EXPOSITION DU LOUVRE EN 185G. — L'ANGE GARDIEN
S'il est une circonstance où nous ayons jamais regretté de ne pas avoir à notre disposition toutes les ressources de la gravure en taille douce la plus délicate, c'est bien certainement celle dans laquelle nous sommes aujourd'hui placés. Nous voulions donner, à ceux de nos lecteurs qui sont éloignés de Paris, une idée de la suave composition que l'un de nos premiers artistes a exposée au dernier salon ; on devine que nous voulons parler de X Ange- Gardien; mais la rapidité avec laquelle se gravent et s'impriment les vignettes sur bois de notre modeste publication à deux sols, ne nous a pas permis d'obtenir une copie assez fidèle de ce gracieux tableau. Il ne nous reste donc plus qu'à consoler nos lecteurs par l'annonce de l'exposition publique qui aura sans doute lieu de l'Ange-Gardien. Acquise par la liste civile, cette œuvre, que nous mettons à côté des plus belles pages que le sentiment religieux ait jamais TOM* III. — Juin 1836.;
inspirées aux plus grands maîtres, reparaîtra probablement dans la galerie du palais du Luxembourg. Ou dit que M. de Lamartine s'arrêta dans une contemplation muette, quand il aperçut dans le Musée l'œuvre de M. Decaisne, et qu'il avoua en sortant qu'il n'avait vu que l'Ange Gardien et les Pécheurs de Robert.
M. Decaisne avait déjà donné la mesure de son talent dans plusieurs tableaux remarquables: Milton dictant le Paradis perdu à ses filles, Marguerite de Valois sauvant un protestant du massacre delà Saint- Barthélemi, quelques portraits et, entre autres, celui de la princesse Clémentine d'Orléans ; mais l'Ange Gardien place cet artiste à une bien plus grande hauteur. Bientôt Notre- Dame deLorette possédera une autre composition, aujourd'hui inachevée, de M. Decaisne ; celle-là aussi, si nous en croyons nos propres impressions, ne sera pas le joyau le moins précieux de la nouvelle église de Paris.