‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 205 sur 268 · UNE NOCE DANS LA BASSE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

UNE NOCE DANS LA BASSE-BRETAGNE

Si, dans les mœurs religieuses, le christianisme, avec ses belles et simples doctrines, n'a pu entièrement effacer la teinte des anciennes superstitions, les grandes solennités de la vie intérieure, auxquelles nul élément de modification n'est venu se mêler, ont dû conserver sans obstacle l'originalité de leur caractère -primitif. Aussi est-ce là surtout qu'il faut étudier les coutumes bretonnes; et si l'on éprouve la bizarre fantaisie de vivre un instant au xivp siècle, je ne sais rien de plus propre à la satisfaire que le spectacle d'une noce villageoise au fond de ces sauvages contrées. La plus curieuse que j'ai vue se célébrait dans la paroisse de Priziac. Les époux appartenaient à deux familles de fermiers assez riches, et le père du marié avait désiré la présence du seigneur (on se sert encore de ce mot), qui m'y conduisit dans sa carriole. Nous arrivâmes comme le cortège se rendait à l'église au son du bignou et de la bombarde. Ces instruments, dont le premier ressemble à la musette et l'autre à un hautbois fort court, étaient parés de rubans, ainsi que les paysans qui en jouaient. Nous avions apporté, selon l'usage, des ceintures do- - rées et des croix d'argent pour la mariée et la fille d'honneur; et lorsque nous leur remîmes ces bagatelles, une bruyante fusillade signala notre générosité. A notre entrée dans l'église, le curé nous fit les honneurs d'un Te Deum, auquel il fallut, par politesse, mêler nos propres voix, et ce n'est certes pas chose commune que de se chanter à soi-même un Te Deum. Après la cérémonie nuptiale, on retourna che'z les parents où les réjouissances commencèrent.

Autour de l'aire à battre, qui devait servir de salle de danse, était disposée la cuisine dont les apprêts rappelaient un festin d'Homère. Un immense fossé, creusé de la veille, voilà les fourneaux : des fagots entassés y brûlaient en pétillant, et leur flamme claire enveloppait, d'une lueur d'incendie, les vastes chaudières où trois bœufs et une douzaine de porcs bouillaient, découpés en quartiers. C'est, en pareille circonstance, un poste d'honneur que celui de chef d'office; le frère de la mariée, ou son parent le plus considérable, ne s'en dessaisirait à aucun prix. Pendant toute la durée de la noce, il est là, dans une rougeâtre atmosphère de fumée, le front couvert de sueur, péchant avec la fourché des morceaux que l'on va servir remplissant les bassins, attisant le feu, et ne prenant d'autre part à la fête que les compliments qu'il reçoit et les verres de cidre qu'il se verse. Après la harangue d'un ami, transition immédiate de la messe au bal, pendant laquelle il est de règle que les grands parents pleurent à chaudes larmes, la foule se précipite, et les sonneurs donnent le signal. Chacun prend une danseuse, et, les bras enlacés, une longue file, rangée par deux, s'établit en forme circulaire. Le premier rang conduit la danse, qui bientôt, imitant les replis d'un serpent, suit d'un pas cadencé le chemin tortueux improvisé par son guide. Je parcourais d'un œil attentif ce tableau mouvant. Les grandes guêtres écarlates à boutons argentés, les plaques polies des larges ceintures de cuir, brillant et disparaissant tour à tour au milieu des jupes noires et des longues coiffes à fond doré formaient un effet pittoresque.... Au bout d'une demi-heure on se rendit aux salles du festin.

Chambres, cours, hangars, granges, tout avait été envahi: il fallait héberger trois cents personnes, et l'on ne peut guère calculer ses invitations là où les vieilles lois de l'hospitalité permettent à tous les paysans, mendiants ou riches, de venir s'asseoir au banquet. Nous prîmes place au grand couvert à côté des époux. La table s'élevant à peine au-dessus des bancs, les genoux de chaque convive se trouvaient au niveau de son assiette. En vain je cherchais mon verre; un coup d'œil m'apprit qu'une seule lasse devait suffire à toutes les soifs. Lorsqu'on a bu, l'on remplit la tasse et on l'envoie à une femme, qui, après l'avoir vidée, la remplit de nouveau et la passe à un homme : elle ne s'arrête jamais. Le son aigre et perçant des instruments nous annonça l'arrivée des mets. On entassa des viandes que chacun dépeçait à sa guise; et, pendant cette opération, il fallut subir l'assourdissante fanfare des bignous et des bombarde*, qui ne s'éloignèrent que pour aller chercher d'autres plats, et les escorter, peu après, de leur bruyant vacarme. J'examinais le nouveau couple : étrangers l'un à l'autre, au milieu de ce tumulte, ces jeunes gens se livraient, comme le reste de l'assemblée, à l'intensité de leur robuste appétit : pas un regard furtif, pas une attention délicate; aucune rougeur sur le front de l'épouse, aucune expression d'amour, même de désir, dans les yeux de l'époux. On se marie parce que les pères se sont mariés; c'est, du reste, un si doux moment: on dansej on dîne, on s'enivre; tout cela dure quelques jours...., voilà le bonheur. Le repas fini, nous retournâmes au bal, puis, une heure ensuite, à table, puis au bal, puis à table, et ainsi jusqu'au soir. Essoufflé, étouffé, je ne pouvais comprendre ce prodigieux développement de: facultés digestives, lorsque l'arrivée de la nuit nous permit d'échapper à la joie un peu brutale que l'eaude-vie commençait à répandre autour de nous. Avanl d'aller bivouaquer pêle-mêle dans tous les coins de la métairie, cette multitude chancelante, qui devait prolonger son séjour jusqu'à l'entier épuisement des provisions, se réunit pour accompagner notre départ Chaque sonneur reçut de nos mains un écu de 6 francs qu'ils collèrent tous à leurs fronts. Pleins d'une ardeui nouvelle, ils prirent leurs instruments, se mirent en avant de la carriole, et soufflèrent de tous leurs poumons. Les deux pères, une bouteille à la main, tenaient les rênes du cheval ; et la noce, marchant en désordre à la lueur de quelques branches de pin embrasées, nous escorta pendant un quart de lieue en poussant des cris de joie.

Certains détails varient dans les diverses communes A l'île aux Moines, par exemple, ce sont les filles qu demandent les garçons en mariage. Ailleurs, des entremetteurs experts se chargent de toutes les démarches. En plusieurs endroits, les nouveaux mariés sont conduits en pompe à la chambre nuptiale; ils s y reposent tout habillés, tandis que le garçon et la fille d'honneur veillent auprès d'eux d'un œil sévère, pour les ramener toujours purs aux réjouissances du lendemain. En décrivant une noce, j'ai décrit aussi un enterrement; car, la danse exceptée, rien ne diffère dans ces deux cérémonies. Dès que le mort est enseveli, ses voisins sont traités à grands frais : je ne sais même si l'on ne boit pas à sa mémoire.

A. travers ce chaos du moyen âge, la civilisation, avec ses uas de géant, vient enfin de se créer une route,

!s ne sont déjà plus ces temps où les paysans de la ;ôte faisaient dire des messes pour éloigner les naufrages, tandis que des feux trompeurs appelaient le lavire aux écueils. Des écoles se sont ouvertes; les défrichements se sont multipliés; le sol creusé a proligué ses richesses minéralogiques; des usines, des manufactures ont surgi, et cette population routinière i regardé stupéfaite les rapides innovations d'un siècle \ peine commencé.

Religieux, patients et braves, les Bretons seront encore laborieux et actifs ; ils sont appelés dès lors à de i.uites destinées. Les noms héroïques des Clisson, des Duguesclin et des Beaumanoir ont retenti au milieu du fracas des armes : d'aussi grandes illustrations brilleront un jour dans ce pays au sein des arts et de la paix. Le nom de Chateaubriand suffirait aujourd'hui à sa gloire.

LES ARTISTES ALLEMANDS A ROME

(Dernier article. — Voyez page 299.)

Après avoir jeté un coup d'oeil général sur la famille des artistes allemands qui travaillent à Rome, nous avons conduit nos lecteurs dans les ateliers de quelques-uns d'entre eux; aujourd'hui nous achèverons cette rapide tournée.

Cornélius, le plus grand peintre de l'Allemagne, chaque fois que quelque grande composition l'occupe, revient s'inspirer à Rome, pays de ses études. Après avoir exécuté dans la Glyptothèque de Munich ses belles fresques de la mythologie, il vint à Rome, il y a quelques années, pour y faire les cartons d'un Crucifiement et d'un Jugement dernier. Ces deux ouvrages doivent être peints dans la basilique que le roi Louis fait construire dans sa capitale : tous les deux, traités par Cornélius avec tout l'amour, tout le soin de la prédilection, comme il le dit lui-même, peuvent dès aujourd'hui entrevoir un long avenir. Dans le premier, c'est, du côté du Christ, de la Vierge, des femmes, du bon larron, une douleur sainte et résignée vraiment céleste; du côté des soldats, des Pharisiens, du peuple, la réalité des passions terrestres qui se manifestent chez chacun d'eux différemment. Mais le grand titre de gloire de Cornélius c'est son Jugement dernier.

Il était bien difficile et bien téméraire d'entreprendre ce sujet en présence de Michel-Ange. Le courage et le mérite del'artiste allemand seuls en ont été' capables; et ses forces ne l'ont ni trompé ni abandonné dans cette œuvre gigantesque. Son Jugement dernier est bien à lui; au ciel, la Vierge pieuse, des anges tenant les instruments de la passion, des prophètes, des apôtres planent dignement sur la scène des régions inférieures. C'est dans celles-ci que l'artiste a donné un libre essor à son esprit inventif, tour à tour terrible et touchant; les épisodes s'y pressent nombreux et dramatiques. Parmi les élus, ce sont deux fiancés qui se retrouvent et se regardent avec une expression ("indéfinissable ivresse; un ange défendant, calme et céleste, une âme dont un démon veut s'emparer; la mère des Macchabées s'élevantau ciel avec ses enfants; le Dante que Béatrice vient chercher. Ici ce sont des tourments affreux, les crimes sous les formes les plus caractéristiques, le roi des enfers sur son trône, une jeune fille emportée par un diable, et qui saisit aux cheveux et

entraîne avec elle son séducteur. Ces groupes et d'autres encore ont une beauté toute dantesque.

Sans vouloir préjuger sur la simple esquisse ce que cet ouvrage pourra gagner ou perdre par une exécution colossale (il aura plus de soixante pieds), on peut lui annoncer un des premiers rangs parmi les créations modernes de la peinture.

Overbeck, le peintre saint, est aussi le seul qui puisse soutenu.' la rivalité avec Cornélius. Chez cet homme, à la foi pure et exaltée du moyen âge, la peinture est pour ainsi dire une continuelle prière. C'est la religion qui peint par sa main, et peut-être son talent se trouveraitil étranger au milieu d'un sujet profane. Mais aussi quelle candeur, quelle piété dans ses tableaux! l'incrédule même en est touché. Ze Christ au jardin des Olives, ï Enlèvement d' Elle, la Mort de saint Joseph, et une foule d'autres compositions font d'Overbeck le digne élève du Giottoet du Fiesole.

Il travaille maintenant à un grand ouvrage où tout son talent se développe. La ville de Francfort lui ayant demandé un tableau pour son musée, il imagina de représenter les arts de la renaissance et du moyen âge, sous l'inspiration de la Vierge. Le tableau est divisé en deux parties, le ciel et la terre. Dans le ciel, la Vierge trône sur les nuages, entourée des anges et des saints de l'Ancien et du Nouveau Testament qui se sont occupés d'art, tels que Moïse, l'architecte du tabernacle, David le poète, saint Luc le peintre, sainte Cécile, etc. Au milieu de la région terrestre, est une fontaine à deux bassins superposés; un jet d'eau s'élance du bassin supérieur vers le ciel; cette fontaine, c'est l'inspiration plus ou moins élevée; Ciraabuë, Giotto, Masaccio, Léonard de Vinci, Raphaël, Dante, etc., regardent le bassin supérieur, tandis que les peintres coloristes, Titien, Paul Véronèse, Tintoret, examinent dans le bassin inférieur les effets prismatiques delà lumière. Seul, assis sur les marches de la fontaine, on voit Michel-Ange absorbé en lui-même, et s'inspirant de son propre génie. Sur le devant du tableau est Charlemagne, tenant en main un modèle d'église gothique; saint Grégoire, inventeur du chant grégorien; des artistes qui déterrent des bas-reliefs antiques et les étudient; un architecte du moyen âge donnant une leçon à de jeunes élèves dont la nationalité se reconnaît au costume; ils sont tous assis, à l'exception du Français : celui-ci, impatient de savoir, se lève, et examine le plan du maître.

Ce tableau, fait dans la forme de l'Ecole d'Athènes et de la Dispute du Saint-Sacrement, en diffère par le caractère religieux dont il est empreint au plus haut degré, et par l'invention originale des groupes qui le composent. C'est une œuvre unique dans notre siècle, une page retrouvée de quelque poëme mystique.

Chez Overbeck, les sujets ayant tous un sens extatique, l'absence de l'étude de la nature se fait un peu sentir; à des êtres divinisés on ne peut pas donner l'individualité humaine ; mais cette excuse ne doit pas servir à Cornélius : son talent, moins vierge, moins idéal que celui d'Overbeck, a besoin de plus de vérité, et c'est justement cette vérité de formes qui lui manque; son dessin est parfois incorrect, son coloris lourd, désagréable, son modèle sec.

Il est à remarquer dans ces deux hommes que le caractère de leur talent est parfaitement d'accord avecle caractère de leur physique. Cornélius est petit, mais plein de force; sa figure tient de l'aiglon, ses cheveux

6ont noirs; ses yeux perçants profondément enchâssés; sa parole est brève et énergique, tout son extérieur exprime la supériorité, et exerce de l'ascendant. Overbeck est grand, mince, délicat; on dirait une de ces figures traditionnelles du Christ; ses cheveux châtain-clair, bouclés sur ses épaules, ses yeux bleus et doux, son air d'onction lui donnent tout le caractère d'une tendre piété.

Si enfin il fallait définir le talent de ces deux artistes, tous deux grands, tous deux opposés, nous dirions que l'un est épique et l'autre lyrique. Cornélius est un vaste génie qui embrasse les faits de tous les temps, de tous les pays, qui se les approprie, qui les reproduit avec «ne profonde vérité d'expression; il donne à ses figures la vie intellectuelle. Ses tableaux sont des épopées vivantes. Chez Overbeck, le génie est dans le cœur : de là l'intimité, l'entraînement, l'exaltation qui caractérisent ses ouvrages. Ce sont des cantiques qui cherchent et atteignent le ciel, ce sont les symboles d'un sentiment unique, où viennent se fondre toutes les forces de l'âme. Peut-être l'Allemagne, dans un autre genre, a-telle déjà offert le même spectacle de deux grands hommes semblables par le degré de perfection, différents par la nature de la perfection même; et peut-être aussi pourrait- on surnommer les deux artistes les Goethe et les Schiller de la peinture allemande.

Fogelberg, le sculpteur suédois, a, comme ses frères allemands, subi l'influence magique de Rome. Il s'est déjà écoulé bien des années depuis qu'il n'a revu son pays. Lui, c'est le talent rationnel qui s'attache à perfectionner une idée ; ses figures sont empreintes de la pureté et de la simplicité grecques. Pourtant cette étude profondément sentie de l'antiquité n'exclut pas chez Fogelberg le style propre aux différents sujets qu'il traite; témoin sa belle statue d'Odin, où se reflète toute la sauvage sublimité du dieu des Scandinaves; sa figure de Charles XII de Suède, dans laquelle il a su donner au lourd manteau royal, aux vêtements modernes, une si noble et si monumentale tournure.

Après ces talents de première ligne, en viennent d'autres dont l'Allemagne peut encore s'enorgueillir, ou qui lui promettent un brillant avenir artistique: INatorp, l'Hoffmann peintre, tant ses compositions arabesques sont fantastiques et riches d'imagination. Il sait aussi s'élever à la hauteur de l'histoire, comme le prouve, entre autres choses, son beau dessin de la chasse sauvage. En Allemagne, une légende rapporte qu'aux approches d'une guerre, l'esprit d'un comte, autrefois grand chasseur, sort avec fracas de son château ruiné, et parcourt les airs. Rien n'égale la verve sombre et animée qui est répandue dans cette composition; on croit entendre le bruit des portes que les furies ouvrent avec violence, les sons des cors, les aboiements de la meute acharnée. Le groupe du comte et de ses chevaliers, au milieu duquel la mort porte sa bannière en triomphe, est d'une expression tout à fait étrange et surnaturelle.

On doit citer encore Mayer, habile observateur et profond interprète de la nature; Kirner, le futur Wilbie de l'Allemagne; Riédel, Weller, Polak, tous peintres de genre; Pregtel, l'excellent peintre de chevaux, Amsler, le graveur, etc.; Thomine, peintre de marine; Knapp, l'architecte, auteur de l'ouvrage sur les basiliques de Rome; et d'autres jeunes artistes pleins d'espérance. S. A.

LES COLIBRIS OISEAUX-MOUCHES (i).

En lisant le titre de cet article, nos lecteurs ne doivent pas s'attendre à des généralités comme celles que nous avons soin de donner sur chaque genre d'animaux ou de plantes. Ces généralités ont déjà paru sous un autre titre. Les oiseaux-mouches rentrent en effet dans le genre colibri; les détails étendus dans lesquels nous sommes entrés sur la patrie, les mœurs, la conformation générale, l'apparence gracieuse et le brillant éclat des colibris, sont applicables aux oiseaux que nous avons représentés ici.

II y a entre les colibris proprement dits, dont notre vignette de la page 265 représente deux espèces des plus gracieuses, et les colibris oiseaux-mouches, cette différence d'un ordre secondaire, que le bec des premiers est arqué, et que celui des seconds est droit. Du reste, ils ont tous certains caractères communs, tirés des dimensions du bec, de la forme de la langue, comme il a été dit dans notre premier article (page 265), de la position des narines, de la petitesse des pieds, etc., etc. (2).

Parmi les nombreuses espèces de colibris oiseauxmouches, il en est trois dont nous donnerons le dessin. La première est V oiseau-mouche glaucope du Brésil. Ses ailes s'étendent jusqu'aux deux tiers de la queue, qui est fourchue. Ses rectrices sont d'un bleu d'acier, son dos et les couvertures de ses ailes d'un doré foncé; sa gorge, sa poitrine, son ventre et ses flancs, d'un vert émeraude brillant; son bec noir se termine en pointe tres-aiguë; la tête du mâle est recouverte d'une calotte d'un bleu d'indigo très-vif, passant à l'améthyste sous certains reflets de lumière; chez la femelle, cet indigo est remplacé par un vert foncé, les rectrices ne sont bleues qu'à leur extrémité et d'un vert doré en dessus; les flancs n'ont que quelques teintes vertes dorées; la gorge et le ventre sont d'un gris enfumé.

A côté du glaucope nous avons dessiné l'oiseau-mouche aux oreilles d'azur. Les deux touffes de plumes placées derrière les oreilles du mâle justifient assez son nom. Ces touffes n'existent pas chez la femelle; l'une de ces touffes est d'un violet améthyste, l'autre d'un vert d'azur. La queue est arrondie. Le bec long, noir et très-droit. Une tache d'un noir velouté est sous l'œil de cet oiseau et se prolonge chez la femelle jusqu'à la place des touffes qu'on voit sur le mâle. La gorge, la poitrine et le ventre sont d'un blanc d'albâtre; les rémiges brunes; le dessus de tout le corps, depuis la tête jusqu'aux petites couvertures de la queue, est d'un vert éclatant.

L'oiseau-mouche aux oreilles d'azur se rencontre en

(i) Les gravures sur bois qui accompagnent cet article et celui que nous avons donne' sur les colibris en général, sont faites d'après les figures en taille-douce du bel ouvrage publié par MM. Pauquet (rue des Grands-Auguslins, 17), sous ce titre : Oiseaux exotiques (60 centimes la livraison).

(2) Bec plus long que la tète, grêle, tubulé, déprimé à la base qui est de la largeur du front ; mandibule inférieure presque cachée par la supérieure ; narines placées près de la base du bec, marginales, couvertes par une membrane arrondie, ouvertes en avant; pieds très-courts, impropres à la marche; quatre doigts presque entièrement divisés, dont un derrière; tarse plus court que le doigt intermédiaire; ailes longues; toutes le» rémiges uniformément étagées ; la première est plus longue.

grand nombre dans les buissons épais qui entourent les habitations de la Guyane et du Brésil.

La troisième espèce de colibri oiseau-mouche dont nous donnerons le dessin [yoy. pag. 3io), est celle qu'on a appelée sapho, à cause de la forme de sa queue dont les deux parties imitent les branches d'un luth antique. En adoptant ce nom, quelques naturalistes ont voulu rappeler celui de la muse deSapho.

Cette espèce d'oiseau-mouche est très-rare. Le mâle

se distingue de la femelle par une belle nuance d'un vert émeraude brillant, répandue sur sa poitrine et sur sa gorge. Il y a aussi cette particularité chez la femelle, que le côté externe de chacune des deux plus grandes rectrices est d'un bleu jaunâtre, et que le côté interne est d'un violet foncé qu'on retrouve aussi sur les autres rectrices.

Le ventre du sapho est, comme sa gorge et sa poitrine d'un beau vert émeraude } sur les côtés du cou

L'oiseau-mouche glaucope, grandeur naturelle. -- L'oiseau-mouche aux oreilles d'azur. )

s'étend, de l'œil à l'oreille, une bandelette d'un vert doré plus jaune. Tout le dessus du corps et les petites couvertures des ailes sont d'un vert doré métallique. Les rémiges sont d'un brun pourpré. Les plumes du croupion et les couvertures supérieures de la queue sont du plus beau rouge carmin.

Dix rectrices égales arrondies à leur extrémité, composent la queue du sapho; on dirait, à les voir, du cuivre rouge chatoyant en or. Ces rectrices sont terminées par un croissant noir et bordées d'un liséré du même ton. Les ailes ne dépassent que d'ua

pouce la naissance de la queue. Le bec est aigu, peu allongé, et sa couleur est noire comme les tarses. — Cette description, à côté de laquelle nous regrettons de ne pouvoir placer un dessin colorié du sapho, donnera à nos lecteurs une faible idée de la beauté du plumage de ce charmant oiseau ; mais du moins la fidélité et la netteté de notre vignette leur feront com \ prendre l'élégance de ses formes.

ÉPHÉMÉRIDES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

année 1796. {Directoire exécutif.)

kjuin. — Bataille d'Altenkirchen gagnée par l'armée de Sambre-et-Meuse. Les Autrichiens sont repoussés après avoir perdu trois mille hommes, quatre drapeaux et douze pièces de canon.

g Juin. — Plusieurs députés se plaignent au conseil des Cinq-Cents de ce que leur domicile a été violé, et que des mandats d'amener ont été décernés contre eux par le bureau central de Paris.

18 juin. — Mort de Collot d'Herbois à Cayenne.

igjuin. — Prise de Bologne, Ferrare, Reggio et du fort Urbin. La prise de ces places donne à l'armée française près de deux cents pièces de canon.

24 juin. — Passage du Rhin vis-à-vis Strasbourg par l'armée du général Moreau.

28 juin. — Résolution qui ordonne le paiement des pensions accordées aux ci-devant religieuses qui justifieront avoir prêté le serment de liberté, égalité,

zgjuin. « — 'Prise de la citadelle de Milan.

année 1797.

3 juin. — Un membre des Cinq-Cents rappelle que sous le régime révolutionnaire beaucoup de parents se sont refusés à présenter leurs enfants nouveau-nés devant les officiers civils, parce que ceux-ci les contraignaient à leur donner les noms odieux de Marat, de Robespierre et autres chefs de la tyrannie : il demande que les enfants non présentés puissent l'étre^que ceux qui l'ont été et qui portent ces noms infâmes puissent être représentés et recevoir le nom que leur famille désignera.

5 juin. — Les employés de la trésorerie se plaignent de nouveau de ne pas être payés, et annoncent que plusieurs d'entre eux, dénués de ressources, se sont donné la mort.

1 4 juin. — Un gouvernement démocratique est établi à Gênes sous le nom de République ligurienne.

\6juin. — Résolution portant que dans toutes les demandes en divorce qui ont été ou qui seront formées sur une simple allégation d'incompatibilité d'humeur et de caractère, l'officier public ne pourra prononcer le divorce qu'après un délai de six mois.

17 juin. — Rapport de Camille Jordan sur la révision des lois relatives aux cultes. La constitution ayant proclamé la liberté des cultes, toutes les lois qui tendraient à les gêner doivent être abrogées; les cloches doivent être permises comme partie intégrante du culte de la majorité des Français. Il doit être libre aussi aux sectateurs de tous les cultes d'avoir un lieu séparé pour les sépultures.

18 juin. — Gilbert Desmolières fait adopter un projet de résolution tendant à ôter au Directoire et au ministre des finances la surveillance des négociations de la trésorerie.

27 juin. — • Discussion sur la situation des finances de l'Etat. Dupont de Nemours dit que cette situation est l'effet d'un gaspillage ruineux dans les dépenses qui se fout et d'une distribution imparfaite dans celles qui

se paient. L'orateur rappelle le message effrayant du 23 prairial sur les hôpitaux, dans lequel on disait que les enfants manquaient de lait.

•iS juin. — Pétition de cent vingt-deux communes qui déclarent professer la religion catholique et demandent le rappel des ministres de leur culte. Les troupes françaises débarquent à Corfou et prennent possession du fort de cette île.

année 1798.

5 juin. — Rapinat (1), commissaire français en Suisse, fait enlever le trésor de Zurich.

12 juin. — Le Directoire batave est dissous, et plusieurs membres du corps législatif de cette république sont arrêtés.

i3jnin. — Les Français, à la suite d'une attaque et d'après une capitulation, se rendent maîtres de l'île de Malle.

5 juin. — Combat devant Zurich. — L'armée française, commandée par Masséna, évacue la ville.

'jjuin. — Mort, à Trieslc, de madame Victoire-Louise, tante de Louis XVI.

8 juin. — La séance des deux conseils est consacrée à honorer la mémoire des ministres fianças assassinés à Rastadt. — Jean Debry dit : «Je jure sur la tombe de » mon malheureux collègue de partager leur sort plu- » tôt que d'être un moment infidèle à celte république, » sans laquelle nous n'avons qu'à mourir. » Il voue une haine implacable à la maison d'Autriche, et termine par le cri vengeance ! et vive à jamais notre république ! L'assemblée entière se lève en signe d'adhésion.

10 juin. — Mariage célébré à Mittau, de Madame, fille de Louis XVI, avec le duc d'Angoulême. Dans une salle du château où l'on avait dressé un autel entouré de fleurs, la bénédiction nuptiale fut donnée aux augustes époux par le cardinal de Montmorency, grandaumônier de France. L'abbé Edgeworth était auprès de leur prie-dieu.

16 juin. — Un rapprochement de dates fait reconnaître que la nomination de Treilhard au Directoire est inconstitutionnelle, attendu qu'il ne s'est pas écoulé une année entre la cessation de ses fonctions législatives et sa nomination aux fonctions de directeur. — Le conseil prend une résolution qui révoque sa nomination.

17 juin. — Message du Directoire aux deux conseils : il attribue les revers des armées à la pénurie des finances, aux efforts réunis du trône et de l'autel, et les troubles de l'intérieur à la division que l'on cherche à semer entre les deux principaux pouvoirs.

Gohier est nommé membre du Directoire exécutif en remplacement de Treilhard.

iSjuin. — Bertrand du Calvados taxe les membres du Directoire de perfidie et de mauvaise foi; il somme,

(1) Ses exactions en Suisse furent portées à un tel excès qu'on fut obli«c de le rappeler. Il avait pour adjoints et coopéraleurs deux hommes qui le secondaient parfaitement, et s'appelaient, l'un Gfageon, l'autre Forfait.

au nom des malheurs publics, Laréveillère-Lépaux et Merlin de Douai, de sortir d'un poste où ils n'ont plus la confiance publique. Le conseil des Cinq-Cents donne son adhésion à ce discours et en ordonne l'impression. — Un membre accuse le directeur Merlin d'être le chef d'une faction liberticide dans la Belgique, et demande sa mise en jugement.

Un message du Directoire, signé Barras, annonce que Merlin de Douai et Laréveillère-Lépaux viennent de donner leur démission.

ig juin. — Boger-Ducos est nommé membre du Directoire en remplacement de Merlin.

Bataille de la Trébia, gagnée par les Austro-Russes commandés par Souwarow, contre l'armée de Naplcs sous les ordres de Macdonald.

■xojuin. — Le général Moulin est élu membre du Directoire en remplacement de Laréveillère-Lépaux.

2? juinm Jourdan de la Haute-Vienne propose, et le conseil des Cinq-Cents adopte, une résolution qui appelle sous les drapeaux de la république les conscrits de toutes les classes, et ouvre, pour les dépenses nécessitées par cette levée, un emprunt de ioo millions sur la classe aisée des citoyens.

29 juin.— Arrêté du conseil des Cinq-Cents, portant que la place de Boberjot, qui en était membre, et qui est mort victime de l'attentat du cabinet d'Autriche, restera occupée par un costume de représentant couvert d'un crêpe funèbre, et que, lorsque son nom sera prononcé dans les appels nominaux, le président proférera ces mots : Que le sang des plénipotentiaire s français retombe sur la maison d'Autriche.

30 juin. — Même arrêté pris par le conseil des Anciens à l'égard de Bonnier qui était membre de cette assemblée.

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