‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 202 sur 268 · SON ACCROISSEMENT DEPUIS SOIXANTE ANS · texte numérisé non relu

SON ACCROISSEMENT DEPUIS SOIXANTE ANS

Chez les peuples dont l'état s'améliore par le progrès des lumières et des arts utiles, et par l'habileté plus grande des hommes qui veillent à l'état sanitaire, la vie moyenne s'accroît, et cet accroissement est la mesure la plus certaine de la prospérité nationale. Voyons ce qui a eu lieu sous ce rapport dans les soixante dernières années.

Les résultats obtenus par trois membres de l'Académie des sciences, de Laplace, Condorcet et Dionis du Séjour, d'après une série de quatorze ans, depuis 1770 jusqu'en 1^83, donnent pour valeurs moyennes annuelles de toute la Frauce :

Mariages. . . . 21 5, 202 Naissances.. . . 916,710 Décès 835,468

En adoptant les bases de calcul posées par ces savants, on trouve qu'à ces nombres correspondait, au iCr janvier 1777, "ne population totale de *4,6i4>46o individus. Il naissait ainsi alors annuellement un individu sur vingt-six; il en mourait un sur vingt neuf.

Si nous cherchons la longueur de la vie moyenne

depuis lapaix générale, nous trouvons entre 181 7 et

Mariages. . . . 337, 65(3

Naissances . . . 969,9^6

Décès. .... 784,075

Population pour le milieu de l'époque observée, 3i,359,34o. Depuis la paix générale, il naît donc annuellement un individu sur trente-deux et demi"; il en meurt un sur quarante.

Eu comparant les résultats desdù-ux époques, on voit que le changement qui s'est opéré dans un demi-siècle est immense.

Il ne suffit pourtant pas de connaître ce premier résultat; il fdiH suivre l'homme d'âge en âge, et voir les gr ndes modifications qu'ont subies les phases de son existence; il faut, au moyen des éléments que nous avons dé à employés, calculer le sort de la famille moyenne, qui représente la prospérité moyenne des familles du peuple français.

Aux deux époques que nous avons considérées, nous trouvons que mille mariages correspondent :

Pour la première, à Pour la seconde, à.

1 1 7,164 habitants.

Ainsi, pour une même population, le nombre pro-

portionnel des mariages a diminué du dixième au douzième.

Aux mille mariages annuels, correspondent:

A la première époque ... 4 4o3 naissances. A la seconde 4>°78

Voilà dans les naissances annuelles une diminution de huit pour cent sur le nombre des enfants correspondant à chaque mariage.

Jusqu'ici on ne voit pas clairement comment de telles diminutions peuvent signaler un progrès, c'est cependant ce qu'il est très- aisé de concevoir.

Aux mille mariages annuels correspondent :

Pour la première époque . . 3,885 décès. Pour la seconde 3, 299

Ici nous trouvons une mortalité de quinze pour cent par mariage accompli; et si nous balançons les décès avec les naissances, nous trouvons que pour mille mariages annuels correspond un accroissement de population :

A la première époque, de . . 018 Pour la seconde, de ... . 778

En comparant, pour les deux époques mises en parallèle, le nombre des individus morts avant l'âge de vingt ans, on trouve que pour mille mariages accomplis, le nombre des individus morts avant cet âge est :

A la première époque, de. . 2,080 A la seconde . ...... 1,170

Dès lors on aperçoit clairement le progrès du bienêtre dans les familles. Et on le voit encore mieux en considérant les survivants. En effet, par mille mariages il arrivait, à l'âge de vingt ans :

Dans la première époque. . 2,026 adultes. Dans la seconde il en arrive.. 2,443

Ce résultat nous permet de résoudre une question importante.

Nous avons vu qu'il y a cinquante ans il fallait le travail de seize millions d'agriculteurs pour en nourrir vingt-cinq; et maintenant il n'en faut pas dix-huit pour en nourrir trente-trois; c'est qu'à la première époque une beaucoup plus grande partie de la population était au-dessous de vingt ans, in. apable par conséquent des grands travaux de l'agriculture.

A celte époque le sort des habitants des campagnes devait être beaucoup plus malheureux que celui des habitants des cités, puisque la vie moyenne y était beaucoup moins considérable (comme le prouvent d'autres calculs bases sur des documents officiels), leur force physique était moins considérable, en même temps que leur activité était moins excitée.

Dans les campagnes il mourait par année environ un individu sur vingt-quatre; dans les villes un sur vingthuit à peu près.

Aujourd hui ces proportions paraissent considérablement changées. Pour la France entière (Paris excepté), la mortalité annuelle est d'environ un sur quarante et un quart. Elle était anciennement d'un sur vingt-six. Dans Paris, elle était d'un sur trente environ, elle est aujoui d'hui de un sur trente-trois et demi. On voit que, sous ce rapport, la capitale n'a que bien peu gagné ad milieu de l'amélioration générale.

La cause de cette énorme disproportion des mortalités en province et à Paris se trouve principalement dans la disproportion des unions illégales, l'une des plaies de uotre état social.

Page 1