mort, et en faisait admirer le jeu à ses convives.

/( juin. — Rapport sur les atrocités commises par le tribunal révolutionnaire de Brest. Le président, les juges, les jurés, s'amusaient à ranger symétriquement sur l'échalaud les têtes des victimes à mesure qu'elles tombaient. Décret qui met ce cannibale en jugement.

S juin. — Mort de Louis XVII au Temple (1).

(1) On sait que ce fut au cordonnier Simon, le plus infâme des hommes, que la garde de l'auguste en ant fui confiée ; on sait qiu'ls Longs tourments il eut a endurer, cl quels outrages il reçut de la part de son cruel gardien. Ce monstre, ayant un jour demande' à Fenfani-roi ce qu'il ferait s'il remontait sur le rône : « Je vous pardonnerais, » répondit le cligne fils de i.ouisXYl.

MAGASIN UISiVERSEL.

i5 juin. — Condamnation à mort des Députés Romnu, Goujon, Dnguesnoy, Duroy, Bourbotle et So brang. Tous les six se suicident. Les trois premiers seulement tombent morts. Leurs cadavres sont portés jusqu'au lieu de l'exécution.

Z'o filin. — La Convention déclare qu'au même insiant où les cinq députés, le ministre, les ambassadeurs français et les personnes de leur suite, livrés à l'Autriche, ou arrêtes et détenus par ses ordres, seront rendus à la liberté et parvenus à la frontière française, la fille de Louis XVI sera remise au gouvernement autrichien.

Page 1