ARCHIPEL DE LA GRECE
Personne n'a oublié les intéressants phénomènes volcaniques qui signalèrent, en juillet i83i,Ia naissance, dans les mers de Sicile, d'une île que l'Académie des sciences envoya reconnaître par un géologue, M. Constant Prévost, et qui, depuis, a disparu sous l'effort des flots qui l'avaient vue naître.
On sait aussi que le grand golfe du volcan de Santorin a été plusieurs fois, depuis les temps historiques, le théâtre de phénomènes qui y ont donné successivement lieu à la formation de plusieurs petites îles encore existantes, et dont les naissances ont été accompagnées d'éruptions et de phénomènes semblables. M. Virleten a réuni tousl es détails dans la partie géologique de l'ouvrage publié par la section des sciences physiques de l'expédition scientifique de Morée.
Un phénomène, qui paraît plus intéressant pour la géologie que celui de la formation de ces îles par suite d'éruptions volcaniques, et l'accumulation des matières premières vomies par des cratères sous-mmins, se passe depuis environ un demi-siècle au milieu du golfe de ce volcan célèbre; c'est l'exhaussement progressif et sans secousses volcaniques sensibles d'un écueil formé de rochers solides, que l'observation a porté M. Virlet à regarder comme des obsidiennes tra< hytiques.
Dans les premières années de la république, à l'épo-
que où M. Olivier visitait Santorin, les pêcheurs de l'île assuraient que le fond de la mer s'était considérablement élevé depuis peu entre la petite île Kaïméni et le port de Thira; en effet, la sonde ne donnait plus alors que i5 à 20 brasses, là où autrefois elle pouvait à peine atteindre le fond.
Lorsqu'en 1 8?.g, M. le colonel Bory de Saint-Vincent et M. Virlet visitèrent cette île, ils purent non-seulement s'assurer de la vérité du fait signalé par Olivier, mais ils reconnurent de plus, par différents sondages, que le point indiqué n'avait pas cessé depuis lors de s'élever, et qu'il n'était plus qu'à 4 V2 brasses de la surface.
En i83o, ayant eu occasion de retourner à Santorin avec l'amiral de Lalande, M. Virlet et lui firent de nombreux sondages qui eurent pour résultat de leur faire reconnaître la forme et l'étendue du banc de rocher qui, dans l'intervalle d'à peine une année, s'était encore élevé d'une demi-brasse; ce banc avait alors Hoo mètres de l'est à l'ouest, et 5oo du nord au sud. Le fond augmentait graduellement au nord et à l'ouest depuis 4 jusqu'à jg brasses, tandis qu'à l'est et au sud cette augmentation allait jusqu'à 45 brasses; après cette limite, la sonde n'indiquait plus, tout autour, qu'un très-grand fond.
M. l'amiral de Lalande a informé M. Virlet que, depuis i83o, il est retourné deux fois à Santorin, où il s'est assuré que l'écueil avait continué de s'élever, et qu'il ne présentait plus, en septembre 1 833, époque de la dernière visite, qu'un fond de dei« brasses, en sorte qu'il forme aujourd'hui un récif sous-marin dont les bricks ne peuvent plus s'approcher sans danger. Si cet écueil continue à s'élever d'une quantité proportionnelle, on peut calculer qu'il donnera vers 1840 naissance à une, nouvelle île, sans que les catastrophes que ce phénomène semble présager pour le golfe de Santorin soient, ainsi que M. Virlet l'a dit ailleurs, une conséquence nécessaire de l'époque de son apparition à la surface des eaux.
Depuis les éruptions de 1707 à 1712, qui donnèrent naissance à la Nouvelle-Kaïméni, les phénomènes volcaniques ont cessé complètement dans le golfe de Santorin, et le volcan paraît aujourd'hui tout à fait éteint; cependant l'exhaussement d'une partie de son sol, chassé en quelque sorte comme un bouchon le serait par suite de la force expansivede quelque gaz qui agirait lentement, semble démontrer qu'il a fait, depuis environ une cinquantaine d'années, de continuels efforts pour faire éruption, et que le jour où la résistance ne sera plus assez forte pour lui faire obstacle, le volcan se remettra de nouveau eu activité.